Acouphène : halte au bruit

30. juin 2010
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Beaucoup de patients atteint d´acouphène souffrent nuit et jour : bourdonnement, sifflement, tintement et chuintement leur tapent sur les nerfs. De nouvelles approches promettent de réduire au moins la gêne occasionnée par le bruit persistant.

La ligue allemande contre l’acouphène (die Deutsche Tinnitus-Liga e.V.) estimait déjà en 1999 à 3 millions le nombre de personnes en Allemagne qui entendent plus ou moins des bruits persistants. Le chiffre serait semblable à celui du diabète. Une personne sur 4 aurait déjà fait l’expérience d’un acouphène. 1,5 millions de personnes souffraient à cette époque de gênes moyennes à fortes occasionnées par le bruit persistant ou revenant toujours et avaient pour cette raison besoin d’une aide thérapeutique.
La liste des causes thérapeutiques est longue et les médecins se concentrent dans leur diagnostic sur la recherche d’un agent déclencheur suspect d’origine corporelle et psychique : stress, hypoacousie de l’oreille interne, surdité brusque, tumeurs, maladies auditives, maladies du métabolisme, hypertension, problèmes de circulation, blessures aux vertèbres cervicales, mauvaise dentition, divers médicaments et contractions musculaires ne se laissent malheureusement pas toujours appréhender ou bien les thérapies correspondantes ne soulagent pas.

Des bruits venant du cerveau

Les bruits que personne n’entend en temps normal n’étaient jusqu’à présent guère démontrables. Mais les preuves que l’origine provient du cerveau lui-même – de la même manière que pour les douleurs fantômes – s’étoffent aujourd’hui. Michael Seidman du service d’otolaryngologie de l’hôpital Henry Ford à Détroit a pu démontrer que l’acouphène modifie le courant cérébral et comment. Il publia les résultats de son étude en 2009 au cours de la rencontre annuelle de l’académie américaine d’oto-rhino-laryngologie à San Diego. Avec la magnéto-encéphalograhie (MEG), il démontra l’existence de faibles champs magnétiques, conséquence de l’activité électrique du cerveau. Cette méthode permet de localiser plus précisément les régions actives du cerveau qu’avec d’autres procédés d’imagerie. Le courant cérébral de 15 patients souffrants d’acouphène et de 10 patients en bonne santé montra des activités cérébrales dans les centres de l’audition des 2 moitiés cérébrales chez les personnes souffrant des bruits aux 2 oreilles. Chez les personnes souffrant de bruits d’un seul côté, une activité cérébrale était visible seulement dans la moitié du cerveau opposée.

De tels résultats sont thérapeutiquement utiles car l’activité cérébrale dans les régions responsables du cerveau peut être réduite. Un procédé thérapeutique plus récent pour les patients avec un acouphène chronique est la stimulation magnétique transcrânienne (SMT). On peut freiner l’excitation neurale excessive – identifiée auparavant à l’aide de la topographie par émission de positrons (TEP) – avec de faibles fréquences et grâce à une utilisation répétée.

Des stimuli acoustiques contre le désordre dans le cerveau

Le neuro-stimulateur acouphène T30CR venant d’être autorisé sur le marché en Europe repose sur un principe semblable permettant de traiter l’acouphène chronique, subjectif, tonale. La thérapie dérive des travaux de recherche du Prof. Peter Tass, Directeur de l’Institut de neurologie et de médecine dans le centre de recherche de Jülich en Allemagne. Des stimuli acoustiques ciblés doivent lutter contre l’acouphène. Cette thérapie repose sur l’hypothèse que de mauvaises commandes dans le cerveau provoquent ce son énervant et que les cellules nerveuses envoient des signaux en abondance et à la même vitesse. Le neuro-stimulateur casse le rythme avec des stimuli acoustiques et dérange les unités de cellules nerveuses hyperactives et très synchrones. Le résultat est un « désordre sain », comme le centre de recherche le publia dans le communiqué de presse.

La base de la thérapie est la technologie développée par Tass : la Coordinated-Reset-Technologie (CR). CR est un algorithme de stimulation physique et mathématique qui envoie des impulsions faibles et adaptées individuellement à des moments différents aux unités de cellules nerveuses synchrones et leur fait perdre ainsi le rythme. Conséquence : les réseaux nerveux se réaménagent et l’acouphène perd de la vigueur. Les résultats intermédiaires d’une étude sur 45 patients montrèrent que la puissance des bruits auditifs et la nuisance sonore ressentie subjectivement décrurent en continu avec le traitement. On pouvait enregistrer des réductions allant jusqu’à 40 % après 12 semaines, par contre seulement 9 % maximum sous placebo. La fréquence des sons de l’acouphène se modifia également : elle devint plus grave et plus agréable. Les premiers spécialistes ORL participent déjà à des formations. Les spécialistes qui le proposent sont présentés sur le site Internet du centre de recherche de Jülich.

Musique : son contre son

Des chercheurs de Münster autour de Christo Pantev utilisent une thérapie spéciale reposant sur la musique pour réorganiser les cellules nerveuses égarées. Pantex utilise des profils de bruits sonores individuels pour ainsi retravailler des morceaux de musique préférés de patients pour que les fréquences de l’acouphène soient filtrées et ne reviennent ainsi plus en un seul morceau. Les patients qui écoutèrent cette musique tous les jours pendant 1 an prirent conscience de leur acouphène à une puissance moindre. L’activité dans les régions du cortex auditif se réduisait en même temps.

Dommages auditifs plus acouphène : implant cochléaire et cellules souches

Le bruit en tant qu’influence endommageant l’ouïe participe à la formation de l’acouphène. Pas étonnant donc que l’acouphène apparait souvent aussi en association avec des dommages auditifs allant jusqu’à la surdité. Un traitement possible de l’acouphène dans le cas d’une surdité d’un seul côté est un implant cochléaire, nous dit Katrien Vermeire d’Anvers dans une conférence à l’occasion du congrès annuel de la société allemande d’audiologie (Deutsche Gesellschaft für Audiologie) en 2008. Un implant cochléaire serait cependant à déconseiller fortement chez les adultes avec une surdité d’un côté s’il doit seulement servir à améliorer l’audition car l’amélioration serait faible. 22 patients atteints d’acouphène et sourds d’un côté ont été pourvus d’un implant cochléaire et tous présentaient une amélioration significative après 1 an. La société allemande d’implant cochléaire (Deutsche Cochlear Implant Gesellschaft e.V.) publia un rapport du congrès.

Dans le cas d’une surdité et d’acouphène, la thérapie avec des cellules souches pourrait être prometteuse. Les scientifiques purent isoler récemment des cellules souches auditives humaines provenant de la cochlée fœtale. Les cellules souches étaient capables de différenciation en cellules sensorielles de Corti et en neurones. La thérapie de cellules souches dans l’oreille interne de souris a déjà eu du succès. On se demande dans quelle mesure cette thérapie pourrait aussi améliorer l’acouphène.

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2 commentaires:

Psychothérapeute

c’est vrai mais les gens ne font plus attention

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Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

J’espère qu’on va prendre en compte bientôt les bruits infernaux que produisent les machines à entretenir les jardins. Ces machines produisent un bruit bien plus intense que celui d’un avion qui passe en l’air loin au-dessus de la maison ! Je suis étonné du peu de réclamations que ce genre de nuisances produit !
Et quand on est entouré de villas avec des jardins, cela fait mal, surtout le samedi !

#1 |
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