Nouvelles drogues : que l’embarras du choix

5. janvier 2011
Share article

Même si les drogues telles que la cocaïne jouent un rôle toujours plus grand dans le milieu de la drogue, la consommation de "nouvelles drogues" s’accroît de manière dramatique. Les substances les plus appréciées, notamment des jeunes qui testent volontiers, sont celles qui l’on peut facilement se procurer et qui ne sont pas chères.

À la recherche de nouvelles drogues et formes de consommation, les utilisateurs ne se trouvent jamais eux-mêmes mais rencontrent parfois la mort. Le but est toujours un état d’ivresse. Le cadre et la mise en scène jouent justement un rôle considérable pour les nouvelles drogues. Tout ce qui donne le vertige est interprété comme une ivresse, chaque changement d’état sentimental libère de l’endorphine car le consommateur est récompensé avec un nouveau sentiment. Les « nouvelles drogues » ne sont pas toujours nouvelles. Ce sont souvent des substances chimiques ou biologiques qui ont fait leur preuve et qui sont de nouveau à la mode dans le milieu de la drogue. De nouvelles formes de consommation aident aussi à redonner du brillant à de vieilles substances.

« Tina est chaude, elle te vole ta raison et met tes hormones sexuelles sens dessus dessous. Et Tina n’est pas chère, elle coûte à peu près autant qu’une place de cinéma » : c’est ainsi que Tina est efficacement commercialisée. Tina n’est cependant pas une IT Girl mais une « nouvelle » drogue qui fait en ce moment fureur aux États-Unis. « Tina » n’est pas nouvelle, seulement un vieux vin dans de nouveaux petits tuyaux. « Crystal Meth – la drogue la plus dangereuse au monde », titrait le magazine d’information STERN en mars 2006. Le magazine mettait en garde avec insistance contre « la drogue monstrueuse » avec des photos impressionnantes et des reportages sur les personnes touchées. Mise en scène journalistique ? Non ! Meth est la même substance que Tina : la méthamphétamine.

La méthamphétamine fut produite tout d’abord en 1919 au Japon. Dans les années 30, l’amphétamine remplaçait la cocaïne comme stimulant. Le Pervitin® contenant de la méthamphétamine avait une triste renommée pendant la 2nde guerre mondiale car il était utilisé comme moyen pour rester éveillé et comme stimulant pour les pilotes, les parachutistes et les conducteurs de chars. Crystal a encore beaucoup d’autres noms familiers : Meth, Chalk, Bambinos, Dixies, Diamonts, Mao, Mollies, Jugs, Ups, Ice, Glass ou Crank. Un médicament contre le rhume contenant de l’éphédrine et en vente libre, de l’iode et du phosphore – on a pas besoin de beaucoup plus pour fabriquer la drogue.

Fumer, avaler, sniffer, injecter

Meth est fumé à partir d’une pipe en verre, peut être pris oralement ou sniffé ou injecté. La durée d’action va de 6 à 70 (!) heures selon la dose. Lors de l’absorption par inhalation, les cristaux sont chauffés sur une feuille d’aluminium ou dans une pipe en verre et les vapeurs libérées sont inhalées.
Si l’absorption de la drogue se fait par inhalation, les cristaux sont réduits en poudre fine. De fins éclats de verre sont souvent rajoutés; ceux-ci occasionnent les coupures au niveau de la muqueuse nasale. La substance se résorbe ainsi plus rapidement dans le sang. En résumé : Meth rend vif et mince. D’autres effets sont :

  • Sensation de force, euphorie
  • Logorrhée
  • Effet de stimulation psychique
  • Changement d’humeur
  • Perte de la sensation de douleur
  • Activité motorique et performance accrues

Quand Tina joue avec les synapses

La méthamphétamine appartient au groupe des sympathomimétiques. Elle provoque une libération de noradrénaline de ses réserves et inhibe leur réabsorption dans la membrane présynaptique. Le consommateur devient ainsi vif, agressif et ne sent pas la faim. Dans le système dopaminergétique, la méthamphétamine libère de la dopamine de ses réserves. Une fois libérée, on ressent un « sentiment de satisfaction » pour des actions méritant d’être récompensées comme le comportement social, l’alimentation et les activités de reproduction. De nombreux symptômes et dommages peuvent apparaître comme effet secondaire de la consommation de Meth. Ce qui est effrayant, c’est le déclin corporel rapide de celui qui en consomme. Il semble prendre des années en l’espace de quelques mois. Les yeux retombent, la peau se « flétrit », les dents tombent, il devient maniaque et maigrit à l’extrême. Le nom de « drogue de l’horreur » semble justifié. Meth endommage le système cardio-vasculaire et nerveux.

