Il gratte, il gratte le prurit…

15. décembre 2010
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Une personne sur cinq développe un prurit chronique dans sa vie. Le besoin absolument indomptable de se gratter ne fut pourtant pas pris au sérieux pendant longtemps. De nouveaux médicaments et thérapies donnent maintenant de l’espoir à des millions de personnes.

Peau écorchée, des traces de sang sur le corps et le besoin constant de se gratter : environ 17 % des personnes qui travaillent souffrent de démangeaisons; le prurit est virulent ou chronique chez environ 4 %. Mais bien que la souffrance corporelle et psychique leur pèse énormément, seulement 6 % des personnes sont sous traitement médical. Pendant de nombreuses années, les brûlements, les picotements et les griffures étaient considérés au mieux comme un symptôme accompagnateur d’une poignée de maladies de peau. Les dermatologues disposaient de seulement quelques possibilités de traitement et la perspective d’une thérapie efficace était ainsi modeste. Mais l’image commence à changer – avant tout ici. L’Allemagne est le premier pays dans le monde à avoir ouvert des policliniques spécialisées sur les démangeaisons et a élaboré une directive de traitement pour les médecins.

Les démangeaisons ne sont en effet pas toutes les mêmes : réactions allergiques, infections bactériennes ou fongiques, cancer de la peau, virus, poux, peau sèche, maladies du foie ou des reins – tout cela peut conduire à des démangeaisons, de même que certains médicaments ou principes actifs cosmétiques. Les amines, les prostaglandines et les neuropeptides font partie des médiateurs qui provoquent le prurit. Un des médiateurs importants des démangeaisons est l’histamine. « Si on injecte le médiateur chimique sous la peau, les démangeaisons commencent immédiatement », nous dit Clemens Forster de l’Institut de physiologie et de pathophysiologie de l’université d’Erlangen-Nuremberg qui étudie les démangeaisons. Le corps a emmagasiné sa réserve en histamine dans les mastocytes qui la déverse en l’espace de quelques secondes après une piqûre de moustique. En 1997, les scientifiques ont trouvé les fibres nerveuses associées. « Elles se terminent librement dans la peau, entrent en contact avec l’histamine et envoient immédiatement un signal de démangeaison jusqu’à la moelle épinière. Le message est là redirigé sur d’autres voies nerveuses et emmené jusqu’au cerveau », explique le chercheur. Dans la plupart des cas s’ensuit un besoin de se gratter qui ne peut pas être ignoré.

Et effectivement, le frottement et le grattage procurent un soulagement – même quand on se blesse et s’égratigne vivement la peau. Une patiente américaine est apparemment même parvenue à se gratter si fort qu’elle a traversé la voûte crânienne jusqu’au cerveau. En grattant avec les doigts, le signal de douleur se greffe à la démangeaison. De plus, l’activité dans les régions du cerveau qui font apparaitre les sentiments et des souvenirs désagréables décroit. L’effet n’est cependant que de courte durée. À cela vient maintenant se rajouter une blessure qui doit guérir et qui démange. Le cercle vicieux démangeaison – grattage est en place.

Si le problème dure plus de 6 semaines d’affilée, le prurit est devenu chronique. Pour éviter cela, une thérapie doit démarrer le plus tôt possible. « Lorsque l’on a des démangeaisons, la règle suivante s’applique : lutter pour ne pas commencer », explique le Prof. Sonja Ständer. L’experte dirige la première policlinique spécialisée sur les démangeaisons en Allemagne à la clinique de la peau de Munster. Jour après jour, le médecin traite les corps écorchés des personnes qui souffrent de démangeaisons en permanence. Avec succès : « Nous pouvons aider 70 % de nos patients si nous les traitons conformément à la directive », nous dit Ständer.

Dans le combat contre les démangeaisons, soigner la peau écorchée est la priorité. « Des lotions rafraîchissantes et des crèmes apaisantes améliorent l’équilibre troublé de la peau et rétablissent sa fonction de barrière », nous dit le Prof. Ständer. On peut ainsi rallonger les phases sans signe de maladie et atténuer la fréquence et la gravité des inflammations. Selon la cause, des pommades avec de la capsaïcine calment les démangeaisons. Les antihistaminiques empêchent la liaison de l’histamine et des immunosuppresseurs comme les glucocorticoïdes freinent le système immunitaire dans les phases difficiles. « Le tacrolismus, le pimecrolismus semblent par ailleurs agir sur les fibres nerveuses », dit le Prof. Ständer. Les démangeaisons peuvent s’aggraver quand les voies nerveuses conduisant la douleur sont bloquées par des opioïdes. Des antagonistes des opioïdes comme la naltrexone aident souvent à lutter contre les démangeaisons.

On n’est cependant loin de pouvoir aider tout le monde avec ces médicaments car la variété des causes impose que la thérapie soit individuelle. Ainsi, la personne qui souffre de névrodermite a besoin d’un autre traitement que le malade atteint d’un cancer avec des démangeaisons ou un patient avec une infection fongique. Les démangeaisons chroniques en particulier défient les dermatologues. Cependant, depuis que s’accroit l’intérêt scientifique pour trouver la provenance des démangeaisons, les scientifiques découvrent toujours plus de principes actifs pouvant aider les patients. « Ils ne sont souvent pas nouveaux », dit le Prof. Sonja Ständer. La gabapentine par exemple est normalement employée pour lutter contre l’épilepsie et la douleur. Chez les patients souffrants de démangeaisons, le médicament doit empêcher que les démangeaisons ne soient transmises au cerveau. Les antagonistes de la reprise de la sérotonine du groupe des antidépresseurs appartiennent aussi au « Off-Label-Use ». « Nous avons eu de très bons résultats avec ces substances l’année dernière », dit Ständer. Un autre médicament pourrait bientôt venir s’ajouter à la palette. L’antagoniste des récepteurs kappa-opioïdes, la nalfurafine, livra des résultats persuasifs dans des études sur des patients d’hémodialyse avec de fortes sensations de démangeaisons. Le médicament est déjà autorisé sur le marché au Japon.

Ständer et ses collègues ont maintenant testé une autre possibilité de thérapie. Un transmetteur important participant à la montée des démangeaisons est le neuropeptide substance P. Dans une étude, ils administrèrent aux patients souffrant d’un prurit chronique un adversaire : l’aprépitant. Les symptômes s’améliorèrent nettement chez 80 % des participants; l’effet était le plus impressionnant chez les personnes ayant une maladie de peau. « De toutes les nouvelles thérapies qui furent utilisées ces derniers temps chez des patients souffrants de démangeaisons, l’aprépitant était la plus efficace », nous dit le Prof. Ständer.

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3 commentaires:

michèle Leclercq
michèle Leclercq

Il est vraiment dommage d’oublier l’homéopathie qui dans certains domaines est très efficace. RHUMEX CRISPUS ET MEZEREUM en 5, 7; 9ch GRANULES A PRENDRE DES LE DEBUT DES DEMANGEAISONS seul ou en association si besoin.

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Pharmacien Claude Laurent
Pharmacien Claude Laurent

Excellente nouveauté

#2 |
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Dr CHRISTIAN LEMAIRE
Dr CHRISTIAN LEMAIRE

LA NALFURAFINE EST UN AGONISTE DES RECEPTEURS KAPPA ET NON PAS UN ANTAGONISTE LE SYSTEME OPIOIDE KAPPA ETANT ITCH SUPRESSOR ALORS QUE LE SYSTEME MU EST ITCH INDUCTOR

#1 |
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