Fibromyalgie : sondage dans la jungle des causes

18. février 2014
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Des douleurs constantes pour tous les concernés, souvent liées à la dépression. Depuis longtemps, les causes organiques à ces symptômes chez les patients atteints de fibromyalgie restent introuvables. Les résultats d’études indiquent maintenant que derrière le mal, souvent considéré comme mental, pourrait se cacher un défaut nerveux.

Près d’une personne sur 30 en Allemagne souffre de la douleur chronique de cette maladie. Et pourtant, elle est considérée par de nombreux médecins comme une souffrance psychosomatique, voir même, dans le pire des cas, elle n’est pas prise au sérieux. En fait, jusqu’à récemment, ni la cause ni le traitement du syndrome de fibromyalgie (FMS) n’étaient connus. Beaucoup de patients ont changé plusieurs fois de médecin avant d’arriver au bon diagnostic et à un traitement adéquat. Mais les médecins prescrivent encore très souvent des opiacés inefficaces chez plus de 10 pour cent de ces patients – contrairement aux recommandations des lignes directrices actuelles.

Traitement des stimuli affaiblis dans le SNC

La fatigue et la dépression font-elles partie intégrante la maladie ou sont-elles juste la conséquence de l’hypersensibilité persistante de diverses régions du corps ? Il semble qu’une grande tension mentale et physique serait un déclencheur important de la maladie. Néanmoins, il existe peu de données concrètes et de connaissances sur sa genèse et son déroulement. Cela a changé l’année dernière, au moins sur certains points, de manière importante. Ainsi des publications de Würzburg et Boston jettent quelques rayons de lumière sur ce qui se passe dans le corps des patients atteints de fibromyalgie.
Marco Loggia de la Harvard Medical School publia en Novembre les résultats de ses recherches neurologiques sur les cerveaux-FMS. Ainsi, les fortes sensations de douleur pourraient revenir à cause d’un dérèglement dans la zone du centre de la récompense. Au moyen d’un brassard de tensiomètre, les chercheurs produisirent un court stimulus chez les sujets. Alors que les sujets-contrôle avaient déjà réagi à l’application des stimuli par une réponse forte dans l’aire tegmentale ventrale, 31 patients réagirent par un influx nerveux de manière considérablement affaiblie. Les chercheurs dirigés par Loggia conclurent que le traitement de la douleur dans le système nerveux central a changé. « Ces résultats peuvent expliquer la sensibilité accrue à la douleur, mais aussi l’absence d’effet des analgésiques opioïdes comme cela est observé chez ces patients », soupçonne Marco Loggia.

Neuropathie des petites fibres

Pendant que le groupe de recherche américain enregistrait des défauts dans le traitement des stimuli, Nurcan Üçeyler et ses collègues de la Würzburger Neurologie semblaient avoir découvert des symptômes typiques dans le déclenchement de sensations de douleur anormales. Grâce à des tests sensoriels quantitatifs, ils ont déterminé chez 25 patients-FMS les seuils de réponse à la température et à la douleur et les ont comparés à des sujets témoins dépressifs sans syndrome de douleur. Tout comme dans le calcul des potentiels évoqués associés à la douleur, les patients atteints de fibromyalgie ont répondu à des seuils nettement plus faibles. Les chercheurs ont trouvé dans des biopsies de la peau les causes de cette restriction : le nombre de petites fibres nerveuses était plus faible chez eux que chez les patients souffrant de dépression sans fibromyalgie, ou que chez des sujets sains.
La fibromyalgie semble donc appartenir à la « neuropathie des petites fibres », où seules les fibres A-Delta et les fibres C sont endommagées. La gaine de myéline des nerfs est très mince ou absente. Même chez les patients de Würzburg, les nerfs avec gaine épaisse ne sont pas concernés. Une confirmation des résultats de Würzburg, publiés par la revue « Brain » est apparue au printemps, quelques mois plus tard, dans « Pain ». Anne Louise Oaklander de Harvard trouva aussi chez une partie de ses patients fibromyalgiques une forte réduction du nombre de petits nerfs de la peau. Pour le moment, rien n’indique si une telle polyneuropathie cause la maladie ou est simplement un symptôme d’un autre processus.

Processus inflammatoire

Pourquoi les patients avec moins de fibres nerveuses ont plus de douleur ? Pour répondre à cela, il y a pour le moment beaucoup de spéculation : cela pourrait être dû à une hyperactivité de fibres endommagées mais pas encore mortes ou à un choix sélectif des signaux de transmission. Les sensations agréables n’atteignent plus le système nerveux central, alors que les stimuli douloureux restent détectables.
De plus en plus de résultats suggèrent également qu’il existe un processus inflammatoire dans cette maladie. Ainsi, dans le séquençage complet du génome de patients, certains variants génétiques qui sont étroitement associés à des cytokines inflammatoires ont été trouvés. Des chercheurs brésiliens mesurèrent des niveaux accrus de la cytokine inflammatoire IL-17 chez leurs patients.

De nouvelles lignes directrices renoncent aux « points sensibles douloureux »

Dix associations professionnelles ont mis au point une nouvelle ligne directrice de la FMS au cours des dernières années et qui fut publiée à l’été 2012. Contrairement à ce qui se faisait auparavant, les « points sensibles douloureux », c’est-à-dire les points de douleur sur le corps, ne sont plus comptés dans le but de caractériser la maladie avec plus de précision. Au lieu de cela, maintenant, un questionnaire détaillé aide à décrire la souffrance du patient avec précision. Ce questionnaire interroge sur les régions de la douleur, mais aussi sur les symptômes liés tels que la qualité du sommeil, ou les troubles cognitifs.
Les auteurs des nouvelles indications de traitement ont testé un total de 52 formes différentes de traitement décrites pour les patients atteints de fibromyalgie. Seulement cinq d’entre eux ont été classés avec une « forte recommandation ». Dans les formes légères, les spécialistes de la médecine de la douleur et de la rhumatologie conseillent une activité physique et psychosociale contre la dépression qui accompagne souvent la maladie. Pour les formes les plus graves, une thérapie multimodale doit être utilisée, incluant un traitement médicamenteux et comportemental approprié. Les auteurs de la seconde Cochrane-Review soulignent aussi au moins l’utilisation de la thérapie cognitivo-comportementale, ainsi que l’acupuncture.

