Alzheimer : les cartels de l’oubli

20. mars 2014
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La Colombie est devenue un terrain de recherche pour les neurologues. Dans les villages de montagne de la région, ils rencontrent un nombre anormalement élevé de patients avec des formes précoces de la maladie d’Alzheimer. Les neurologues y testent des pharmacothérapies innovantes.

Antioquia, en Colombie. Le grand oubli commence pour de nombreuses personnes dès la fin de leur quatrième décennie de vie ou même plus tôt. Le stade avancé est atteint en moyenne à 47 ans – et peu de familles n’ont pas de patients en phase critique dont il faut s’occuper. Ils souffrent tous de formes précoces de la maladie d’Alzheimer, connues comme « Early Onset Alzheimer´s disease ». Chez de nombreuses personnes, les généticiens humains trouvèrent des mutations dans un gène codant pour une protéine transmembranaire appartenant à la famille des présénilines. PSEN1 E280A, son abréviation, est historiquement et géographiquement en liaison avec les conquérants espagnols. D’autres mutations, par exemple dans le gène PSEN2, sont également retrouvées. Chez les souris transgéniques avec un tel défaut, des peptides bêta-amyloïdes s’accumulent dans le cerveau – un fait bien connu. En Colombie, la tare héréditaire, localisée sur le chromosome 14, se propage depuis plus de 300 ans dans de vastes clans. De nos jours, elle attire des scientifiques dans la région pour en savoir plus. Les familles particulièrement vulnérables ont depuis longtemps été identifiées par les dossiers médicaux et les arbres généalogiques.

Amyloïdes – Entre impasse et espoir

Le problème de base : depuis longtemps, les biologistes moléculaires essaient d’agir thérapeutiquement contre les peptides bêta-amyloïdes. Mais Francesco Panza, Italie, publia récemment un résumé pessimiste. Avec ses collègues, il analysa la littérature sur les études cliniques qui traitent des immunothérapies contre les dépôts nuisibles dans le cerveau. AN1792, un vaccin contre les bêta- amyloïdes, eut pour effet que six pour cent de tous les patients furent atteints de méningo-encéphalite et fut donc retiré. D’autres essais de phase III auprès de patients souffrant de formes légères à modérées furent menés, et le bapineuzumab, un anticorps monoclonal humanisé, fut aussi « décevant », commentèrent les auteurs. Et le solanezumab, le candidat suivant, échoua également lamentablement au cours de deux essais de phase III. Cependant, d’autres études fournirent, en particulier chez les patients avec une évolution légère, des résultats encourageants. Des vaccins de deuxième génération actifs tels que ACC- 001 ou CAD106 Affitope AD02 seront testés chez les patients à haut risque qui ne sont pas encore malades.

« Centre de recherche de la maladie d’Alzheimer préclinique »

Actuellement, une étude de prévention avec le Crenezumab attire l’attention mondiale. « The Lancet Neurology » commenta que la Colombie était devenue le « centre de recherche de l’Alzheimer préclinique ». Pas étonnant, depuis plus de 25 ans, le neurologue colombien Francisco Lopera recueille des données. Actuellement, l’information génétique de 5000 personnes vivantes peut être analysée. En ce moment, 300 volontaires âgés entre 30 et 60 ans, qui n’ont toujours pas de symptômes apparents, reçoivent soit un placebo soit du Crenezumab. Leur profil de risque a déjà été déterminé par un test génétique. Pour de tels travaux Banner Alzheimer’s Institute, Genentech et le National Institutes of Health américain ont investi environ 100 millions de dollars. Si le traitement actif, administré en phase prodromique, prévient efficacement les plaques, les chercheurs auront fait une percée, sans attendre les résultats durant des décennies comme c’est le cas pour les personnes atteintes de la forme normale de la maladie. À Antioquia, les neurologues doivent attendre patiemment deux à cinq ans pour obtenir des résultats et, le cas échéant, montrer une amélioration aux sceptiques de l’hypothèse amyloïde. Mais personne n’aime parler des aspects éthiques.

Pire que prévu

Derrière les programmes fortement dotés, se cache la préoccupation de nombreux pays industrialisés de ne plus tomber entre les griffes de la maladie d’Alzheimer. Récemment, des chercheurs du Londoner Alzheimer’s Disease International calculèrent que le nombre de malades pourrait tripler d’ici à 2050 – des 35 millions actuels à 115 millions. Tous les scientifiques ne partagent pas ces prévisions pessimistes. Carol Brayne, qui travaille au Cambridge Institut of Public Health, rapporte ainsi que la prévalence de la démence a généralement diminué au cours des 20 dernières années. Mais Kaare Christensen du danois Odense met en doute que ce soit le cas pour la maladie d’Alzheimer. Les médecins contrôlent toujours mieux l’hypertension et l’hypercholestérolémie – et les gens vont bénéficier de meilleures capacités cognitives jusqu’à la fin de leur vie. Les patients atteints d’Alzheimer en bénéficieront peu. Cela est suffisant pour que les ministres de la santé des principaux pays industrialisés et de la Russie investissent plus d’argent dans la recherche. L’Union européenne, selon la commissaire à la santé Tonio Borg, va investir 1,2 milliard d’euros dans les deux prochaines années pour des projets de recherche en santé, incluant la maladie d’Alzheimer. De manière générale, les politiciens espèrent obtenir, au plus tard en 2025, une grande percée – peut-être provenant de la Colombie.

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