Soyons vigilants sur l’achat d’une ligne de conduite

15. décembre 2010
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Les médecins et les chercheurs qui ont le plus de succès sont aussi les plus courtisés. Ils obtiennent le soutien de l’industrie mais aussi d’associations, de maisons d’édition et d’autres groupes d’intérêts. Mais ils sont aussi les seuls qui élaborent des lignes de conduite pour les traitements et établissent des rapports. Uniquement ceux qui ne cachent pas leurs rapports méritent la confiance.

L’annonce d’il y a quelques semaines n’étonna pas ceux qui connaissent les liens étroits entre l’industrie, les lobbies et les stars de la médecine : lorsqu’il s’agit de révéler les conflits d’intérêts, les personnes gagnant de gros revenus dans le secteur de l’orthopédie aux U.S.A. se font tout petits en raison des contributions financières.

David Rothman du « New Yorker Institute of Medicine » a comparé les données de grandes entreprises spécialisées en technique orthopédique sur les bénéficiaires de sponsoring avec ceux d’auteurs dans les magazines spécialisés correspondants. Rothman et ses alliés ne prirent en considération que les montants de plus d’un million de dollars. Seulement la moitié des articles comportaient des indices sur des relations avec l’industrie et ceci malgré que presque toutes les rédactions exigent aujourd’hui ces données de leurs auteurs quand ces derniers leur remettent leurs articles. Seulement 7 des 95 articles examinés avaient une mention indiquant que les contributions financières pour le chercheur se montaient à plus de 10 000 dollars.

L’avarice et l’ambition ne vont pas de pair avec la santé des patients

David Rothman parle dans son article de « questions douteuses comme si les contributions non rendues publiques … conduisent à des conclusions scientifiques biaisées ». Le problème est aussi connu en Allemagne. Le groupe de travail de la communauté d’experts scientifiques et médicaux (AWMF) a sorti au printemps de cette année des « recommandations de l’AWMF pour gérer les conflits d’intérêts pour les communautés d’experts« . Les lignes de conduite de l’AWMF ne sont apparemment pas si immunisées contre les influences des lobbyistes. Pour l’AWMF, les conflits d’intérêts sont, conformément à la définition de Thompson et d’Emanuel dans les années 90, « des circonstances qui engendrent un risque d’agissement professionnel où des intérêts secondaires peuvent influencer excessivement un intérêt primaire ». Ils font en sorte que le désir de renommée ou de prospérité met en danger la santé des patients ou le résultat vérifiable de la recherche.

Celui qui aide à développer des directives thérapeutiques doit être indépendant. C’est la raison pour laquelle l’AWMF demande dans son papier à ce que le financement du processus soit rendu public et préconise pour les concernés une « échelle d’impartialité » lors de conflits d’intérêts. Les congrès doivent être planifiés en fonction des objectifs scientifiques et non des intérêts personnels des participants. Cela veut dire par exemple : pas de sponsoring exclusif du programme cadre ou des banquets V.I.P. très chers au lieu de repas d’affaire.

Données « oubliées » en pièce jointe

Il y a aussi des moutons noirs en Allemagne. Celui qui lit par exemple régulièrement le journal médical « Deutsche Ärzteblatt » trouve de temps à autre un rectificatif faisant suite à un article paru quelques semaines avant; ce rectificatif fait ultérieurement état de conflits d’intérêts. Des liaisons – de nature financière également – existaient par exemple lors de rapports sur le carcinome colorectal, la sécurité de vaccins ou l’adiposité.

Confiance détruite

Celui qui en tant que médecins accepte le soutien de groupes d’intérêts n’agit plus de manière indépendante, même s’il essaie. Les patients pensent la même chose. Le magazine américain de consommateurs « Consumer Report » parle d’un sondage de patients sur les « cibles médecins » des laboratoires pharmaceutiques. La majorité des traités est d’avis que les médecins « sponsorisés » préfèrent les médicaments des firmes généreuses – même s’ils sont moins bons.

Mais les médecins pensent aussi qu’une relation intensive avec les délégués médicaux n’est pas sans conséquence. Lors d’un sondage, 21 % étaient persuadés que les représentants des laboratoires influencent leurs collègues. Ils se considèrent par contre eux-mêmes immunisés contre toute suggestion dans 90 % des cas.

Le « ghostwriting » stratégique

Même celui qui aimerait s’informer indépendamment des visites des représentants au cabinet a du mal à éviter le marketing subliminal. Le magazine spécialisé PLoS Medicine publia l’année dernière à l’été environ 1 500 documents qui montraient comment les groupes d’intérêts travaillent avec des « ghostwriters ». Des académiciens renommés sont toujours prêts à mettre leur nom dans un article de magazine spécialisé que le service de relations publiques aura préparé au préalable et qui certifie les propriétés sensationnelles d’une thérapie. En tout cas une autre contribution à sa propre liste de publications et ainsi à la valeur marchande. Le produit concerné n’a pas besoin d’être évoqué. Il suffit la plupart du temps de décrire clairement le traitement ou d’attirer l’attention sur les faiblesses de la concurrence. Également dans des commentaires et des courriers de lecteurs qui se rapportent à la publication.

Un contrôle de soi-même volontaire pour la bonne réputation

David Klemperer, Président du réseau de médecine basé sur l’évidence et actif dans l’AWMF, aborda le sujet des conflits d’intérêts il y a quelques temps dans un article du « Deutsches Ärzteblatt ». Pour lui-même, il a affiché sur son site un aperçu de l’investissement et des « contreparties » de toutes ses activités. « MEZIS – Initiative des médecins indépendants » qui souhaite également une telle transparence et une telle indépendance proclame ses idées avec le slogan « Je gagne moi-même mon pain ».

Le côté opposé entreprend aussi des initiatives afin que sa renommée ne soit pas trop égratignée. En 2004, une quarantaine de laboratoires pharmaceutiques se sont ainsi regroupés pour former un groupe de « contrôle de soi-même volontaire pour l’industrie du médicament« . Les membres s’obligent entre autres à respecter des règles strictes lors du financement d’études de cas, de cadeaux ou d’échantillons de médicaments.

Les groupements d’intérêts comme par exemple les fabricants de médicaments financent encore une grosse partie des formations médicales continues malgré qu’elles devraient être neutres. Selon le « New England Journal of Medicine« , la moitié des chercheurs en médecine aurait des relations avec l’industrie; ceux qui ont du succès encore plus souvent que les autres. Sans collaboration étroite entre les associations, les laboratoires, les groupes d’entraide et les médecins, la recherche avance malheureusement aussi très lentement. Il ne reste alors qu’une issue : rendre public sa dépendance. Pour mémoire : peu importe que les intérêts secondaires influencent effectivement ou non le jugement du médecin ou du chercheur. Le fait seulement de signaler de manière ouverte le danger fait disparaître la méfiance.

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