Soins inadaptés par des incitations à leur facturation ?

Selon une enquête, environ la moitié des médecins prescrit encore à leurs patients des médicaments anti-inflammatoires comme l’ibuprofène, le diclofénac ou le naproxène. Les médicaments psychotropes sont encore très répandus. Que cela soit en milieu hospitalier ou en ambulatoire, la plupart des professionnels de la santé traitent toujours leurs patients selon d’autres normes que les lignes directrices actuelles. Ces précisions pour les médecins et les patients décrivent le syndrome de la fibromyalgie comme un syndrome somatique fonctionnel plutôt qu’un trouble mental.
Le Dr Ursula Marshall, médecin de la douleur, chef du Centre de Compétence de Santé du Barmer GEK (une caisse de société sociale allemande), fournit une raison à cette incertitude : « Des soins inadaptés avec des mesures invasives sont la conséquence d’incitations à la facturation. En outre, la volonté du patient pour le soulagement des symptômes et des examens médicaux inutiles mènent à la prise en charge locale d’une douleur chronique dans plusieurs parties du corps ».
Les nouvelles preuves scientifiques devraient être la première étape pour sortir le syndrome de la fibromyalgie du domaine de la douleur purement psychologique induite et ne plus se concentrer sur la mise au repos du patient. Dans les prochaines lignes directrices, le sujet principal sera peut-être la lutte contre les causes de la maladie.

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7 commentaires:

Invité
Invité

Je souffre d’une maladie auto-immune de type systémique et inflammatoire.
Tout a commencé avec une fatigue anormale et des douleurs : fibromyalgie bien sûr… et puis non.
Mais que le dialogue est difficile avec certains soignants (médecins, kiné, etc) avec l’étiquette fibromyalgie.
C’est dans la tête, changez vous les idées, allez voir votre psy plus souvent.
Il faut un moral d’acier pour supporter cette maladie et tout ce qu’elle entraine.
Je vois régulièrement une psychologue, pour me soutenir face à la maladie douloureuse chronique. Mais jusque maintenant, depuis 4 ans, je n’ai pas eu de dépression (on peut ressentir de la tristesse, sans être dépressif cliniquement).
Vivement pour les personnes atteintes de fibromyalgie qu’elles aient un moyen de diagnostic non subjectif.

#7 |
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Gagner de l’Argent
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Merci beaucoup pour cette mane d info.
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#6 |
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sono un medico reumatologo che segue la fibromialgia da oltre 30 anni. Alla base spesso si trovano diagnosi incomplete o errate di patologia cervicale o lombare e recentemente si é scoperto che se il dolore persiste oltre un certo determinato periodo si aprono nuove vie del dolore. La fibromialgia é in effetti una neuropatia con malattia dei rametti nervosi periferici dermici e del sottocute. Io tratto la patologia cervico lombare con ozono e tratto i tender points associando antiossidanti e miorilassanti e fisioterapia.

#5 |
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dr serge belhassen
dr serge belhassen

je suis medecin de MPR, ancien hospitalouniversitaire, algologue et specialise dans les troubles de la posture et de l’équilibre. POur ma part, la fibromyalgie vraie (autant à droite qu’à gauche et en haut qu’en bas) en tant que ‘maladie de la douleur’ est finalement assez rare comparées aux diagnostics posés, sorte de fourre tout medical dont la plupart de ces douloureux ont surtout des décompensations rachidiennes dont les irradiations amenent tendinites et douleurs neuropathiques diverses, accessible à des traitements pour ceux là. POur les vrais fibromyalgiques (2 à 3% de ma consultation, le probleme est effectivement beaucoup plus difficile et rejoint les analyses lues ici.
Si notre medecine est tres performante dans l’organique, elle reste assez médiocre voire délétère dans la pathologie fonctionnelle et il serait grand temps que nos chu attachent leurs credits à faire de la recherche clinique sur ce domaine. Mais notre medecine y a t elle intérêt? là est la vraie question…Dr Belhassen serge, montpellier

#4 |
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Métier non médical

Je reçois de plus en plus de jeunes filles atteintes de fibromyalgies dans mon service de malafies auto-immunes. Ce sont des filles tristes,qui souffrent de solitude.
De plus elles ont honte de parler de cette maladie jugée…maladie mentale.
C’est un non sens dans le sens de leur vie.
antoinetteperquin@gmail.com

#3 |
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Préparateur phcie Christophe Gallis
Préparateur phcie Christophe Gallis

Bonjour,

Ma belle-mère souffre d’attaques de fibromyalgie depuis 25 ans maintenant, mais elle est dépressive aussi, serais-ce lié à votre avis ?

Merci.

#2 |
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Médecin

La fibromyalgie reste une entité vague, construite de toutes pièces, sans le moindre stigmate objectivable physiopathologique. Il s’agit d’ailleurs de la seule « maladie rhumatologique » traitée par anti-dépresseurs !
L’article n’avance que des raisonnements d’un faible niveau de preuve en logique formelle comme l’induction éliminative.
Il ne manquerait plus qu’un médicament actif sur les « petites fibres nerveuses » et à renfort d’une campagne publicitaire la fibromyalgie avancerait dans le ranking des maladies du siècle !

#1 |
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