Les fleurs de Bach : une mauvaise carte

29. juillet 2010
Share article

S’il existait un prix décerné à la thérapie de médecine alternative la plus douteuse, les fleurs de Bach seraient en tête de liste. Elles sont en tout cas moins nocives que les sédatifs en cas de situation de stress psychique. Première partie de la série DocCheck sur la médecine alternative.

Celui qui effectue une recherche dans la base de données internationale Pubmed avec le terme « bach flower remedies » obtient 17 réponses. C’est en principe mauvais signe. Et quand il s’aperçoit que 4 des 17 réponses sont des aperçus systématiques, il continue de se poser des questions. Mais chaque chose en son temps.

Comment Edward Bach découvrit les fleurs.

La thérapie avec les fleurs de Bach est l’un des systèmes thérapeutiques de la médecine complémentaire et a été découverte entre 1700 et 1950. Elle le fut par un médecin britannique, le Dr. Edward Bach, qui pratiquait dans les années 1930. Débarrassons-nous d’abord de la première idée courante : les fleurs de Bach peuvent certes pousser près de ruisseaux mais ce n’est pas forcément le cas. Le Dr. Bach définit 38 plantes qu’il mit en rapport avec 38 états émotionnels négatifs. Le peuplier tremble fut ainsi associé à la peur de l’inconnu – on pourrait en quelque sorte dire que „nomen est omen“ (le nom est présage). L’hêtre devait avoir quelque chose à voir avec l’intolérance et le perfectionnisme. Bach était particulièrement séduit par le marronnier qui apparait dans 3 variantes sur sa liste. L’idée de fond de Bach est que les fleurs de Bach peuvent atténuer 7 causes de maladie psychique (peur, insécurité, solitude, etc.) et rétablit l’équilibre « psychique-émotionnel » dans le cadre d’une thérapie voulue. Il existe cependant des règles de préparation qui sont vues d’un mauvais œil à l’âge de l’industrialisation croissante. Les fleurs doivent être ainsi cueillies fraîches et encore mieux, être recouvertes de rosée. Elles sont alors mises dans un verre d’eau. La cueillette est alors mise dans l’eau de source puis au soleil pendant quelques heures. Si des fleurs ne peuvent pas être recueillies, comme par exemple chez le peuplier, des branches et des feuilles peuvent être cuites. Le bouillon ainsi obtenu doit contenir une « énergie de fleurs » qui n’est pas quantifiable plus avant.

Des gouttes rescue pour les personnes neurasthéniques

Revenons à la science. L’un des 4 rapports concernant les fleurs de Bach a été établi dans le Département de médecine basé sur l’évidence et d’épidémiologie clinique de l’université « Donau-Universität Krems » en Autriche. Il traite la question qui consiste à savoir comment prouver l’efficacité des fleurs de Bach lors d’un stress psychique et dans le cas de douleurs. « La raison est qu’une caisse d’assurance maladie autrichienne souhaitait savoir de notre part si les fleurs de Bach sont efficaces car toujours plus de médecins demandaient le remboursement du traitement », affirma le Professeur Gerald Gartlehner, auteur senior de l’étude dans une interview avec DocCheck News. Ceci explique aussi pourquoi les situations de stress psychique sont au premier plan dans le rapport. « C’est une indication fréquente pour des fleurs de Bach. Les gouttes rescue sont volontiers prescrites pour soulager par exemple la peur d’un examen », nous dit Gartlehner. Les fleurs de Bach sont sinon, conformément à leur approche holistique, employées pour bien d’autres indications, notamment dans la médecine vétérinaire.

N’aide pas mais sert. Ou quoi ?

En considérant l’histoire du fondement de la thérapie ainsi que le faible nombre de publications, le résultat du rapport n’est pas vraiment surprenant. Gartlehner explique : « Nous avons d’une part constaté que l’état de l’étude était mauvais. La plupart des examens ont de graves manques méthodiques. On peut malgré tout considérer ce résultat comme étant relativement cohérent : les fleurs de Bach ne semblent avoir aucune efficacité ».

