Délire à l’iris

31. août 2010
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Observer les yeux du patient peut être dans certains cas novateur en matière de diagnostic. Peut-on toutefois réellement considérer le diagnostic par l’iris comme une discipline à part entière ? Tous les doutes sont permis. Troisième partie de la série DocCheck concernant la médecine alternative.

L’œil fascine très tôt les étudiants en médecine. Dans le classique allemand des manuels « Der diagnostische Blick », l’œil, et plus précisément le regard dans l’œil, s’affirme à côté de beaucoup autres organes. L’œil peut effectivement guider les internistes dans leurs diagnostics. Cela peut même être novateur au cas par cas. Tout le monde sait que le jaunissement du squelette est le signe d’un trouble de la fonction hépatobiliaire. La cornée et/ou l’iris peuvent par ailleurs donner des indices sur une série de troubles du métabolisme : le cercle de Kayser-Fleischer dans le stroma cornéen est typique de la maladie de Wilson et le fer produit en excès dans le cas d’une hémochromatose peut avoir une retombée visible dans l’œil.

Merveilleusement coloré mais aussi quelque chose de particulier ?

Ce ne sont cependant pas ces changements pathognomoniques qui rendent l’œil si attrayant aux yeux de la médecine alternative. Ce qui fait qu’aujourd’hui le diagnostic par l’iris forme même une discipline à elle seule au sein de la médecine complémentaire est beaucoup plus un système propre et fermé sur lui-même développé dans sa forme actuelle au milieu du 19ième siècle. Le diagnostic par l’iris part du principe que tous les organes de l’homme ont une sorte d’image dans l’iris et que de la même manière, les maladies de l’organe sont visibles dans la pigmentation de l’iris. Cette thèse nécessite des explications car elle n’est pas forcément évidente. La base de ce système serait les voies neuronales qui lieraient la périphérie du corps voire les organes internes à l’iris via le thalamus. Le fait que de telles liaisons venant de partout et allant partout existent dans un système nerveux qui travaille avec un astre central (le cerveau) a été réfuté plusieurs fois mais les partisans du processus n’en font pas de cas. Au contraire : le système se perfectionna. Il existe même entre temps des logiciels qui permettent un diagnostic par l’iris assisté par ordinateur. À l’extrême opposée, il faut bien reconnaître le fait que, parmi les 37 entrées correspondant au mot-clé « iridologie » dans la banque de données de recherche PubMed, aucune n’est consacrée à la recherche fondamentale. C’est la raison pour laquelle les auteurs anglo-américains parlent presque en permanence de « pseudoscience » quand ils parlent de diagnostic par l’iris.

Étude pour le cancer de l’intestin : le diagnostic par l’iris n’est pas meilleur que de lancer les dés

L’anesthésiste de Cologne, le Dr. Stephan Herber, voulut cependant donner encore une chance au procédé. Dans le cadre de son doctorat il y a quelques années, il chercha à savoir si le diagnostic par l’iris permet d’identifier des patients souffrants d’un cancer du gros intestin. Le médecin, qui dirige aujourd’hui un cabinet de médecine chinoise traditionnelle, n’avait pas choisi au hasard le cancer de l’intestin : « Les carcinomes colorectaux se développent sur une longue période. C’est un processus qui dure des années, voire des dizaines d’années. C’est pourquoi cette maladie nous semblait appropriée à une étude », nous dit Herber dans une conversation avec l’équipe de DocCheck News. Et ce fut fait. Les médecins firent des photos numériques en couleur de chacun des 2 yeux de 29 patients atteints d’un carcinome colorectal acquis histologiquement. 29 volontaires sains servirent de groupe de contrôle; il fut ajusté au groupe d’intervention en fonction de l’âge et du sexe. Toutes les images furent alors présentées à 2 experts en diagnostic par l’iris. La mission consistait à identifier les patients atteints de cancer à l’aide des images de l’iris.

Elle fut un échec : les 2 experts en diagnostic par l’iris avaient raison dans 51,7 % voire 53,4 % des patients. « Le résultat était donc aussi bon que s’ils avaient deviné au hasard. Il était si mauvais qu’il n’y avait alors plus rien à en dire », constate Herber. Les réactions des 2 spécialistes en iridologie concernant le résultat étaient différentes. Alors que l´étude se déroulait déjà, l’un des 2 déclara que l’iris ne se transformerait pas dans le courant de la vie. « L’autre était un peu plus surpris », nous dit Herber.

Corrélations trouvées mais que signifient-elles ?

Donc un naufrage pour l’iris ? Il existe encore quelques bouées de sauvetage sur lesquelles grouille le peu de connaissance qui existe sur le sujet. Avant tout un groupe de travail coréen souligne le caractère « constitutionnel » de l’iris et recherche donc des corrélations avec des maladies constitutionnelles. En 2004, ces scientifiques décrivirent un lien entre une constitution de l’iris neurogène et l’apparition d’une hypertonie artérielle. Ils examinèrent le niveau génétique et découvrirent un lien statistique entre la constitution de l’iris et les polymorphismes de l’apolipoprotéine E qui prédispose à une hypertonie.

Quatre ans plus tard, ils obtinrent des résultats semblables pour les polymorphismes du gène angiotensine associés à une hypertonie. Un savoir de ce type n’aide cependant pas vraiment. Sans l’iris, on en vient aussi à l’idée que faire un peu plus de sport et de s’alimenter sainement est bon quand il y a plusieurs cas d’hypertension dans la famille. Ce qui est clair aussi : même quand il y avait des corrélations entre la pigmentation de l’iris et la prédisposition à l’hypertonie, cela ne voulait encore pas forcément dire que tout l’édifice de la théorie du diagnostic par l’iris était exact. Seule une vraie recherche fondamentale pourrait aider à le prouver. Elle existe jusqu’à présent pour le diagnostic par l’iris comme pour la phrénologie plus vieille et qui est connue pour avoir échouée.

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1 commentaire:

Dr Roger Schrago
Dr Roger Schrago

Cette mise au point a sa valeur, mais elle doit être complétée… L’aspect de l’ensemble de l’oeil est plus important que l’étude de l’iris seul. Là, on trouve plus de corrélations avec différentes pathologies de l’ensemble du corps…

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