Polyneuropathies – le grand picotement

30. septembre 2010
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Beaucoup de nerfs, beaucoup de douleurs : dans le cas des polyneuropathies, les neurones subissent des dégâts en dehors de la moelle épinière. Les patients se plaignent de mauvaises sensations comme des picotements ou une surdité. Si la cause est connue, des thérapies peuvent être mises en place.

Les polyneuropathies ne font pas vraiment partie des maladies courantes : les scientifiques estiment que parmi 100 000 personnes, 40 sont touchées par cette maladie. Il y a de grosses différences régionales du fait de l’alimentation, l’hygiène et des soins médicaux. Mais les polyneuropathies ne sont pas tout à fait des polyneuropathies : dans environ 34 % des cas, le diabète sucré est un agent causal fréquent, suivi par l’alcool (11 %). Les maladies auto-immunes et les infections avec des bactéries voire des virus tout comme des formes congénitales de la polyneuropathie sont rares. En raison du grand nombre de mécanismes, la recherche du facteur déclencheur entre en première ligne.

Quand le métabolisme n’est plus dans le rythme

Si le sucre dans le sang n’est pas bien réglé, le diabète sucré endommage non seulement les vaisseaux sanguins mais aussi les nerfs. Une neuropathie diabétique est alors inévitable – avec des souffrances corporelles et morales. « Diabète et troubles du sommeil, dépression et troubles d’anxiété, manque d’énergie et d’appétit forment un syndrome psycho-internistique chez certains patients », nous dit le Prof. Dr. Göran Hajak de la clinique universitaire de Regensburg. Si le corps libère l’hormone du stress cortisol, la mauvaise situation métabolique est de ce fait aggravée.
Il est thérapeutiquement important d’améliorer avant tout les taux de sucre sanguin par des mesures fréquentes et des injections d’insuline adaptées. Mais pour interrompre le cercle vicieux des douleurs et du stress, des anticonvulsifs et des antidépresseurs aident par exemple. Pour des douleurs neuropathiques, la société allemande de neurologie recommande la duloxétine, la gabapentin, la prégabaline, l’amitriptyline, la nortriptyline tout comme la venlafaxine. Suite à une étude canadienne, l’association de nortriptyline et de gabapentine s’est avérée bien tolérée. Ces recommandations sont complétées par des opioïdes comme le tramadol et l’oxycodone. Pour un effet équivalent, le tapentadol, un médicament pas encore autorisé en Allemagne, est mieux toléré. Les pharmaciens espèrent une autorisation avant la fin de l’année.

Pour des gènes dans les jambes et des douleurs nerveuses, un nouveau procédé thérapeutique de la clinique universitaire d’Heidelberg peut soulager les patients. « Nous considérons la stimulation musculaire comme une thérapie effective qui peut aider un bon nombre de patients sans beaucoup les agresser. Notamment l’effet favorable sur le sommeil nocturne devrait favoriser la qualité de vie des patients concernés », souligne le Professeur Dr. Peter Nawroth, le directeur médical du service d’endocrinologie et de métabolisme. Les médecins stimulent ici la musculature de la cuisse avec des impulsions électriques. Dans une étude, 73 % des participants profitèrent de la thérapie après déjà 4 semaines.
Le blocage des voies métaboliques toxiques apporte aussi un soulagement. La benfotiamine, le précurseur de la vitamine B1 (thiamine), réduit particulièrement la formation de produits de dégradation toxiques provenant de protéines et de sucres qui s’accumulent lors de mauvaises conditions métaboliques. « Comparés à des personnes saines, les diabétiques présentent une concentration en thiamine dans le plasma 75 % plus faible », nous dit le chargé de cours, le Dr. Burkhard Herrmann, directeur de l’institut de cardio-diabète et d’endocrinologie, centre de technologie à l’université de la Ruhr de Bochum. Ce manque provoque une accumulation des produits métaboliques toxiques et une poursuite de l’endommagement des nerfs. Dans une étude, les patients furent soulagés avec 600 mg de benfotiamine par jour sur 6 semaines durant lesquelles des enzymes de détoxification furent activées.