Les épidémiologistes pouvaient s’appuyer sur une étude avant tout bien faite et contrôlée contre placebo. Un organisme neutre aux U.S.A., le National Center for Complementary and Alternative Medicine en avait la responsabilité. Dans le cadre d’une étude en double-aveugle, plus de 100 infirmiers (-ières) et aides-soignant(e)s prirent des fleurs de Bach 3 heures avant un examen et toutes les 20 minutes. « L’effet était pratiquement nul », nous dit Gartlehner. Une étude de Freiburg réalisée avec des patients ayant peur d’examens ne montra aucune différence avec le placebo. Et des scientifiques d’Israël ont constaté que les fleurs de Bach n’ont pas non plus d’effet sur les enfants atteints de TDAH.

La question qui se pose maintenant est la suivante : que faire de ces données ? « Lorsque nous avons rendu notre travail, il y avait une discussion éthique intéressante dans le cadre d’un contrôle par les pairs », nous dit Gartlehner. Les scientifiques de Krems argumentent notamment en disant que les fleurs de Bach n’apportent certes rien mais ne font pas non plus de mal. Elles peuvent ainsi être prises en cas de peur d’examens. « Elles sont en tout cas moins problématiques que des bêtabloqueurs ou des tranquillisants », confirme Gartlehner. Un intervenant du contrôle par les pairs voit les choses différemment : il considère que ce n’est pas du tout éthique d’utiliser un médicament lorsqu’on sait qu’il n’apporte rien. Dans la publication finale, le passage litigieux resta dedans.

32 note(s) (2.78 ø)
Non classé

Comments are exhausted yet.

6 commentaires:

M.  Pierre Jenny
M. Pierre Jenny

J’observe que, parmi les personnes qui se « soignent » avec ce genre de produits ou méthodes, certains ont simplement trouvé une nouvelle religion, d’autres l’utilisent par idéologie « anti-médicaments », d’autres encore à titre d’assai, mais tous ne cherchent qu’à atténuer de petits « bobos », qui ont souvent un déclenchement de nature psychosomatique. De toute manière, il y a au maximum 15 à 30 % de clients qui utilisent occasionnellement ce genre de thérapies ce qui correspond approximativement au pourcentage de personnes qui bénéficient de l’effet placebo dans les études en double-aveugle…

#6 |
  2
Madame Anne Marie BOY
Madame Anne Marie BOY

Une publicité supplémentaire,qui s’ajoute à la grande liste des médicaments qui n’ont aucun effet à par celui de vider le porte-feuille des consommateurs, et donner de faux espoirs. Quand pourrons nous voir des études comme celle décrite dans votre article afin d’interdire la publicité mensongère et la mise sur le marché de produits inefficaces.

#5 |
  2
Pharmacienne Carine GRZYBOWSKI
Pharmacienne Carine GRZYBOWSKI

Ceux ou celles qui ont utilisés Rescue ont été satisfaites dans 99% des cas.

#4 |
  1
Mr roger borghiero
Mr roger borghiero

Bonjour,
Article intéressant.
Il faudrait savoir quelles fleurs de Bach ont fait l’objet de l’étude,
Des sociétés pour des raisons économiques ont en effet changé les dilutions et le support d »alcool utilisé.
Sur des produits de cette nature, comme l’Homéopathie (agissant par informations), la formulation, l’origine des plantes et l’ensemble des processus de production doit être pris en compte.
L’idéal serait de faire des études sur la base de produits confectionnés par des laboratoire respectant scrupuleusement la méthode du Docteur Bach plus que son nom, et éventuellement de comparer des produits de différents laboratoires.
Bravo pour vos articles qui permettent de poser de vrais questions et d’inviter à se documenter plus précisément.
Roger Borghiero

#3 |
  0
Licenciée en Sciences Dentaires Jacqueline Burton
Licenciée en Sciences Dentaires Jacqueline Burton

Je propose régulièrement le remède « rescue « pour les enfants et cela est très aidant; il ne faut cependant pas en abuser car il y a de l’alcool dans les préparations

#2 |
  0
dr Mohammed Hadi BELGHITI
dr Mohammed Hadi BELGHITI

Quid de l’effet placebo de ces « fleurs »?

#1 |
  0
Langue:
Suivre DocCheck: