Vacciner avec Frodo

30. novembre 2010
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Des mois peuvent s’écouler avant qu’un vaccin destiné à lutter contre un virus ne soit mis au point sur ordinateur, incubé dans des œufs de poules puis délivré sous forme de vaccin inoffensif. Le système immunitaire peut être stimulé plus vite et sans protéine dans une seringue : avec des anneaux d’ADN nus.

Armé contre la grippe. Pas grâce au vaccin annuel mais à un vaccin administré tous les 70 ans. Dans l’édition « Science » de fin août, Chih-Jen Wei et ses collègues du « National Institute of Health » américain publièrent un article sur un vaccin ni révolutionnaire ni nouveau. Ce n’était pas non plus un nouvel adjuvant mais uniquement une nouvelle association d’immunisation et un rafraîchissement avec différents vaccins. Le plus important : pour la première stimulation du système immunitaire, les chercheurs n’utilisèrent ni un antigène isolé, ni un peptide synthétique mais de l’ADN d’une région stable et faiblement mutée du gène viral hémagglutinine. Le « Boost » avec un vaccin commun d’une des dernières années octroya aux furets, souris et singes une défense immunitaire contre les virus aussi bien de l’année 1934 que de 2007.

Plasmide contre les adénovirus

Le terme de « vaccination par ADN » est utilisé en permanence en relation avec des vaccins d’un nouveau genre très prometteurs. Les petits éléments d’acide nucléique, structurés en une molécule de plasmide en forme d’anneau, étaient pourtant considérés comme un modèle révolu il y a 10 ans. Des chercheurs espéraient faire une percée avec 2 vaccins contre le V.I.H. nouvellement développés. Un vecteur adénovirus avec un petit bout ADN-V.I.H. déclencha la production d’une protéine rétrovirale par la cellule et engendra ainsi une réponse immunitaire mesurable. Mais l’ADN plasmidique nu déçut. Sa réponse immunitaire était à peine mesurable.
Les chercheurs spécialisés sur la plasmide eurent raison de ne pas jeter l’éponge car leur travail porta ses fruits quelques années plus tard : en 2007, environ 3000 participants testèrent le vaccin avec le vecteur viral dans l’étude « STEP » AdHu5. Le résultat : pas plus efficace qu’un placebo. L’avenir semble par contre appartenir aux « ADN médicaments ». « Une fois qu’ils sont mûrs, les vaccins et les thérapies reposants sur l’ADN peuvent être une réussite, notamment pour des maladies pour lesquelles il n’existe pas encore de traitement efficace », écrit David Weiner, professeur de pathologie et de médecine à l’université de Pennsylvanie dans un article pour le « Scientific American ».

Peut se conserver longtemps à température ambiante

L’ADN en vrac veille entretemps dans les premières études cliniques à une réponse efficace de la cellule T contre les tumeurs induites par les virus du papillome humain ou de l’hépatite C. Des vaccins nouvellement développés contre la grippe aviaire misent sur une séquence commune des groupes d’hivers annuels et des souches connues H5N1. Au mois de mai 2009, l’entreprise Vical de Californie développa un vaccin expérimental contre la grippe porcine reposant sur l’ADN en l’espace de 2 semaines. Un vaccin contre le virus du SIDA a été entretemps mis au point dans la phase II des études cliniques où l’ADN plasmidique assure la première stimulation et un adénovirus avec le morceau de code ADN correspondant le rafraichissement.
La nouvelle technologie présente des avantages comparée aux sérums conventionnels contenus dans une seringue : le vaccin est stable à température ambiante et survit sans grandes difficultés à de longs transports. De plus, le plasmide étant un corps étranger pour le corps, il ne repousse pas les défenses immunitaires. Dans le cas idéal, la protéine produite réagit par contre fortement avec le système immunitaire – avant tout avec les cellules B et leurs anticorps ou les cellules T en fonction du besoin.

