Pourquoi les bisounours ne toussent jamais

5. mars 2014
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De nombreuses études le prouvent : le stress est mauvais pour le cœur et la circulation. D’autre part, des études montrent pour la première fois qu’être heureux permet de mieux se défendre contre les microbes et les tumeurs - ou vice versa. Il serait donc intéressant de savoir ce qui rend heureux.

Le typique bouton de fièvre sur la lèvre est un signe certain que le corps a encore été trop sollicité. Il ne s’agit pas toujours seulement d’excès relatifs aux muscles ou à la circulation, auxquels l’organisme répond par des symptômes de stress, mais ils sont trop souvent dus au stress psychique au travail ou dans la famille. Les virus sur la lèvre prouvent que le système immunitaire, au lieu de répondre brièvement aux menaces de l’extérieur, flambe à cause d’une surcharge chronique. Les liens entre psychisme et défenses ne sont cependant à ce jour que grossièrement compris.

L’infection virale compte sur les sentiments

La psycho-neuro-immunologie est une science relativement jeune qu’encore beaucoup de médecins conservateurs qualifient comme une demi-connaissance institutionnalisée. Il y a de plus en plus d’indications importantes sur la façon dont le cerveau et les défenses immunitaires interagissent de manière intensive. Les patients atteints de sclérose en plaques arrêtent souvent de leur traitement par l’interféron car ils observent des troubles de la mémoire et de la capacité de penser par soi-même. Chez les patients atteints d’hépatite chronique, l’augmentation des niveaux de cytokine est accompagnée des problèmes d’apprentissage et de mémoire. Enfin, il y a quelques années, un groupe de recherche américain prouva que les infections virales ne sont pas seulement associées à des sautes d’humeur, mais probablement aussi à des dépressions graves et des tentatives de suicide. Mais aussi, à l’inverse, le système immunitaire des personnes atteintes de trouble de stress post-traumatique est souvent très affaibli.

Le cortisol, l’hormone du stress, joue un rôle important dans le réseau relationnel entre le système nerveux et le système immunitaire. Une étude canadienne montra il y a environ cinq ans que les enfants qui ont été maltraités en début de vie produisent plus tard moins de récepteurs pour cette hormone. En conséquence, le corps n’est plus assez bon pour réguler les réponses inflammatoires et les diminuer en cas de besoin.

Les amitiés sont anti-inflammatoires

Steven Cole, de l’Université de Californie à Los Angeles, s’intéresse particulièrement aux profils d’expression génique des personnes atteintes de hauts et bas émotionnels, non pas des sautes d’humeur à court terme, mais de stress psychologique chronique, pour leur permettre d’être en paix avec tout cela. Ainsi, chez les personnes qui se sentent seules depuis une longue période, beaucoup de gènes de l’inflammation sont activés. L’inverse est observé pour près de 200 gènes pour des sujets qui ont un bon réseau relationnel et beaucoup de connaissances.

Ainsi, alors que le stress laisse une marque distincte dans les niveaux d’hormones ainsi que l’expression des gènes, la correspondance avec le bonheur est un peu plus compliquée. Il y a déjà une dizaine d’années Carol Ryff et ses collègues de l’Université du Wisconsin montrèrent sur un groupe de femmes âgées que le niveau de satisfaction de leur vie se reflète dans les niveaux de cortisol. Chez elles, Ryff découvrit moins de cytokines pro-inflammatoires, et donc un risque plus faible de maladies cardiovasculaires. Leur sommeil était de bien meilleure qualité avec des périodes de sommeil paradoxal plus longues. Les optimistes, découvrit Suzanne Segerstrom de l’Université du Kentucky, ont un système immunitaire particulièrement bon. Les vaccinations fonctionnent mieux chez eux que chez les mélancoliques.

Avoir un sens à sa vie produit des anticorps

Steven Cole fit équipe il y a quelques années avec le « chercheur de bonheur », Barbara Fredrickson de Caroline du Nord pour étudier plus en détail les relations entre le bonheur et la résistance aux infections au niveau génomique. Ensemble, ils ont publié à l’été de l’année dernière, un rapport très médiatisé dans la prestigieuse revue PNAS : « A functional genomic perspective on human well-being », en français « Comment le bien-être humain est relié au génome ».

Fredrickson et Cole cherchèrent 80 participants pour leur étude et leur demandèrent de faire l’effort de déterminer quels étaient les moments de bonheur de leur vie. Ils distinguent deux types de bien-être : d’abord, la consommation hédoniste pour la satisfaction, comme le sexe ou un bon repas, et d’autre part, des personnes particulièrement eudémonistes découvertes par le questionnaire qui voient le bonheur dans un objectif plus élevé d’une vie bien remplie avec un échange d’amour avec les autres. Selon la façon dont les réponses ont été données, ces deux types de bien-être ont également été retrouvés dans les gènes commutés.

