Binge eating : quand Ève devient Pac-Man

15. décembre 2010
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Quand l’âme souffre, la faim arrive : les patients souffrants d’hyperphagie sont pris d’une envie incontrôlable de manger. Ce qui est particulièrement difficile : mise à part la pression psychique, la prise de poids qui engendre des maladies.

Plusieurs fois par semaine, ils sont dépassés : les patients souffrants de « binge eating » avalent de la nourriture en grande quantité. D’où le nom anglais de « binge eating » qui signifie « faire ripaille ». Les personnes touchées privilégient les aliments contenant beaucoup d’hydrates de carbone et de lipides. Ils mangent souvent entre 4 murs sans propre contrôle. Ils continuent jusqu’à ce que l’estomac les fasse souffrir. C’est alors qu’apparaît le sentiment de culpabilité. Contrairement à la boulimie, les patients ne se font pas vomir et ne font pas beaucoup de sport. Le résultat : les personnes prennent du poids et la pression psychique s’amplifie parallèlement. De plus, les risques de diabète ou de syndrome métabolique, d’hypertension, d’infarctus du myocarde ou d’apoplexie augmentent.

Un tableau clinique devient moderne

Le binge eating fut déjà décrit dans la littérature relevant de la psychologie en 1959. La recherche systématique débuta cependant ces dernières années seulement. Un des déclencheurs fut certainement la recommandation de l’American Psychiatric Association de classifier le binge eating comme un trouble alimentaire à part entière.

De nouvelles études aux U.S.A. ont démontré que selon les estimations, 2 % des habitants souffrent de binge eating. Chez les patients adipeux, les taux vont même de 4 à 9 % et dans les groupes de thérapie pour perdre du poids, ils sont environ 30 à 40 %. Les spécialistes s’attendent à ce que le diagnostic puisse être établi encore plus souvent à l’avenir si l’on attire plus l’attention sur cette maladie grâce à une recherche plus intensive et des publications de spécialistes.

Les femmes souffrent 1,5 fois plus souvent des troubles causés par le binge eating que les hommes mais contrairement à la boulimie ou l’anorexie, le « sexe fort » à priori n’est ici pas épargné. Par ailleurs, les personnes de tout âge sont touchées. Des études correspondantes révélèrent que le risque est avant tout relativement élevé entre 20 et 30 ans, tout comme entre 40 et 50 ans. Des chiffres détaillés concernant les enfants et les adolescents ne sont pas disponibles. Et les adolescents qui ne présentent qu’une partie des symptômes développent souvent l’image du « binge eating disorder » (BED) à l’âge adulte.

Surpoids : le binge eating est-il de la partie ?

Le « binge eating disorder » peut se cacher derrière une forte surcharge pondérale. Les spécialistes estiment que jusqu’à 45 % des personnes adipeuses sont touchées – on part de chiffres officieux élevés : « les attaques qui reviennent périodiquement sont dissimulées et ne sont pas détectées pour cette raison », sait le Prof. Dr. Heinrich Wernze de l’université de Würzburg. Un test peut aider pour l’anamnèse : si les patients répondent par la négative à des questions sur le sentiment rapide de satiété lorsqu’ils mangent par exemple, mais qu’ils cochent qu’ils ont un besoin incontrôlé de s’alimenter, l’alarme sonne. Les pédiatres devraient y être plus attentifs chez les enfants car les enfants et les adolescents ne remplissent souvent pas tous les critères du BED.

Le night eating syndrome : les noctambules au pied du frigo

Les spécialistes observent par ailleurs le « night eating syndrome » chez les jeunes patients notamment : des fringales nocturnes conduisent les enfants au frigo. Les attaques sont de loin moins prononcées que pour le binge eating – des chiffres précis manquent encore. Le savoir des psychologues : si des troubles du sommeils sont indiqués dans le protocole chez des enfants obèses, il se pourrait que le « night eating syndrome » en soit responsable.

Thérapie : personnel ou en ligne ?

Les psychologues obtinrent des succès dans le traitement avec la thérapie comportementale et cognitive. Le but : les patients apprennent à normaliser eux-mêmes leurs habitudes alimentaires et à réduire leur poids grâce à une alimentation régulière sans régime. Ils apprennent aussi à écouter leurs sentiments comme la satiété ou la faim et font l’expérience de savourer leurs repas. Un autre pilier : la thérapie aide de plus à développer un bon sentiment corporel et à réduire les kilos en trop.

« La thérapie en séance individuelle prend cependant beaucoup de temps, demande beaucoup de travail et n’est pas encore très répandue », indique la psychologue diplômée Sarah Weber de l’université de la Ruhr de Bochum. L’étude INTERBED, c’est-à-dire reposant sur Internet, devrait être entre autres une aide guidée pour les patients obèses souffrants de BED. Wagner : « Si on constate que l’offre sur Internet agit tout aussi bien, elle serait une vraie alternative ou une solution transitoire pour les patients qui attendent une place en thérapie ».

Le design de l’étude : alors que le groupe de thérapie individuelle conventionnelle bénéficie de 20 séances individuelles en l’espace de 4 mois, les patients du groupe Internet appellent avant tout des unités psychothérapeutiques via le portail en ligne. Des informations sur l’alimentation, sur la propre prise de conscience du corps tout comme un rapport constructif avec le stress et la boulimie y sont à disposition. Par ailleurs, les volontaires communiquent avec des thérapeutes une fois par semaine par email.
Les psychologues de l’assurance maladie Kaiser Permanente, de l’université Wesleyan et Rutgers aux États-Unis ont testé un autre modèle d’aide par soi-même. Leur programme orienté sur la thérapie comportementale aide les patients souffrants de BED à contrôler eux-mêmes leur attaques boulimiques. Les participants du groupe de traitement reçurent au début des informations sur leur mal et leur propre rapport constructif avec lui. Ils participèrent aussi pendant 12 semaines à 8 séances pendant lesquelles un thérapeute expliqua les principes de la thérapie comportementale et cognitive et donna des instructions pour s’aider soi-même. À la fin du programme, 63,5 % du groupe n’avait plus de boulimie alors que le chiffre dans le groupe de contrôle était seulement de 28,3 %. Les résultats restèrent constants plus ou moins 1 an.

Pour assurer le succès sur la durée, les spécialistes conseillent de rechercher la raison des problèmes qui sont à la base du trouble du comportement alimentaire. Selon les antécédents, et mis à part d’autres procédés de la psychothérapie, un traitement avec des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine, des antidépresseurs tricycliques ou bien le topiramat peut aussi aider.

Recherche : à la recherche des origines

Des facteurs physiques et psychiques sont considérés comme déclencheur du BED. « On peut généralement dire que les mécanismes génétiques sont jusqu’à présent les plus mal étudiés », nous dit le Dr. Simone Munsch de l’institut de psychologie de l’université de Bâle. Il existe maintenant de premiers indices sur une accumulation familiale indépendante du poids – des points de repère possibles pour la recherche. Munsch : « On a toutefois constaté que les personnes concernées sont particulièrement sensibles aux troubles psychiques comme les dépressions ou les angoisses ». Les chercheurs considèrent par ailleurs les évènements accablants, les soucis, l’ennui ou une insatisfaction foncière comme déclencheurs possibles.

Il se pourrait que les régimes soient un autre facteur déclencheur. Les psychologues discutent en ce moment sur le fait de savoir si les évènements frustrants causés par des régimes toujours nouveaux pourraient encourager au final les troubles alimentaires. L’effet yoyo de certains programmes d’amincissement, et donc en partie la forte prise de poids après un régime, aurait ainsi des conséquences psychologiques. Et en n’étant pas en phase avec sa propre silhouette, cette frustration provoque de nouvelles attaques boulimiques – un cercle vicieux.

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