Hygiène dentaire : pas de répit pour le biofilm

20. décembre 2012
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Les dentistes ont une nouvelle compréhension de la prévention des caries. Le mot magique est la gestion de biofilm. Les brosses à dents n’ont pas encore fait leur temps, mais les chercheurs travaillent sur de nouvelles idées. Leurs stratégies : des anticorps ou des bactéries transgéniques.

En cas de mauvais brossage de dent, il se forme une pellicule de restes épithéliaux. Finalement des bactéries telles que Streptococcus mutans s’y installent, et y adhèrent facilement, bien protégées sous forme de biofilm. Ce sont des petits mondes pour eux : la matrice contient des glucides, en particulier des dextranes et des protéines qui forment des réserves de nourriture. Des scientifiques y ont même détecté de petites molécules de signalisation. Par quorum sensing, la population de bactéries a une densité optimale – avec des taux métaboliques élevés. Leurs produits, tels que les acides carboxyliques organiques, ont pour conséquence la formation de caries.

Des chercheurs sur la brosse

Du berceau à la tombe les patients entendent toujours la même rengaine de leur dentiste : se brosser les dents. Maintenant, les scientifiques ont adopté cette thématique. Pour étudier la question sur ce que les soins modernes peuvent vraiment accomplir, des collègues néerlandais analysèrent 2 119 articles spécialisés et finirent par identifier 59 papiers de haute qualité. Une des conclusions est que les patients qui se brossent les dents régulièrement peuvent réduire la plaque dentaire de 42 pour cent. Il a été prouvé que les brosses à dents à poils inclinés sont relativement efficaces, mais l’effet est particulièrement mauvais si les poils sont aplatis. En moyenne, après une minute de temps de brossage, 27 pour cent de la plaque est enlevée et au bout de deux minutes, 41 pour cent. Comme peu de publications traitent du type de brossage, aucune déclaration statistiquement significative n’est possible. Certaines études montrent, cependant, des aspects très intéressants.

Les patients à l’école

Des dentistes et des biologistes de Cologne se posèrent ensemble cette question difficile, et comparèrent chez des adolescents différentes techniques d’apprentissage du brossage de dents. Ils séparèrent 157 élèves répartis au hasard en trois groupes différents :

  • formation par un dentiste
  • apprentissage par les pairs
  • des réunions avec des dentistes, des professeurs et des patients ensembles, tous au même niveau.

Dans le cadre du suivi, il a été étudié si les sujets passèrent de leurs soins dentaires typiques de l’enfance à une technique classique chez l’adulte. Après une heure d’enseignement, 90 pour cent de tous les participants reproduisit la méthodologie souhaitée. Une semaine plus tard, l’adhésion était dans le premier groupe de 28,5 pour cent, dans le groupe deux de 39 pour cent et d’au moins 95 pour cent pour le groupe trois. Même trois et neuf mois plus tard, le troisième groupe avait encore de bien meilleurs résultats : un soutien clair pour ce qu’on appelle le « adherence triangle concept ».

Comment se brosser les dents

Tant pis pour les enfants – à l’Institut de psychologie médicale à l’Université de Giessen, on s’occupe des adultes. La question était de savoir avec quelle facilité les étudiants apprennent les techniques de brossage courantes. Comme mode d’emploi, les dentistes utilisèrent une présentation par ordinateur d’une durée 30 à 45 minutes. Les sujets qui apprirent la simple « technique Fones » s’en sortirent mieux que leurs homologues du groupe « Bass ». Les deux groupes étaient cependant loin d’avoir des résultats optimaux. Dans la pratique, cela signifie que tous les patients avec une mauvaise hygiène dentaire ne sont pas nécessairement des personnes récalcitrantes au brossage des dents, ils peuvent souvent avoir simplement des problèmes de technique. Maintenant du matériel d’enseignement devrait être développé pour un usage domestique – dans ce cadre, donner dans le détail des instructions précises n’est pas toujours possible lors de contrôles réguliers. En outre, les patients demandent souvent quelle brosse à dents est recommandée.

