Et la mort ne devrait plus avoir de royaume

15. octobre 2010
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La cour de cassation allemande a récemment relaxé un avocat accusé de tentative d’homicide. Sa cliente avait coupé le tube d’alimentation de sa mère qui se trouvait dans un coma éveillé. Quand un patient peut-il mourir ?

« Il s’agit de la redécouverte de la mort naturelle. De ce que j’appelle la tendre omission à la fin de la vie pour laquelle il faut avoir plus de courage que l’acte ». Celui qui dit cette phrase n’est pas euthanasique et n’aspire pas au suicide. Dans sa conversation avec Anna von Münchhausen du Journal FAZ, Gian Domenico Borasio plaide pour l’abstention d’autres mesures qui reculent la mort toujours un peu plus avec tous les moyens qui sont aujourd’hui à la disposition de l’art médical. Borasio est détenteur de la chaire de médecine palliative de l’université de Munich.

Iustitia décide quand on doit mourir

Quitter ce monde paisiblement et même avec bonheur est toujours plus rare de nos jours. Les dernières heures sont de plus en plus marquées par un combat contre la douleur, une somnolence jusqu’à ce que le corps abandonne malgré tout le soutien technique. Est-ce un heureux hasard quand tout cela ne dure que quelques jours ou quelques semaines ? Quand la mort se fait attendre pendant des années, les personnes concernées ne sont pas rarement à bout de nerfs. De temps à autre également au tribunal.

« Vivre dans le coma » s’intitulait un colloque au cours duquel des médecins spécialisés en médecine palliative comme Borasio pouvaient discuter avec des professeurs d’éthique, des chercheurs sur le coma, des neurologues et des avocats. Wolfgang Putz y participa aussi. Il y a quelques semaines encore, il faisait les gros titres quand il fut acquitté par la cours de cassation allemande pour une accusation de « tentative d’homicide ». Il avait en effet conseillé à sa cliente d’abréger le coma éveillé de sa mère qui durait depuis 8 ans en coupant le tuyau d’alimentation artificielle. La fille raconta qu’elle avait eu des conversations avec sa mère sur le fait qu’elle souhaitait plutôt mourir dans de telles conditions.

Retour surprenant

La bataille livrée sur le pouvoir des médecins pouvant ne pas seulement sauver une vie mais aussi autoriser la mort a une longue histoire. Eluana Englaro fut ainsi célèbre de manière tragique. En Italie, même le premier ministre Berlusconi attaqua avec une propre législation avant qu’un tribunal n’autorise la mort d’un patient après 17 ans dans le coma. Un autre cas que la BBC rendit public au milieu du mois de juillet fut aussi célèbre : Richard Rudd passa de nombreux mois entre la vie et la mort sans réagir aux influences externes. Quelques jours avant son grave accident de moto, il avait évoqué le fait qu’il ne voudrait jamais passer sa vie paralysé et dans l’incapacité de réagir dans un lit d’hôpital. Il manifesta cependant sa volonté de vivre par des clignements d’yeux dans équivoque lorsque la question de savoir si les médecins devaient arrêter l’appareillage permettant de le maintenir en vie se posa.

« Il ne faut pas en conclure que les personnes en coma éveillé ne veulent plus vivre“, dit Rudolf Henke, président du « Marburger Bund ». Andreas Zieger de l’hôpital protestant d’Oldenburg corroborait également ce point de vue dans son discours. « Un réveil tardif est rare mais possible » racontait-il de son expérience de plusieurs années dans le traitement de patients touchés par de graves troubles cérébraux. La surprise de tels événements, également chez les médecins, ne provient pas rarement de mauvais diagnostics de la part des médecins lorsqu’ils jugent le coma. Athena Demertzi, chercheuse sur le coma à l’université de Liège rapporte un taux allant jusqu’à 40 %. DocCheck annonçait également il y a quelques temps un cas semblable. Notamment dans les premiers jours et semaines, l’état du patient passe souvent plusieurs fois de l’état de conscience minimal à l’état végétatif beaucoup plus profond. Les recherches intensives avec de nombreux tests et des examens d’IRM fonctionnel du cerveau se déroulent la plupart du temps seulement dans la phase urgente après l’accident ou l’AVC.
Depuis environ un an, un testament de vie pour le médecin traitant est obligatoire. Il manque cependant souvent la pièce écrite significative. La volonté supposée prévaut alors; des conversations avec les membres de la famille doivent apporter de la clarté mais apportent souvent encore plus de confusion car les parents et le/la partenaire ne sont là pas toujours du même avis. Katja Kühlmeyer du IZP (centre interdisciplinaire de médecine palliative) à Munich raconte de telles expériences. La famille par exemple aimerait souvent continuer le traitement alors que le concubin souhaite plutôt que la supposée torture de la personne aimée prenne fin.