Quand le corps se bat contre lui-même

Au lieu de réactions immunitaires saines où les intrus bactériens et viraux seraient tenus en échec, les propres nerfs en prennent un coup dans le cas de polyneuropathie inflammatoire démyélinisante chronique (CIDP) : leurs enveloppes sont démontées successivement. Non traitée, la souffrance conduit tôt ou tard à des phénomènes de paralysie. Une corticothérapie fortement dosée et de longue durée stoppe des processus inflammatoires. Des effets secondaires apparaissent cependant comme on en parle dans les livres : prise de poids, décalcification des os ou modifications de la peau sont à l’ordre du jour. Pour pouvoir réduire la dose, on donne en complément des substances immunosuppressives.

En cas de crise aigüe, les spécialistes utilisent le remplacement du plasma : les protéines du malade sont remplacées par une solution de sels, tampons et d’albumine – le succès d’une procédure prometteuse mais extrêmement pénible dont l’effet tient 8 semaines maximum. Des immunoglobulines administrées par intraveineuse ont en comparaison un effet semblable mais beaucoup plus doux. Un groupe de travail autour du Professeur Dr. Falk Nimmerjahn de l’université Friedrich-Alexander d’Erlangen-Nürnberg put démontrer comment fonctionne ce traitement : les patients avec CIDP ont, en raison d’un défaut génétique, trop peu de molécules d’une protéine régulatrice qui modère le système immunitaire. Lors de la prise d’immunoglobulines, le processus se normalise car la molécule régulatrice du corps est reproduite.

Une paralysie dangereuse

Alors que la CIDP se développe en comparaison lentement et que les symptômes restent limités sur les extrémités, une paralysie se développe dans le cas du syndrome de Guillain-Barré en l’espace de quelques jours, paralysie qui peut toucher tout le corps. Ce qui est particulièrement dangereux, c’est une perte de la fonction des muscles respiratoires mais des troubles du rythme cardiaque sont aussi décrits. Mise à part la répression de la réaction auto-immunitaire, les traitements hospitaliers se concentrent par conséquent sur la stabilisation du système cardio-vasculaire et de la respiration tout comme sur la prophylaxie de la thrombose. Dans les cas graves, un suivi de médecine intensive sur des semaines est indispensable.

Les scientifiques ne peuvent pas expliquer avec certitude par quoi ces processus sont finalement déclenchés. Lors de l’évaluation des données patients, on s’est cependant aperçu qu’environ deux tiers souffraient au préalable d’une inflammation bactérienne ou virale. Il est possible que le système immunitaire activé de toute façon ne réagisse pas seulement aux structures de surface de l’agent pathogène mais aussi à la membrane des fibres nerveuses qui sont chimiquement constituées de la même manière. On ne put cependant ni écarter ni confirmer les vaccinations comme facteur déclencheur.

Des nerfs empoisonnés

Certains produits chimiques endommagent tout particulièrement les nerfs. Et notamment l’alcool avant tout : aussi bien l’éthanol que le produit de dégradation acétaldéhyde ont un effet toxique. À ceci s’ajoute le fait que, dans le cas d’abus d’alcool chronique, le métabolisme complet entre dans une situation critique. Mais aussi des médicaments comme des substances chimiothérapiques ou des sels de métaux lourds comme l’arsenic, le plomb et le thallium attaquent les neurones et provoquent des polyneuropathies. La désintoxication du corps et la recherche des causes sont en première place. Dans le cas d’un abus d’alcool, des approches pharmacologiques et psychothérapeutiques de longue durée sont requises.

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1 commentaire:

valérie GOUZIEN
valérie GOUZIEN

Article très intéressant. j’ai obtenu mon D.U « douleur » à Bordeaux cette année et je n’ai pas entendu parler de ces nouvelles thérapeutiques concernant les polyneuropathies.
Je suis confrontée, au quotidien, à des douleurs neuropathiques dont les origines sont diverses.
J’aimerais être au courant de l’AMM de ces nouveaux traitements enespèrant qu’ils soient disponibles en France.

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