Salutogénèse : la survie de l’optimiste ?

5. juin 2014
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Il y a environ 30 ans, le sociologue médical américano-israélien Aaron Antonovsky conçut le modèle conceptuel de salutogénèse. Depuis lors, beaucoup de ses théories se sont avérées justes. Mais, heureusement, Antonovsky se trompait sur au moins un point.

Pourquoi certaines personnes restent en bonne santé en dépit de circonstances physiques et psychologiques néfastes, tandis que d’autres personnes déraillent au moindre petit problème ? Pourquoi certains récupèrent vite après une maladie, tandis que d’autres sont gênés longtemps ? C’est à de telles questions que le neurologue et psychiatre Aaron Antonovsky répondit au cours d’une étude épidémiologique sur d’anciens détenus des camps de concentration. Les réponses qu’il trouva, il les intégra dans un modèle conceptuel qu’il appela salutogénèse (salus, du latin santé ; genese, du grec origine, formation). En fin de compte, il s’agit d’une alternative à la pathogenèse, une approche parmi les autres qui détermine les actions dans la médecine d’aujourd’hui.

En termes simples, la salutogénèse implique :

  • d’enquêter sur les causes de la santé, et non celles de la maladie
  • de faire face à des ressources, et non pas des facteurs de risque
  • de voir un continuum entre santé et maladie, et non pas une limite
  • de comprendre la santé et la maladie comme un processus, et non comme un aboutissement

Une vie harmonieuse

Le sens de la cohérence (Sens of cohérence, SOC) joue un rôle central dans ce modèle conceptuel. Selon une métaphore d’Antonovsky, cela décrit la capacité à nager dans la rivière de la vie – ou moins poétique, le sentiment que la vie est harmonieuse et peut être organisée. Le sens de la cohérence se manifeste à trois niveaux, la compréhensibilité, la gérabilité et la signification : le monde est compréhensible, si vous pouvez classer les messages de votre propre corps, de vos pensées et de vos sentiments, interpréter les informations de l’environnement correctement et aussi voir les problèmes dans un contexte plus large ; le monde est gérable si vous avez les ressources physiques psychologiques, matérielles et psychosociales suffisantes pour faire face à ses exigences ; et il est significatif lorsque nous sommes sûrs de notre propre valeur, que la vie est considérée comme étant pleine de sens, et que nous nous y engageons.

« L’idée d’Antonovsky était que toutes les ressources que l’homme a acquises au cours de sa vie s’accumulent dans le sens de la cohérence », explique le Privatdozent Dr. Ulrich Wiesmann, spécialiste en thérapie des traumatismes à l’Université de Greifswald. « Un homme avec un sens de la cohérence fortement développé répondra avec souplesse aux exigences et les maîtrisera ; une personne ayant un faible sens de la cohérence, au contraire, répondra de manière plus rigide car il aura moins de ressources pour y faire face ». Mais est-ce donc aussi un indicateur de santé mentale et physique, comme le suppose Antonovsky ?

6000 publications par an

Grâce à un nombre toujours croissant de recherches sur la salutogénèse – PubMed compte sous ce mot-clé environ 6000 publications par an – des réponses assez solides à cette question peuvent être apportées aujourd’hui. « Le sens de la cohérence est bien corrélé avec la santé mentale, mais moins avec la physique », résume Wiesmann sur les données disponibles. Il trouva lui-même des résultats similaires dans des études dans le cadre de l’étude sur le vieillissement de Greifswalder. Et il pourrait aussi montrer des choses qu’Antonovsky n’avaient pas crues possibles.

« Antonovsky suppose que le sens de la cohérence se développe environ jusqu’à 30 ans, puis reste stable », déclara Wiesmann – c’est à dire comme une armure plus ou moins forte avec laquelle on doit alors vivre sa vie. « Cependant, dans notre étude, nous avons réussi à renforcer de manière significative le sentiment de la cohérence de personnes âgées en bonne santé avec un âge moyen d’environ 66 ans par l’endurance, la musculation, le yoga et la méditation », dit Wiesmann. « En parallèle, le bien-être, le bien-être physique et la santé mentale se sont améliorés de manière générale, et des ressources importantes telles que l’auto-efficacité et l’estime de soi ont été renforcées ».

Et au niveau de la prévention ?

