Déodorants à l’aluminium : des sueurs froides sans preuve

20. juin 2014
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Les jouets des enfants sont souvent critiqués, et dans les bouteilles en plastique et les vêtements, les enquêteurs de la santé ont trouvé à plusieurs reprises des substances préoccupantes. Depuis plusieurs années, un autre groupe de produits échauffe les esprits : les déodorants. Un groupe de substances actives, en particulier, reste le fruit de discussion.

De nombreux déodorants contiennent des sels d’aluminium tels que le chlorhydrate d’aluminium. Ils resserrent la peau et obstruent les pores sudoripares comme un bouchon. De cette façon, ils assurent une diminution de la transpiration.
Pour l’industrie des cosmétiques, ces matériaux sont un atout. Depuis quelque temps, cependant, la rumeur circule selon laquelle l’aluminium pourrait augmenter le risque de cancer du sein et accélèrerait le développement de la maladie d’Alzheimer. Récemment, un film sur ARTE ébranla de nombreux consommateurs. Le public fit la connaissance d’un patient atteint de cancer qui soupçonne un lien entre sa maladie et l’utilisation de déodorant. La scientifique et oncologue Philippa Darbre vint parler. Elle prétend avoir découvert que, dans des boîtes de Pétri, l’aluminium transforme les cellules du sein saines en cellules cancéreuses.

Des déos contenant de l’aluminium dans n’importe quel supermarché. Un scandale ?

Mais ce n’est pas si simple. Si vous regardez le film de plus près, il devient évident que les craintes sont ici attisées sans fournir aucun fait réel. Des doses élevées d’aluminium agissent comme un poison dans le corps et peuvent causer de sérieux dommages. Mais qu’en est-il des petites quantités que l’on trouve dans les déodorants ? En fait, personne n’a pu dire jusqu’ici si l’aluminium contenu augmente le risque de cancer du sein ou de maladie d’Alzheimer. L’étude est contradictoire et la plupart des études ne répondent pas aux normes académiques requises. Il est vrai que les scientifiques ont observé au cours des dernières années une augmentation du développement de tumeur dans le quadrant supérieur externe, soit une partie de la poitrine, ce qui est particulièrement proche des aisselles. À la suite de quoi, l’influence de l’aluminium a été étudiée.
Entre autres, un travail a été publié, selon lequel des concentrations d’aluminium plus élevées ont été détectées dans le liquide des mamelons de patients atteints de cancer du sein que chez des sujets sains. Cependant, d’autres études n’ont pas montré de différences notables entre les teneurs en aluminium dans le tissu sain et pathologique du sein. Mais, même si de l’aluminium doit s’accumuler dans les cellules cancéreuses, cela ne signifie pas que la substance est également la cause de la maladie. L’aluminium peut s’accumuler à la suite de changements dans le tissu.

Ne pas appliquer sur une peau fraîchement rasée

Pour donner un meilleur aperçu, le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs de la Commission européenne s’intéresse maintenant sur ce sujet. Les experts ont examiné une fois de plus toutes les études précédentes. Ils ne sont pas parvenus à découvrir de grave danger : « Le SCCF est d’avis que les informations disponibles ne supportent pas les préoccupations au sujet d’un éventuel effet de l’aluminium favorisant le cancer », selon l’avis provisoire qui peut être commenté jusqu’au 26 mai. Néanmoins, les experts conseillent que les déodorants contenant de l’aluminium ne soient pas appliqués sur une peau fraîchement rasée. Les composés métalliques peuvent en effet difficilement entrer dans le corps depuis l’extérieur. Les experts indiquent que quelques milligrammes d’aluminium sont appliqués avec un déodorant, mais probablement seulement de petites quantités de l’ordre du microgramme entrent dans la circulation sanguine. Les lames tranchantes du rasoir conduisent cependant à des micro-lésions de la peau. À cause d’elles, une quantité d’aluminium beaucoup plus importante peut être absorbée par rapport à une peau intacte.
De plus, l’aluminium ne se trouve pas seulement dans les déodorants. En tant que troisième élément le plus abondant dans la croûte terrestre, l’aluminium est un composant naturel de l’alimentation végétale de l’homme. Il est présent dans les aliments tels que le thé, le cacao, le chocolat, la salade et les légumes. Comme colorant, il est mélangé par l’industrie à des produits de boulangerie ou de confiserie ou dans les produits cosmétiques tels que le rouge à lèvres et le fard à paupières. Ce métal léger est aussi présent dans les dentifrices ou les écrans solaires, et quelques particules des feuilles ou plats d’aluminium passent sur les aliments. De ces manières, effectivement, trop de métal pourrait pénétrer dans le corps. « Le niveau maximal tolérable d’ingestion est probablement atteint uniquement par la nourriture chez une partie de la population », dit-on à l’Institut fédéral allemand pour la recherche des risques, le BfR. Si on y ajoute la charge des déodorants contenant de l’aluminium, la limite peut être dépassée au moins partiellement et l’aluminium pourrait s’accumuler, par exemple, dans les poumons, dans le système squelettique ou le cerveau.

Des études avec des données cohérentes nécessaires

Néanmoins, il a également été signalé plusieurs fois un risque pour la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs ont trouvé le métal – parmi beaucoup d’autres substances – dans les plaques amyloïdes de cerveaux malades. Mais est-il est aussi impliqué dans leur formation ? Les experts du SCCF indiquent ici aussi un manque de résultats clairs. Une conclusion similaire a été précédemment atteinte par l’Institut fédéral pour l’évaluation des risques. En Février de cette année, ils ont écrit dans un communiqué: « Plusieurs études épidémiologiques qui tentent de montrer une relation entre la consommation d’aluminium (…) et la maladie d’Alzheimer ne peuvent donner de preuves scientifiques en raison de données inconsistantes. » La porte-parole de la politique de consommation des Verts allemands, Nicole Maisch, a exhorté le gouvernement allemand à mieux assurer la sécurité des produits cosmétiques : « Les consommateurs doivent être informés des dangers possibles pour la santé ». Le gouvernement fédéral veut faire face à la question. Lors d’une question du Groupe des Verts au Bundestag, le ministère fédéral de la protection des consommateurs a déclaré que, le cas échéant, des mesures appropriées seront discutées. En outre, un marquage pour les produits cosmétiques concernés sera étudié.
Ce qui est nécessaire maintenant, ce sont de bonnes études, libres de conflits d’intérêt, et qui expliquent si et comment l’aluminium dans les produits cosmétiques peut nuire à la santé. Les scientifiques ont besoin de savoir quelles sont les limites raisonnables pour les différents composés d’aluminium et comment les consommateurs peuvent éviter une consommation accrue. Ceux qui veulent éviter les déodorants contenant de l’aluminium ont déjà un grand choix disponible. Un coup d’œil sur les ingrédients est suffisant. Certains fabricants annoncent déjà sur l’emballage qu’ils n’utilisent pas d’aluminium.

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2 commentaires:

Dr Bernard MORRE
Dr Bernard MORRE

Toxicologie de l’HYDROXYDE D’ALUMINIUM ?
Tout d’abord il faut remercier NICOLE SIMON de ce travail, qui est intéressant à plusieurs égards, elle a été recherchée des sources du côté des « Verts allemands » qui sont généralement bien informés mais pas sans reproche… Nul n’est parfait dans ce bas monde.

Il est effectivement logique D’EVITER TOUTES LES EFFRACTIONS CUTANEES en particulier celles du rasage lorsque l’on applique un produit cosmétique qui contient de l’aluminium voire tout autre produit toxique. Dans beaucoup de cosmétique, il y a maintenant des produits sans aluminium enfin la surface et le caractère occlusif de l’application cutanée, sont à prendre en considération.
Je partage aussi l’avis du premier commentateur Philippe Storelli pour les barquettes d’aluminium surtout, celles qui permettent la cuisson, à un moindre degré l’éventuel réchauffage de plats préparés voire les dosettes de café pour la percolation car dans ces dernières circonstances les températures sont souvent inférieures à 100° C.
Par compte je regrette que la toxicologie de l’HYDROXYDE D’ALUMINIUM utilisé comme clarifiant ou floculant des impuretés de l’eau de boisson, n’aie pas été évoquée. En 1988, était lancée l’étude Paquid, par le professeur J.F. Dartigues et son équipe, elle suggère que de très faibles concentrations d’aluminium dans l’eau de boisson sont associées à un surrisque de démence, à l’inverse la silice qui agit comme un chélacteur (≈ bloqueur) de l’aluminium semble au contraire avoir un effet protecteur. Je mets ces phrases au conditionnel surtout parce qu’il s’agit d’une étude épidémiologique et non d’une étude d’intervention. Il n’empêche que si des précautions doivent être prises, elles doivent porter principalement SUR L’ALUMINIUM DISSOUS DANS L’EAU ET LES LIQUIDES A INGERER. Certaines formes d’aluminium semblent au contraire moins toxique, c’est probablement le cas des silicates d’alumine (cf. étude Paquid).
Signé : Docteur Archimorre.

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Philippe Storelli
Philippe Storelli

Et que dire alors des tubes en aluminium qui conservent les aliments tels que la moutarde, mayonnaise, sardines, parfois encore certains tubes de dentifrices, le conteneurs des mets prêts à être cuits au four, ou encore les dosettes de café. Si on considère que l’alluminium, surtout dans ces derniers deux cas, au contact avec la chaleur se libère et donc finit par se melanger avec la nouriture que nous allons ingerer… étant considére comme un métal qui une fois passé dans le cervau est assez difficile à éliminer… alors j’en passe.
À noter que si vous essayez de chauffer une feuille d’aluminium avec une flamme vous remarquerez qu’il y a de la fumée qui va se former, certainement se sont des résidus de sa fabrication.

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