Au revoir Dr. Vaccinstein

16. juillet 2010
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Ses travaux de recherche douteux ont discrédité le vaccin contre la rougeole dans beaucoup de pays. Le médecin anglais, Andrew Wakefield, a maintenant été rayé de la liste officielle des médecins du Royaume. Il n’est qu’un pion (aussi).

Une publication de la revue spécialisée « The Lancet » en 1998 a été le point de départ de toute l’affaire. Le médecin britannique Andrew Wakefield, autrefois employé dans le service de gastro-entérologie pédiatrique au Royal Free Hospital à Londres, thématisa dans cette publication un lien possible entre le vaccin contre la rougeole et l’apparition de maladies intestinales inflammatoires et de l’autisme. L’hypothèse reposait sur le fait qu’il avait observé que le moment où l’on pratique la vaccination associée rougeole-oreillons-rubéole en Grande-Bretagne, à savoir au 13ième mois, correspondent au moment où les premiers symptômes de l’autisme se manifestent chez les enfants touchés par cette maladie.

Une série de cas et ses conséquences

Ce travail ne permit pas de prouver concrètement qu’il y a une relation entre la vaccination et les maladies intestinales, voire l’autisme. Au cours de l’une des conférences de presse accompagnant la publication, Wakefield plaida cependant pour la prudence et pour une vaccination séparée R.O.R. au lieu d’une vaccination associée. Il préconisa également de faire varier le moment de la vaccination. La crainte de l’autisme par la vaccination fit ainsi son apparition. Le travail, la conférence de presse et certaines publications qui suivirent connurent une résonance extraordinaire en Grande-Bretagne. Ils occupèrent les médias pendant des années et provoquèrent finalement une chute incroyable et dangereuse du taux de couverture vaccinale pour la rougeole au Royaume-Uni. D’autres pays ont participé, du moins en partie, à l’hystérie britannique. L’ascension et la chute d’Andrew Wakefield méritent une attention au-delà des frontières de la Grande-Bretagne. Le travail de l’année 1998, qui a été abandonné par « The Lancet » en 2004 et a même été retiré de la banque de données en 2010, n’était pas une étude mais une série de cas. Il s’agissait de seulement 8 enfants. Rien que ce fait aurait du empêcher de tirer des conclusions de si grande portée, surtout que les données qui contredisent la théorie d’une relation entre la vaccination et l’autisme étaient plutôt bonnes à cette époque. Au fil des ans, des travaux toujours plus solides scientifiquement furent présentés, travaux qui firent pratiquement perdre toute crédibilité aux accusations de Wakefield vis-à-vis du vaccin R.O.R.

Dr. Vaccinstein vit

Dans la conscience collective, la peur de l’autisme reste toutefois présente. Il y avait des cercles où Wakefield était considéré comme un héro. Il existe encore aujourd’hui certains leitmotivs de la critique de la vaccination qui sont (aussi) imputables à Wakefield et ses thèses, avant tout le scepticisme vis-à-vis de la vaccination associée. Le General Medical Council (GMC) britannique raya Andrew Wakefield de la liste des médecins britannique le 24 mai 2010; pas pour faire suite à sa série de cas, ni à sa thèse non prouvée sur l’autisme. La décision est beaucoup plus la conséquence de l’étude la plus grosse et la plus longue jamais réalisée par la GMC concernant les erreurs scientifiques et éthiques imputées à Wakefield dans le cadre de ses travaux sur le vaccin de la rougeole. Et cette partie de l’histoire, qui en raison de circonstances actuelles fut reprise encore une fois en détail dans le journal britannique « The Guardian », est vraiment aventureuse.

Non seulement Wakefield a conduit des études sans l’autorisation des commissions d’éthique, mais il mena aussi de nombreux examens non appropriés sur des enfants parmi lesquels de nombreuses coloscopies pour justifier cliniquement ses hypothèses expérimentales pas suffisamment soutenues. En février 1998, le mois de la publication de son papier dans le Lancet, Wakefield avait par ailleurs fait une demande d’autorisation pour une propre étude concernant le test d’un nouveau vaccin contre la rougeole uniquement, ce qui suggérait du moins la question du conflit d’intérêts. Le vaccin devait être produit par l’entreprise Immunospecifics Biotechnologies. Le Directeur était le père d’un de ses patients. Wakefield fit les premiers tests du vaccin chez un enfant, une fois de plus sans autorisation officielle, et n’informa pas son médecin de famille de l’expérimentation. De plus, pendant la fête d’anniversaire de son fils, il préleva des échantillons de sang chez les invités pour ses examens de laboratoire et donna à chacun 5 livres sterling à ce titre.

D’autres doivent aussi se poser des questions

Tous ces faits suffirent au GMC pour pouvoir attester des erreurs professionnelles graves de Wakefield, ce qui l’a conduit à l’exclusion du registre des médecins. Les Britanniques espèrent que le sujet de l’autisme par la vaccination disparaisse. Mais l’affaire ne s’estompe pas, notamment parce que Wakefield a relancé les discussions. Il s’est très mal comporté et a été ainsi décrédibilisé. Mais il n’est pas le seul responsable du fait que les vaccins soient déconsidérés. Ses spéculations furent semées sur un terrain fertile : Lancet qui imprima une publication grotesque, d’autres médias qui prêtent l’oreille à des experts hystériques et prétentieux au lieu de consulter les données existantes et des médecins qui consentent au scepticisme sur la vaccination ou répandent eux-mêmes la thèse de l’autisme. Tout ceci n’est pas oublié, seulement parce que Wakefield n’a plus le droit de pratiquer. Celui qui pense que cela ne pourrait pas se produire en Allemagne se trompe : il devrait se rappeler les discussions de l’année dernière autour des soi-disant vaccins de cultures cellulaires contre la grippe A. Le témoin principal de l’accusation était ici un politicien, ayant une formation médicale, mais qui n’avait jamais eu affaire scientifiquement au sujet qu’il débattait. L’Angleterre est partout.

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