Antidépresseurs : le test de suicide en route

7. avril 2014
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Les antidépresseurs donnent à environ un patient sur dix avec une dépression sévère des pensées suicidaires. Un nouveau test pourrait prévoir le risque du patient avant le traitement.

De 2 à 9 pour cent des patients souffrant de dépression grave se suicident. Bien que les antidépresseurs soient parmi les médicaments les plus efficaces pour les personnes souffrant de dépression sévère, la polémique a surgi quant à savoir si ces médicaments – en particulier les inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine (ISRS) – pourraient être associés à l’apparition et l’intensification des pensées suicidaires. Fondamentalement, plusieurs études montrent une baisse de suicide pendant le traitement avec des antidépresseurs. Néanmoins, il existe des preuves qu’un sous-groupe de patients d’au moins 4 à 14 pour cent, au cours des premières semaines après le début du traitement ou après ajustement de la dose d’antidépresseur, développe des pensées suicidaires qui n’étaient pas présentes en dépit de la dépression préexistante. « Il n’existe aucune étude qui pourrait clairement démontrer une telle relation, mais il existe des preuves solides qu’un patient sur dix est touché par ce phénomène », explique le Dr Andreas Menke de l’Institut Max Planck de Psychiatrie à Munich.

L’encart noir augmente le taux de suicide

Sur la base d’une méta-étude, l’US Food and Drug Administration apposa il y a une dizaine d’années sur l’emballage d’un certain nombre d’antidépresseurs un encart de mise en garde noir (« Black-Box Warning »). Ainsi, les jeunes patients de moins de 25 ans sont en particulier exposés à un risque accru de développer des pensées suicidaires après la prise de ces antidépresseurs. Les autorités européennes traînèrent et l’incertitude augmenta parmi les patients. Mais l’approche bien intentionnée eut un effet différent de celui prévu. « Cette mise en garde a eu l’effet exactement contraire : en conséquence, la prescription d’antidépresseurs diminua, ce qui, à son tour, entraîna une augmentation des suicides », selon le Dr Menke. Des études durant les années 2007 et 2008 montrèrent une baisse des antidépresseurs dans le traitement de la dépression majeure non seulement pour les enfants et les adolescents, mais aussi pour les adultes. Depuis lors, la tendance se poursuit – sans autres options de traitement adéquates.

Pensées suicidaires apparemment liées aux antidépresseurs

Les pensées suicidaires existent aussi chez les patients présentant une dépression sévère qui sont traités par la psychothérapie, une méta-analyse sur 14 500 patients montra cependant qu’elles sont significativement plus nombreuses chez les patients qui sont traités par un antidépresseur. En dépit des efforts sincères, il n’existait jusqu’à présent pas de possibilités de prévision des patients qui seront touchés par ce phénomène. Le Dr Menke et ses collègues cherchèrent, il y a trois ans, dans le cadre d’une étude de marqueurs moléculaires dans le génome des patients souffrant de dépression majeure, ce qui pourrait permettre une prédiction de l’évolution des pensées suicidaires chez les personnes traitées par antidépresseurs. « Une prédiction fiable donnerait aux médecins et aux patients plus de sécurité dans la thérapie », explique le médecin sur les avantages de la méthode. « En fonction de la gravité de la maladie, on pourrait préférer un traitement psychothérapeutique à la thérapie médicamenteuse, ou admettre le patient en service stationnaire pour un meilleur contrôle, » ajoute-t-il. Des sédatifs pourraient aussi contrecarrer les pensées suicidaires.

90 pour cent des cas correctement classés

Et les scientifiques ont réussi. Dans l’ensemble, ils ont trouvé 79 marqueurs génétiques qui ont été associés de façon significative aux patients qui avaient tout juste commencé une thérapie médicamenteuse associée à une sensibilité accrue à des pensées suicidaires. « Dans une autre étude indépendante, nous avons pu classer à peu près 90 pour cent de tous les cas dans le niveau de risque correct », a déclaré le Dr Menke. Un partenaire industriel aux États-Unis est en train de développer un test sanguin pour ces marqueurs qui sera distribué à de nombreux psychiatres. Ils vérifieront à nouveau la fiabilité du test dans une étude prospective sur leurs patients. Si ce dernier test est aussi réussi que les précédents, le partenaire industriel de l’Institut Max Planck de psychiatrie vise une autorisation de la FDA. Le Dr Menke ajoute : « Nos partenaires ont également le brevet européen, car nous supposons que le marché européen va suivre. »

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