La tombola de la tuberculose : on ne gagne pas à tous les coups

2. novembre 2010
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La tuberculose reste une maladie énigmatique. Pourquoi ne se déclare-t-elle que chez une minorité des personnes infectées ? La réponse pourrait se trouver dans les gènes – et elle pourrait aider à identifier ceux qui sont réellement menacés par la mycobactérie.

La tuberculose, c’est quoi ? Un médecin qui exerce en Allemagne par exemple pourrait poser cette question. La tuberculose n’est certes pas enrayée dans ce pays mais malgré tous les rapports publiés à propos d’un danger de tuberculose en recrudescence, elle est en baisse depuis des années sur le sol allemand. L’institut Robert Koch signalait seulement 4 390 nouveaux cas pour 2009 – un record historique. Le nombre de morts dûs à la tuberculose était de 150.

Il existe un besoin en recherche sur la tuberculose aux quatre coins du monde

Malgré ces chiffres, la recherche sur la tuberculose devient de plus en plus prioritaire dans le monde entier. Un regard au delà des frontières montre en effet que l’Allemagne est l’île des bienheureux en matière de tuberculose. Avec presque 2 millions de morts par an, la tuberculose est la maladie infectieuse causée par des bactéries qui est la plus mortelle, même au début du 21ième siècle. « Les lieux de concentration sont actuellement l’Afrique méridionale, l’ancienne Union soviétique, l’Inde, la Chine et l’Asie du Sud-Est », déclare le Professeur Robert Loddenkemper du comité central allemand de lutte contre la tuberculose (DZK). Seulement un exemple : en Afrique du Sud, la tuberculose est 150 fois plus fréquente par unité de population qu’en Allemagne. Et comme si cela ne suffisait pas, la lutte contre la tuberculose rencontre de nombreux obstacles : il n’existe pas de tests de dépistage de la tuberculose rapide et peu cher, particulièrement dans les régions dans lesquelles le test tuberculinique n’aide pas. Il n’y a pas de vaccination satisfaisante. Et en matière de thérapie, les mycobactéries multi-résistantes comme MDR et XDR éveillent de plus en plus l’inquiétude, sans parler des co-infections tuberculose-V.I.H. extrêmement précaires.

La question délicate de l’infectiologie : pourquoi moi et pas toi ?

À côté de ces déficits de la pratique clinique, d’autres questions fondamentales sur la tuberculose n’ont toujours pas été résolues. On ne sait avant tout pas très bien pourquoi pas beaucoup plus de personnes ne souffrent de la tuberculose manifeste car la contamination est extrêmement forte. Environ un tiers de la population mondiale porte le germe en soi, estime l’Organisation mondiale de la santé. Les chercheurs commencent tout juste à comprendre pourquoi la maladie reste une infection latente à vie chez environ 90 % des personnes touchées par la tuberculose.

Une équipe autour de Anne O’Garra du « National Institute of Medical Research » britannique et Matthew Barry du « Imperial College Healthcare NHS Trust » » a maintenant découvert un morceau important du puzzle. Les scientifiques en parlent dans le magazine scientifique Nature. Ils purent montrer qu’il y a un modèle typique d’activation de gène chez les patients avec une tuberculose active; un genre d’empreinte génétique de la tuberculose active. Cette « signature » se compose de 393 gènes. Il s’agit en majeure partie de gènes qui sont induits par différents interférons. À leur tour, les interférons sont une réponse de l’organisme à l’infection avec la mycobactérie – ce n’est pas nouveau.
Cette observation devient intéressante du fait que les chercheurs ont analysé l’activité génétique non seulement des patients atteints de tuberculose mais aussi des personnes touchées par une tuberculose-infection latente. Et regardez : environ une personne sur 10 dans le groupe des personnes infectées de manière latente présentait une signature génétique semblable à celle observée chez les malades manifestes. 90 % des personnes touchées par une tuberculose-infection latente avaient par contre des prises de sang à propos desquelles il n’y avait rien à redire.

Infection latente et déjà malade ?

Cette thèse signifie maintenant qu’une sensibilité génétique différente vis-à-vis du bacille tuberculeux se reflète dans cette différence. Des candidats à cela seraient des gènes qui auraient quelque chose à voir avec le type ou l’envergure de la réponse de l’interféron à l’infection de la tuberculose. « Il est du moins pensable que notre signature génétique permette de savoir chez qui la tuberculose va se déclarer au bout du compte », nous dit O’Garra. « Il se pourrait que ces personnes puissent alors subir un traitement préventif pour empêcher la propagation dans le corps ». Mais ce n’est rien de plus qu’un espoir au jour d’aujourd’hui : « Il faut un autre travail pour être sûr que la signature soit vraiment prédictrice ».

On ne peut aujourd’hui pas contester le fait qu’il existe en principe des différences génétiques qui vont de pair avec une sensibilité différente vis-à-vis de la tuberculose. Juste avant la publication des Britanniques dans « Nature », d’autres scientifiques de l’université d’Oxford et de l’institut allemand Bernard Nocht de médecine tropicale ont décrit dans la revue Nature Genetics une variante génétique qui s’accompagne d’une susceptibilité accrue vis-à-vis de la tuberculose chez les africains. Il s’agit d’une région sur le chromosome 18 qui aurait probablement son mot à dire lors de la régulation génétique. La variante génétique fut identifiée à l’aide d’études d’associations à l’échelle du génome, étude pour laquelle 11000 échantillons sanguins furent nécessaires – une nouveauté pour la population africaine en matière de tuberculose. Cette découverte n’a aussi aucune conséquence thérapeutique directe. Elle est cependant un pas de plus vers la compréhension d’une maladie qui n’appartient pas encore au passé.

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