Fièvre : ne touchez pas au thermostat

15. octobre 2010
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La devise suivante vaut aussi bien pour le tout-petit que pour l’adulte : les antipyrétiques comme l’AAS, l’ibuprofène et le paracétamol peuvent sauver des vies. Des médecins britanniques pensent maintenant que ce jugement est fallacieux et recommandent aux médecins l’emploi de la pyrothérapie.

Clark Blatteis se bat depuis plus de 30 ans contre la fièvre. Ce qu’il postule aujourd’hui au Health Science Center de l’université du Tennessee à Menphis aux médecins chercheurs comme résumé de son travail devrait surprendre les médecins du monde entier. Les hommes et les poissons se ressemblent en un point plus que ce que pensent beaucoup : ces 2 formes de vie de la planète bleue utilisent la fièvre pour se défendre contre les attaques sur l’organisme et vaincre les infections.

Autrement que chez les hommes, les poissons n’utilisent néanmoins ni paracétamol, ni AAS ou autre antipyrétique contre l’élévation de la température du corps. Ils utilisent plus la force de la machine à température biochimique conditionnée par l’évolution. L’enthousiasme de Blatteis pour la chaleur à l’intérieur de toutes les vies n’est pas le fruit du hasard. Petit à petit – même si c’est hésitant – l’opinion que la fièvre est plus utile à l’homme qu’elle ne lui nuit s’impose en médecine. On sait certes depuis longtemps que des températures corporelles plus élevées rendent les lymphocytes T plus actifs. Autoriser la fièvre du corps jusqu’à 40° Celsius comme thérapie ciblée semblait jusqu’à présent ne pas être un moyen adéquat, notamment pour les infections dangereuses.

Exposer les patients au début de la maladie à une forte fièvre

C’est ce qui doit changer. Une étude publiée en janvier 2010 fit sensation autour de Garth Dixon du University College. Le microbiologiste avait examiné l’influence de la température corporelle humaine sur l’agent pathogène craint, la neisseria meningitidis B., même si ce n’était qu’en laboratoire. Dans chaque échantillon sanguin qui fut tenu à 40 degrés Celsius, la concentration des dangereux bacilles recula de 90 % par rapport à leurs pendants proliférant à une température normale. Les résultats étaient si impressionnants que le Peer Reviewed British Medical Journal (BMJ) publia le témoignage du microbiologiste de Londres : les patients devraient être exposés à une forte fièvre, notamment au début d’une infection, afin de décimer de manière naturelle les populations de bactéries dans le corps. Seulement un mois après Dixon, la BMJ renchérissait et livrait l’une des premières études au monde issue de la pratique médicale quotidienne à l’hôpital et étudiant le phénomène fièvre d’un point de vue thérapeutique. Gavin Barlow de Hull and East Yorkshire Hospitals NHS Trust avait tout de même examiné 400 données patients; tous les patients étaient atteints d’une pneumonie. Les chiffres de l’évaluation parlent d’eux-mêmes : alors que parmi les patients dont la température corporelle fut maintenue en dessous de 36 degrés, plus d’un tiers mourut dans les 30 jours après le début de la maladie, plus de 82 % des patients avec une température corporelle élevée survécurent. Cependant la sensation venait du groupe des 40 degrés Celsius : tous les patients de ce groupe survécurent à la pneumonie.

Il faudrait certes prêter attention au fait que les personnes âgées notamment présentent généralement une température corporelle plus faible et qu’il est possible aussi qu’elles décèdent sans pneumonie, pense Barlow, mais il était impressionné « par la magnitude de l’effet ». Les études randomisées seraient en mesure d’éliminer de telles incertitudes; mais il n’y en a jusqu’à présent qu’une seule – et ce n’est pas de la tarte. En 2005 déjà, les médecins de l’université de Miami voulaient savoir si les patients prenant des médicaments faisant baisser la fièvre sont effectivement mieux traités. Pour cela, 82 patients en soins intensifs furent partagés en 2 groupes où une moitié reçut un antipyrétique courant et l’autre non. « Nous avions 7 morts dans le groupe de thérapie standard et seulement un dans le groupe où la fièvre était autorisée », explique le Directeur de l’étude, Carl Schulman comme raison d’interruption de l’étude.

La « doctrine de faire baisser la fièvre »

Des pays comme la Grande-Bretagne ont au moins réagit lors du traitement des enfants et adapté depuis quelques années leurs recommandations concernant la fièvre comme instrument de thérapie. En Allemagne par contre prévaut toujours la vielle doctrine de faire baisser la fièvre, comme le montre parfaitement un coup d’œil sur les recommandations du TK Online en cas de pharyngite : « En cas de forte fièvre, des antipyrétiques devraient être pris. Même « l’ouvrage spécialisé RKI sur les maladies infectieuses – aide-mémoire pour les médecins » actualisé en 2010 n’évite pas encore dans ses recommandations les recommandations classiques du passé : pour les rougeoles avec complications par exemple, les spécialistes de Berlin misent sur les antipyrétiques.

Il y a cependant une raison d’espérer. Car du moins isolé, le savoir que faire baisser la fièvre n’est pas forcément raisonnable est bien là. On est ici toutefois encore loin des réflexions américaines et britanniques mais il y a des progrès. Un des ouvrages spécialisés à destination des patients et rédigé par des médecins de la plus vieille université privée allemande, Witten/Herdecke met les choses au point avec les antipyrétiques chez les enfants : « Même si beaucoup de parents sont contents de l’effet de ce médicament sur leurs enfants, il n’existe cependant pas d’étude qui démontre un effet de manière statistiquement évidente ».

18 note(s) (4.56 ø)
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7 commentaires:

Corinne Cap
Corinne Cap

Très intéressant, mais forcément facile à mettre en pratique dans notre société impatiente des résultats et soucieuse du confort…

#7 |
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Dr Yves LABANSAT
Dr Yves LABANSAT

Cela est depuis (très) longtemps évident pour ceux qui s’attachent à aider les défenses de l’organisme plutôt qu’à combattre la maladie

#6 |
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Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

Ce qui me surprend est la surprise des intervenants médecins ! N’enseignerait-on plus l’ABC en Fac de médecine ?

#5 |
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docteur Aitsaid Samia
docteur Aitsaid Samia

pas evident pour les parents …

#4 |
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Médecin

c’est vrai on a toujours appris que la fièvre est un moyen naturel de défense de l’organisme mais au delà a ne rien donné a un enfant fébrile me laisse perplexe;et surtout comme la souligné Dr Hervé il va être difficile de convaincre les mamans.

#3 |
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Cet article est intéressant et cela semble logique que la fièvre soit dangereuse pour les bactéries.Il va être difficile de convaincre les mamans de laisser leurs chères têtes blondes monter en température sans qu’elles agissent!

#2 |
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Docteur Michel Masson
Docteur Michel Masson

Surprenant et certainement à suivre de près.

#1 |
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