Avec des tatouages et des impulsions électriques vers l’immunité

L’ADN pure en tant que molécule du vaccin fait à nouveau partie du jeu pour trouver de nouveaux moyens de prévention de l’infection. De nouvelles stratégies y veillent aussi pour acheminer les molécules à l’intérieur de la cellule. Tel un canon, un « Gene Gun » envoie sous la peau avec une pression gazeuse des particules de métal avec les plasmides d’ADN. D’autres techniques utilisent les particules nano, les liposomes ou le « tattooing ». Dans ce dernier cas, un gabarit achemine l’ADN via plusieurs aiguilles en même temps à l’intérieur du corps. Les chercheurs sont très optimistes concernant l’électroporation : elle pourrait faire fortement augmenter l’efficacité de l’expression. Les experts disent toutefois que la cellule augmente ainsi la production d’antigènes de 10 à 1 000 fois quand de brèves impulsions électriques ouvrent la membrane de la cellule après l’injection et laissent les anneaux d’ADN pénétrer à l’intérieur.
De nombreuses études ont montré ces dernières années que les plasmides d’ADN sont sûrs pour l’homme. Le danger d’une recombinaison avec le patrimoine héréditaire n’existe pas dans le cas d’un choix adapté de codons. Le danger d’effets secondaires est aussi beaucoup plus faible – comme pour les vaccins à vie atténués. La molécule d’ADN stimule par contre déjà en soi la production d’interférons de type I, d’importants acteurs de la réponse immunitaire. De la même façon, les motifs de séquence non méthylés – motifs CpG – favorisent l’identification de TLR-9, un acteur principal du système immunitaire congénital. Avec l’aide d’autres séquences adaptées dans le plasmide, la fonction adjuvant peut être aussi déjà intégrée dans l’ADN même.

Aide dans le cas d’asthme et d’organes transplantés.

Il n’existe jusqu’à présent que peu de médicaments et vaccins ADN sur le marché, du moins pas dans le domaine humain. Mais dans le domaine vétérinaire, les médicaments ADN par exemple ont déjà fait leur preuve pour empêcher les fausses couches de truies porteuses. Les résultats des études cliniques patients en phase I et II pour des problèmes cardiaques infantiles ou une immunodéficience combinée sévère (SCID) sont jusqu’à présent à la hauteur des espérances.
Les pneumologues comptent aussi sur l’ADN. L’entreprise suisse Cytos a ainsi développé à l’aide d’un morceau d’ADN court du génome du bacille tuberculeux un immunostimulant qui diminue fortement la réaction allergique des asthmatiques et ainsi la dépendance aux corticostéroïdes. Les codes ADN pour les molécules d’histocompatibilité et les récepteurs des cellules T portent aussi atteinte à la réaction excédentaire du système immunitaire. Avec l’induction de tolérance permanente envisagée, les chirurgiens doivent ne plus être aussi difficiles dans le choix d’organes adaptés dans le cas d’une transplantation.

Problèmes et obstacles ? Les morceaux d’ADN procaryotique dissimulent toujours un certain risque de se mélanger avec les commensaux bénins du corps et de donner naissance à de nouveaux microbes avec des compétences indésirables. Des gènes résistants aux antibiotiques qui étaient jusqu’à présent indispensables à la construction des plasmides souhaités devraient disparaître le plus tôt possible.

Le patrimoine fabriqué dans le laboratoire pour protéger contre les infections, le cancer ou les réactions auto-immunitaires : on dirait une vision dangereuse et lointaine de l’avenir. Sans oublier que la vive discussion autour des effets secondaires et des dangers pour les vaccins contre la grippe porcine développés rapidement montre que le temps de l’élevage de virus dans les œufs de poule tire à sa fin quand il existe des alternatives sûres.

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2 commentaires:

Dr Guy Thysen
Dr Guy Thysen

Produire un vaccin efficace et inoffensif : voilà une bonne nouvelle, mais qui va garantir que ce sera vrai et véritable ? Et surtout, comment y croire, après tout ce qui s’est déjà passé et les choix qui ont été faits précédemment ?

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DR zakaria BOUDGHENE STAMBOULI
DR zakaria BOUDGHENE STAMBOULI

MERCI pour ce que vous faite!

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