Alors que les participants qui montrèrent une mise en place eudémoniste forte montrent dans leur profil génétique de fortes défenses avec la production d’anticorps actifs, ces facteurs étaient plutôt faibles chez les hédonistes. Ainsi, les gènes de l’inflammation dominent principalement les résultats alors qu’ils apparaissaient à peine dans l’autre groupe. Les facteurs pour la lutte contre les attaques de virus, comme l’interféron de type 1, étaient plus susceptibles de se trouver dans le groupe eudémoniste. Dans le groupe étudié, il n’y avait aucun participant qui était totalement étranger soit au groupe hédoniste soit au groupe eudémoniste, mais les proportions étaient à des degrés divers. Les différences dans l’expression des gènes ont été trouvées chez ceux présentant le plus clairement un penchant prononcé vers un côté ou l’autre.

Cicatrisation efficace chez les solitaires

Dans leurs études en 2010, un autre groupe américain découvrit que le bonheur eudémoniste diminue le risque de maladie d’Alzheimer. En outre, le risque d’accident vasculaire cérébral et une détérioration prématurée de la mémoire sont plus faibles pour ceux qui donnent un sens très particulier à leur vie.

De ces études, avec un nombre relativement faible de participants, il n’y eut pas nécessairement de causalité. Un système immunitaire efficace rend heureux, ou vice versa ? Du point de vue de l’évolution, le lien étroit entre une vie sociale remplie et une défense solide pourrait être important pour la survie de l’homme. Dans un groupe avec des relations étroites, les infections menacent constamment la santé de ses membres. Par conséquent, la personne a besoin d’armes efficaces contre les microbes. Cependant, le risque de blessure dans la jungle des premiers humains était significativement plus élevé pour le solitaire sans lien social. Ainsi, l’importance des facteurs inflammatoires est augmentée pour qu’une telle blessure guérisse rapidement. Ce n’est que récemment, spécule Jo Marchant dans son article publié dans Nature en Novembre 2013, que le stress chronique crée des facteurs inflammatoires de guérison. Le stress permanent psychique sans compensation dans la famille ou dans le cercle d’amis touche le cœur et la circulation, et engendre ainsi des affections courantes de notre civilisation. Pourtant, il y a quelques critiques qui ne veulent tirer de ces expériences aucune conclusion générale. Par ailleurs, une confirmation du résultat du groupe de Cole est encore loin d’être donnée.

Formation anti-stress dans la lutte contre le cancer

Une bonne gestion du stress peut sauver des vies. Ceci fut confirmé par une étude réalisée par Michael Antoni de Miami / Floride. Chez des femmes atteintes d’un cancer du sein à un stade précoce, des cours anti-stress de 10 semaines diminuèrent l’activité des gènes de l’inflammation et des métastases de manière beaucoup plus efficace qu’un séminaire de formation d’une journée. À l’inverse, la formation sur le stress provoqua un haut niveau d’expression des gènes pour l’interféron de type I, essentiel pour une défense anti-tumorale forte. « Si nous agissons sur la psyché, » commenta Antoni sur ses observations, « la physiologie réagit en parallèle. »

Changer la psyché, cela fonctionne, selon les données de Christian Schubert de l’université d’Innsbruck, même avec la suggestion. Chez des patients souffrant d’herpès génital, certains purent augmenter sous hypnose le nombre de leurs cellules NK et ainsi d’atténuer les symptômes de la maladie. La déclaration de Peter Henningsen, directeur de la clinique de médecine psychosomatique et de psychothérapie, TU Munich, symbolise ainsi ce que la psyché représente pour un corps sain : « les relations sociales sont beaucoup plus importantes pour la santé que, par exemple, la façon de se nourrir ».

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2 commentaires:

La relation stress et dépression immunitaire avec réactivation des virus herpétiques de type 1 ( herpès labial) est déjà connue.
Les personnes souffrant d’affection sociale ou amoureuse sont torturées par des algies diffuses sur le corps.
Les rapports sexuels réguliers, bien consentis et acceptés ont l’effet de soulager un grand nombre de douleurs corporelles.
Ce sont là, trois constatations que chaque individu peut observer sur soi-même.
Autant une bonne alimentation peut prévenir bon nombre de pathologies humaines ( cancer, maladies cardiovasculaires) autant la bonne humeur peut prévenir des pathologie psychiques et neurologiques !

#2 |
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La relation systeme immunitaire je l’ai remarqué, il y a 30 ans de cela, quand je m’occupais du service de vaccination anti rabique à l’institut pasteur d’Algerie.
Des complications post vaccinales à type de paralysie faciale et heureusement régressive, survenaient surtout chez les personnes déjà informées de la complication et qui avaient surtout peur de faire une paralysie.

#1 |
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