Les mourants n’ont pas faim

« Faire mourir » a d’importantes conséquences : d’un côté la mort, d’un autre côté une alimentation sans « si » et « mais ». Cela signifie aussi par exemple que le patient comateux nécessiteux a le même droit d’avoir une transplantation d’organes qu’un sportif actif avec une longue espérance de vie. Le testament de vie, dit Borasio, servirait toutefois aussi toujours à se protéger contre des fautes médicales. La peur de la mort sous de grosses souffrances incite le personnel soignant à alimenter leurs patients richement en liquides, alimentation et oxygène. Le spécialiste en médecine palliative nous explique que c’est exactement cela qui serait mauvais. À la fin de la vie, le flot d’oxygène provoque un dessèchement des muqueuses. Mais cela n’aide pas de boire beaucoup parce que les reins ne fonctionnent souvent plus. D’après les observations scientifiques, les mourants n’ont ni faim, ni soif. Seulement l’humidification des muqueuses serait importante pour rendre les derniers jours du patients plus faciles.

Médecine palliative : suivi POUR la dernière phase de vie

En Allemagne, les taux de suicide reculent en permanence depuis près de 20 ans. Seuls les suicide à l’âge ne suivent pas la tendance. La peur d’une perte de dignité et d’indépendance entraînent beaucoup de personnes âgées à mettre eux-mêmes fin à leur vie. Seule la technique moderne a contribué dans les derniers 50 ans à ce qu’il y ait toujours plus de patients dans un coma éveillé. Environ 3 000 à 5 000 par an. Dans son « plaidoyer » devant les participants et les intéressés du colloque, l’avocat Wolfgang Putz mit en lumière une autodétermination de la personne également dans le coma. Dans son livre « Comment voulons-nous mourir ?« , le médecin d’urgence berlinois Michael de Ridder argumente une nouvelle culture de la mort des patients traités sans chance d’amélioration. Avec sa conviction que le médecin devrait aussi lui-même veiller au doux endormissement s’il est souhaité, il ne récolta pas que des applaudissements, par exemple dans le magazine ZEIT.

« La médecine palliative est le suivi POUR la dernière phase de la vie, pas seulement DANS la dernière phase de la vie », souligne Gian Domenico Borasio dans son discours. Quand il n’existe plus d’espoir d’amélioration, le médecin doit revoir son but thérapeutique : le but initial est-il encore réaliste ? Et concorde-t-il avec la volonté des patients ? Concernant la relaxation de la cours de cassation dans l’affaire Putz, Matthias Thöns du réseau palliatif de Bochum dit : « Le jugement permet enfin aux médecins en médecine palliative engagés de soigner des personnes à la fin de leur vie conformément à leur volonté et dans la dignité – sans avoir à craindre le procureur ».

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4 commentaires:

madame Ivana duperrex kuhner
madame Ivana duperrex kuhner

La médecine c’est soigner la maladie certes, mais derrière il y a l’humain, soignant ou malade, avec ses questions et ses angoisses…Pas facile !

#4 |
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Dr René Vankerkem
Dr René Vankerkem

Je suis un vieux médecin de près de 90 ans. J¿ai évidemment subi les atteintes de l¿âge mais aussi diverses autres affections dont un infarctus myocardique très sévère à 55 ans. Depuis lors, j¿ai évidemment réglementé différemment mes activités et j¿ai averti mon cardiologue et mes enfants (dont plusieurs sont médecins) que je désirais ne jamais recevoir de soins seulement palliatifs, exprimant surtout par là mon refus absolu de ne plus contrôler mes émonctoires. Je réclamais donc pour un tel moment une euthanasie salvatrice, preuve de leur affection.. J¿ai eu l¿impression d¿avoir été bien entendu..

#3 |
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Dr Jean SURZUR
Dr Jean SURZUR

Il serait intéressant de connaître la valeur légale, en France, d’un « testament de vie » et s’il est facilement respecté.

#2 |
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Médecin

c’est une lourde tache d’accompagner les malades qui sont dans la derniere phase de leur vie .Faut il les laisser partir dans la dignité ou s’acharner a tout prix a les garder en vie?

#1 |
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