« Les relations entre le sens de la cohérence et divers indicateurs de santé sont maintenant également détectées dans des études à long terme », confirme le professeur Dr. Toni Faltermaier, Flensburg. « Il s’agit, par exemple, de la santé subjectivement perçue, mais aussi des mesures liées aux maux telles que l’absentéisme au travail ou le risque de maladie coronarienne ». Cela explique clairement pourquoi les approches salutogénétiques sont actuellement principalement utilisées dans la prévention et la promotion de la santé.

Par exemple, Faltermaier cite un travail sur les jeunes à risque de dépendance. « La toxicomanie, ou les comportements à problèmes, est souvent le résultat de fonctions de développement non résolues. Mais cela ne fonctionne pas de dire aux jeunes que l’alcool leur donnera une cirrhose dans 20 ans ». Au lieu de cela, on pourrait essayer de leur donner les ressources telles que l’estime de soi ou l’auto-efficacité afin qu’ils n’aient plus à noyer leurs problèmes. « Ce n’est pas toujours le but exact, car on reste non spécifique, mais on atteint mieux les jeunes que par une prévention des risques », dit Faltermaier. Et encore : les effets positifs ne sont pas limités aux personnes les plus jeunes.

Formation de salutogénèse pour les personnes souffrant de troubles mentaux

Gerhard Cramer, un travailleur social au Centre de gestion des maladies à l’Université technique de Munich, utilise des principes salutogénétiques pour traiter la dépression et la schizophrénie afin de protéger les patients d’une rechute. « Nous avons adapté une formation de salutogénèse existante aux besoins des personnes souffrant de troubles mentaux et nous la proposons dans le cadre de notre « modèle de soins intégrés de Munich » ».

La formation se compose de neuf unités d’une heure et demie chacune qui ont lieu de manière hebdomadaire. « Ce programme permet d’apprendre au patient à identifier en particulier les ressources à partir desquelles ils peuvent puiser de la force », dit Cramer. « Cela peut être le sport, un passe-temps, des techniques de relaxation, des contacts sociaux, ou même un calendrier qui va les aider à structurer la journée sans être stressé ».

Les actions en lien avec la santé dans la ligne de mire

Alors qu’à Munich près de 40 patients ont terminé la formation, Cramer est convaincu par les résultats. « Les patients se sentent concernés par les actions en lien avec leur santé, non pas avec ce qui les rend malades. Le résultat est que, dans ces groupes, il y a beaucoup plus de rires que dans d’autres, et les patients font vite l’expérience qu’ils peuvent se soutenir mutuellement ». Et enfin, l’effet du sens de la cohérence se confirme chez eux. « Dix semaines après la fin des cours, nous avons pu observer une augmentation significative chez presque tous les patients, ce qui est également significatif par rapport à la moyenne ». Cramer espère donc que l’incidence de rechutes de dépression ou d’épisodes schizophréniques diminue.

Cette salutogénèse pourrait être une approche intéressante pour les médecins. « Dans le domaine médical en général, en cas de cancers, de maladies chroniques et dans la recherche, de telles approches sont réellement de plus en plus retrouvées », dit Faltermaier. « Aujourd’hui, nous savons que même la prise en compte de la maladie et les chances de guérison augmentent avec un meilleur sens de la cohérence ». Il est tout à fait possible que la salutogénèse ait ses meilleures années devant elle.

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1 commentaire:

Excellente piste de recherche, Salutogénèse un nouvel mode de thérapie ! Mais est-elle si loin de la psychanalyse ! Après tout, tout semble reposé sur l’interaction entre l’individu et sa société ! Un individu en symbiose avec son entourage humain ne peut qu’avoir beaucoup d’estime pour soi et pour les autres. Il trouve toujours belle, la vie. Il positive sa vie, puisqu’il la trouve belle à vivre, à revivre s’il advient des bas dans sa vie existentielle. Un individu en parfait état psychique, a toutes les ressources pour maintenir une bonne santé. Et l’on sait qu’une dépression psychique entraîne une dépression immunitaire dans des proportions significatives. Avec les changements de mode vie accentué par l’individualisation existentielle des Hommes ( le travail qui occupe tant pour ne laisser que quelques heures de repos limité au sommeil lassant l’individu à réserver du temps aux échanges communautaires), la salutogénèse aura sans doute une grande aura les années à venir.

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