Paludisme : la prise d’armes des mutants

30. septembre 2010
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Beaucoup de résistance, des vaccins moyennement efficaces : le combat contre le paludisme fait du surplace. Des chercheurs américains veulent maintenant s’attaquer au problème avec une toute autre approche : ils créèrent un moustique Anophèles mutant qui est indifférent aux plasmodies du paludisme.

On sait que les agents pathogènes de la maladie, qui dépendent de l’homme en tant que porteur, peuvent être anéantis grâce à des programmes de vaccination conséquents. Dans le cas du paludisme, ce n’est malheureusement pas si simple : les plasmodies qui sont responsables du paludisme ont, avec le moustique Anophèles, un hôte reconnaissant qu’elles infectent volontiers et en grand nombre. Le danger d’une infection de paludisme existe tant que ce moustique reste un fléau.

La bible du moustique. Le livre de la Genèse.

Là où le paludisme a bien été éradiqué, comme par exemple dans le sud de l’Europe, on sait qu’il a fallu passer par des mesures de lutte contre les moustiques et notamment par l’assèchement des marais. Dans les tropiques, cette approche a cependant des limites évidentes si bien que là-bas, mises à part les moustiquaires très efficaces, ce sont avant tout des vaccins contre le paludisme qui sont discutés et testés dans des études cliniques. De la même manière que pour le virus du SIDA, le plasmodium du paludisme n’est cependant pas vraiment prédestiné à être tout simplement éradiqué par la vaccination. Le vaccin sur lequel beaucoup d’espoirs reposent en ce moment est efficace seulement en partie. Le biologiste Michael Riehle, Professeur d’entomologie au « College of Agriculture » de l’université d’Arizona, n’est pas persuadé que l’on maitrisera ainsi la problématique du paludisme : « Si la propagation des parasites du paludisme doit être stoppée efficacement, on a besoin de moustiques qui y sont résistants à 100 % ». C’est pourquoi lui et son équipe ont choisi une autre approche. Ils construisirent un morceau d’information héréditaire qu’ils injectèrent dans les œufs de moustiques et notamment dans les œufs d’Anopheles stephensi, un vecteur du paludisme important dans le sous-continent indien. La construction génétique fut aussi effectivement incorporée dans le génome du moustique après l’injection puis alors transmise aux générations suivantes. En d’autres mots : les chercheurs américains créèrent un mutant de l’Anophèles qui peut aussi transmettre sa mutation.

Le moustique mutant n’a pas envie des parasites

De quelle sorte de mutation s’agit-il exactement ? Les scientifiques visent l’une des différentes voies de signal dans le moustique Anophèles. Le gène employé fonctionne comme une sorte d’interrupteur qui active en permanence une certaine protéine signal appelée « Akt ». « Akt » est un neurotransmetteur qui a entre autres une influence sur la croissance des larves, sur les réactions immunitaires et aussi sur la durée de vie du moustique Anophèles. Les scientifiques donnèrent à boire du sang manipulé génétiquement et infecté de plasmodies du paludisme aux « mutants Akt » pour voir ce que les moustiques Anophèles feraient avec. Ils ne s’attendaient pas au résultat : « Nous avons espéré voir un certain effet sur le taux de croissance des moustiques, également sur leur durée de vie ou leur sensibilité vis-à-vis des parasites. Mais ce que nous avons alors vu était que notre construction bloquait complètement l’infection », nous dit Riele qui raconte ce travail dans le magazine PLOS Pathogens.

Recherché : l’avantage dans le combat autour de l’existence des moustiques

La question est bien entendue de savoir à qui un moustique résistant au paludisme apporte de l’aide quand on sait que des moustiques Anophèles existent partout dans le monde et sont plus que près à ingérer des plasmodies du paludisme provenant de sang humain et à les retransmettre à la prochaine piqûre. L’idée de Rieles consiste à employer des mutants comme ses mutants Stephensi pour supplanter les moustiques Anophèles vivants naturellement dans un écosystème. Ce serait donc une approche darwiniste pour laquelle une niche écologique, qui est occupée jusqu’à présent par d’autres moustiques problématiques, serait colonisée par une espèce de moustiques certes voisine mais non problématique en matière de paludisme. On couperait ainsi idéalement l’herbe sous le pied aux moustiques transmettant les plasmodies de cette manière.

Ce ne sera cependant pas simple. On peut d’un côté difficilement estimer au cas par cas ce que fait un mutant quand il est lâché dans la nature. D’un autre côté, on a aussi encore besoin d’un mécanisme qui procure aux moustiques modifiés et dans la nature un réel avantage pour survivre vis-à-vis de leurs congénères établis. Alors et seulement alors, les espèces d’Anophèles infectieuses pourraient être refoulées avec le temps. Le scientifique ne s’est cependant pas occupé de cette question. Il serait possible que le moustique actuel ait même « dehors » un désavantage dans le combat pour survivre car il vit moins longtemps que d’autres moustiques Anophèles suite à la « mutation Akt ». Mais cela ne doit pas nécessairement perdurer. On pourrait peut-être corriger ce défaut de durée de vie avec quelques autres mutations…

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1 commentaire:

Hochinteressanter Artikel über einen neuen Ansatz die Malaria, insbesondere die M. tropica, zu bekämpfen.
Nach wie vor verfolge ich möglichst alle Veröffentlichungen zu diesem Sujet, da ich selbst Opfer einer malignen Form während meiner Tätigkeit in Tansania trotz Prophylaxe war.
Merci encore.

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