Brosse 2.0

Il y a quelques années, la Cochrane Collaboration compara les brosses à dents manuelles à leurs homologues électriques. À l’époque, la conclusion était que les brosses à dents électriques peuvent, sur une courte période, éliminer efficacement la plaque dentaire et réduire les gingivites par rapport à la version manuelle. Sur des périodes d’observation plus longues, de trois mois ou plus, l’amélioration des gingivites fut encore plus claire. Puis, les chercheurs britanniques de l’hôpital Frenchay se demandèrent quelle brosse à dents électrique apporte les meilleurs résultats. Ils réunirent un total de 15 études rassemblant 1 015 sujets dans leur revue systématique, mais ne trouvèrent aucune différence significative.

Efficace et sans danger

Une méta-analyse de Cochrane sur 17 études et 1 369 participants fournit la preuve que les appareils avec des brosses oscillo-rotatives nettoient mieux que les variantes qui reposent uniquement sur les mouvements latéraux. Les auteurs, cependant, parlent de résultats « peu clairs, ou plutôt de risque élevé de biais». Par conséquent, aucune conclusion définitive ne put être tirée quant à la supériorité de l’une d’elles. Des dentistes de l’université de Sheffield étudièrent la sécurité des têtes de brosses à dent oscillantes et tournantes. Leur conclusion à partir de 35 études : les brosses à dents électriques n’affecteraient ni les tissu durs ni les mous.

Lutte contre les germes

La gestion du biofilm se fait lors du brossage des dents, mais ne s’arrête pas là. En particulier des endroits étroits ou des fissures difficiles à atteindre avec la brosse permettent le développement de véritables biotopes. Donc, les dentistes ont commencé à élaborer des stratégies complémentaires : l’utilisation régulière d’agents antibactériens tels que la chlorhexidine ou le triclosan diminue les germes des caries. La chlorhexidine se présente dans des préparations médicales sous forme de cation et se lie préférentiellement aux composants chargés négativement des biofilms bactériens. Les fluorures d’étain sont également antibactériens, mais l’effet est beaucoup plus faible. Et les édulcorants ou succédanés de sucre n’aident pas seulement les patients qui ne peuvent pas se brosser les dents. Le xylitol possède de faibles propriétés bactériostatiques. Les sujets qui consommèrent régulièrement pendant 30 jours ou plus un chewing gum approprié avaient nettement moins de bactéries Streptococcus mutans dans leur salive que précédemment.

Des nouvelles du génie génétique

Les chercheurs en laboratoires travaillent justement sur ce germe. Des anticorps contre Streptococcus mutans, enveloppés dans un vernis, peuvent prévenir la colonisation des surfaces. Les glycosyltransférases ou les adhésines, là où se lient les bactéries et la pellicule, servent de point faible. Des chercheurs d’Oragenics travaillent dans le cadre de leur « SMaRT Replacement Therapy » sur des souches de Streptococcus mutans génétiquement modifiées, « atténuées ». À la place de l’enzyme lactate-déshydrogénase, celles-ci expriment seulement une alcool-déshydrogénase – ainsi, il n’y a plus de synthèse d’acides carboxyliques agressifs.

Un gène supplémentaire conduit à la fabrication de l’antibiotique Mutacine. Dans la bouche, les bactéries transgéniques doivent remplacer les véritables faiseurs de caries, permettant des années de protection. Ce concept serait prometteur, en particulier s’il est utilisé pendant les premiers mois de la vie, selon Oragenics. Le projet « SMaRT » est maintenant dans une deuxième phase I d’essais cliniques. Cependant, les mesures de prévention en soins dentaires ne sont pas pour autant devenues superflues.

8 note(s) (4.63 ø)
Dentisterie, Médecine

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2 commentaires:

Trés interessant !
Merci

#2 |
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Dr Dominique Miest
Dr Dominique Miest

excellent !

#1 |
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