Booster la poitrine avec des cellules souches

15. décembre 2010
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La découverte que les lipides contiennent des cellules progéniteurs en masse rend la "bedaine" particulièrement intéressante pour les spécialistes du tissu humain car elle est une source privilégiée en cellules autologues. Que ce soit pour des infarctus ou l’autisme : les cellules souches de graisse semblent faire des merveilles. L’application meurtrière pourrait cependant convoiter un autre terrain : celui de la reconstruction et de l’augmentation mammaire.

Une petite piqûre qui permet d’aspirer un peu de graisse dans la région abdominale. Une machine innovatrice qui fouette la graisse jusqu’à ce qu’elle devienne une soupe de cellules très concentrée issue de cellules souches tissulaires. Et une technique d’injection géniale avec une sorte d’aiguille-pinceau. Cela suffit pour pouvoir accomplir un vieux rêve esthético-médical : la reconstruction permanente du sein sans silicone et autre babiole artificielle. Imagination débordante ? Pas vraiment. Peu connue du large public, l’entreprise américaine Cytori Therapeutics a obtenu en juillet dernier un marquage CE unique, une extension d’autorisation plus précise pour un produit médical distribué par ses soins en Europe, pays plutôt riche en produits médicaux curieux. Son système celution peut être maintenant mis sur le marché comme étant le plus important parmi plusieurs nouvelles indications – également pour la reconstruction et l’augmentation mammaire.

Moins de ventre, plus de poitrine et ceci en une seule intervention

Celution est une caisse sur roulettes qui rappelle une unité de dialyse mobile. Elle est alimentée avec le tissu adipeux des patients qui a été prélevé par liposuccion abdominale. Ce qui se passe fait alors penser à de l’alchimie. À l’aide d’une série d’enzymes, le tissu adipeux est fractionné de telle manière que les cellules restent intactes. Une centrifugeuse sépare ensuite les différents types de cellules, les adipocytes d’un côté et les cellules souches de tissu adipeux appelées cellules progéniteurs de l’autre. La suspension fortement concentrée de cellules souches de tissu est mélangée à une petite quantité de graisse aspirée. On obtient finalement une solution injectable de graisse du propre corps qui contient une concentration extrêmement forte en cellules précurseurs. C’est la matière première de la reconstruction mammaire du futur, pour ainsi dire une transplantation de cellules souches autologues mais à un endroit inhabituel.
L’utilisation de graisse pour la reconstruction mammaire n’a, à proprement parler, rien de nouveau.

Le procédé n’a cependant jusqu’à présent pas vraiment convaincu, avant tout parce que les résultats n’étaient pas durables. Grâce à l’enrichissement avec des cellules souches tissulaires, le fabricant Cytori dit avoir maintenant résolu le problème de mauvaise durabilité des seins reconstruits avec de la graisse. Il devrait être possible aux cellules de s’ancrer durablement dans la poitrine parce que les cellules souches stimulent fortement la croissance, notamment au niveau des vaisseaux sanguins. La quantité de graisse nécessaire pour une reconstruction mammaire dépend naturellement de la taille du « chantier ». Dans une étude, le volume de poitrine put être augmenté de 4 cm grâce à une injection de 160 ml d’un concentré de cellules souches du tissu adipeux.

Attendre les résultats de RESTORE 2

Voici la théorie mais qu’en est-il des faits cliniques ? Les cellules souches du tissu adipeux tiennent-elles leurs promesses ? Apportent-elles vraiment des résultats plus durables comparés à ceux de la « graisse seule » dans le cas de la reconstruction mammaire ? La première étude sur cette question, l’étude RESTORE 1 provenait du Japon, un des hauts-lieux de la reconstruction mammaire dans le monde entier. Les résultats de RESTORE 1 furent présentés fin 2007 lors du San Antonio Breast Cancer Meeting. Parmi les 20 femmes, il n’y eut pas de complication immunologique et 80 % d’entre elles étaient satisfaits du résultat cosmétique. Entre le premier et le 12ième mois, la taille de la poitrine n’aurait manifestement pas diminué, nous dit le directeur de l’étude Keizo Sugimachi.

À RESTORE 1 fit suite RESTORE 2, une étude européenne chez des femmes après une opération du sein dont les résultats intermédiaires furent discutés lors du SABCM 2009 puis du Oncoplastic Surgery Meeting 2010. À l’époque de la dernière évaluation à l’été 2010, le suivi après 6 mois s’acheva pour 51 femmes et celui après 12 mois pour 30. 84 % des médecins étaient satisfaits du résultat de la reconstruction 6 mois après. 90 % des médecins étaient satisfaits des résultats chez les 30 femmes du suivi après 12 mois. Du côté des patientes, la quote de satisfaction était de 73 % après 6 mois et de 70 % après 12 mois.

Pas de voie royale vers le bonnet XXL

Les 2 études RESTORE se sont préoccupées de la reconstruction mammaire après des opérations de tumeurs. D’un point de vue économique, les entreprises concernées s’intéressent toutefois beaucoup plus à l’augmentation mammaire pour une indication purement cosmétique. Il existe déjà au moins une étude avec cette configuration et l’utilisation du système Cytori. Elle provient encore du Japon. On injecta environ 160 ml de la soupe de tissu adipeux enrichie avec des cellules souches chez 20 femmes. Le volume de la poitrine augmenta ainsi de 4 cm ou de 1,5 fois en taille de bonnet. Il est clair qu’une « poitrine à la Pamela Anderson » ne pourra pas être atteinte avec cette méthode. Mais les fabricants d’implants en silicones doivent à l’avenir aussi bien vivre de quelque chose…

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