Raider devient Twix : Space au lieu de Spice

SPICE est commercialisé dans un petit sac en plastique argenté ou doré comme un mélange à fumer et parfum d’ambiance. Il a été récemment soumis à la loi sur les stupéfiants par une procédure en référé. La fabrication, le commerce ainsi que la possession de la substance sont de ce fait interdits. Outre une multitude d’herbes en partie inconnues, la présence d’une substance synthétique au nom de JWH-018 a aussi été révélée. THC, l’ingrédient dans l’herbe, est un agoniste CB2. L’affinité du JWH-018 au récepteur CB2 est plus forte que celle du THC. Le « petit nouveau » doit être 4 fois plus efficace que le THC. Après l’interdiction, des « mélanges à fumer » sont maintenant vendus sous le nom de SPACE. Soi-disant aussi des herbes inoffensives que l’on peut actuellement encore obtenir légalement. On peut même commander un petit sachet sur Amazon. Pour pouvoir être en mesure de livrer après l’interdiction, les dealers essaient de lancer de nouvelles substances. Les fondements sont des herbes légales et des substances illégales de l’arsenal de la chimie pharmaceutique. Des produits qui ont été examinés en tant que médicaments mais qui ne sont pas parvenus à être autorisés sur le marché. Ils sont légaux étant donné que ceux-ci ne sont pas considérés comme stupéfiants par les autorités. Les innovations s’appellent « Herbal Highs ». Elles sont commercialisées sous le nom de « Bonzai Citrus », « Herbal Essences » ou « Forest Green ». Elles sont en partie déclarées comme sel de bain. Un sachet pour 30 € et plus. « Charge Plus », le « roi des sels de bain coûte seulement 9,50 euros mais il contient seulement 0,2 g. Des cannabinoïdes synthétiques sont la plupart du temps inclus; la substance méphédrone fut aussi trouvée. Elle porte le nom de « Meow » dans le milieu de la drogue et agit comme la cocaïne. Les tests de drogue des autorités de l’ordre ne signalent pas les nouvelles substances.

Le maquereau des joints

Le cannabis est la drogue qui, après l’alcool, joue fréquemment un rôle dans les accidents de la route. Le « Honey Bee-Extractor » est proposé dans les coffee-shops ou sur Internet. « Il n’y a rien de plus simple. Fabriquer sa propre huile en 1 heure avec le Honey Bee Extractor. Aucune odeur, pas d’orgie de nettoyage. Fonctionne sans source de chaleur », dit le slogan publicitaire de l’entreprise qui le commercialise. À l’aide d’une simple extraction de gaz, la teneur dans le matériau en chanvre peut être augmenté de 80 % (!). Le résultat est une résine qui ressemble au miel (Honeybee) qui se rapproche de l’efficacité de l’huile. L’effet, l’ivresse et les dangers correspondent à ceux des produits du chanvre courants.

DXM – l’antitussif rend high

L’abus de l’antitussif dextrométorphane (DXM) en vente libre a augmenté. Aussi bien le centre anti-poison suisse que la chambre des pharmaciens de Schleswig-Holstein met en garde contre l’abus. L’association fédérale des associations de pharmaciens (ABDA) met également en garde : « les pharmaciens sont informés et feront attention aux abus éventuels lors de la délivrance de médicaments sans ordonnance à des jeunes ». La commission du médicament des pharmaciens allemands (AMK) déconseille aussi de délivrer de grandes quantités de ce médicament.

La dose est très variable

Rosa von Praunheim prit déjà du DXM dans les années 60 sous forme de comprimés de « Romilar ». Ils contenaient du dextrométhorphan-hydrobromide comme monosubstance. L’ »abus » se termina par un retrait du marché de la préparation. Quelques Smart-Shops hollandais vendent la substance pure dans des doses psychoactives comme « Robo ». Aussi bien l’enivrement que la quantité nécessaire pour un surdosage sont très variables. Les facteurs génétiques pourraient en être à l’origine. Une personne sur 10 environ souffre d’un défaut génétique, le polymorphisme du CYP2D6. La conséquence de la fréquente défaillance est que certaines substances, parmi lesquelles DXM, sont éliminées beaucoup moins vite et agissent ainsi moins bien.

La dextrométhorphane agit dans le centre de la toux dans le bulbe rachidien et atténue ainsi de manière centrale les quintes de toux. Malgré la ressemblance d’opiacé, ce serait un tord de classer le DMX parmi les sédatifs auxquels appartiennent aussi la morphine et l’héroïne. L’effet est au mieux à comparer avec celui du gaz hilarant et de la kétamine. DMX est ainsi un hallucinogène. Après la prise orale de la capsule ou du sirop, l’effet apparaît immédiatement. L’ivresse dure jusqu’à 6 heures. Un surdosage en cas d’abus peut entraîner de la somnolence, une confusion mentale et un plus fort dosage, des crampes et un coma. 10 – 20 mg/kg KG (selon la littérature) peuvent entraîner des intoxications mortelles. Les interactions entre DXM et l’alcool ou d’autres médicaments agissant de manière centrale sont particulièrement dangereuses. La réduction de DXM peut être inhibée de manière simple et l’effet peut être ainsi accru dramatiquement : avec du jus de pamplemousse.

Un intestin plus tranquille, un cerveau enivré

Le principe actif lopéramide est un médicament efficace contre la diarrhée et qui a fait ses preuves. Il investit les récepteurs opiacés dans l’intestin, immobilise pendant une brève période la musculature intestinale et régule l’équilibre liquidien troublé dans l’intestin. Le principe actif peut être obtenu sans ordonnance dans les pharmacies. Le lopéramide est extrêmement liposoluble et ne franchit pas la barrière hémato-encéphalique. Les quantités qui parviennent quand même dans le cerveau sont reconduites immédiatement à l’aide d’une protéine de transport. C’est la raison pour laquelle il ne peut guère parvenir aux sites de fixations centraux des opiacés. Les effets secondaires typiques des opiacés comme l’euphorie, la réduction de la douleur, les nausées et le déclenchement de la dépendance ne sont pas observés.

Le mécanisme qui empêche le lopéramide de parvenir dans le système nerveux central et qui le reconduit peut être cependant stoppé. Certains médicaments et certaines formes de consommation font que le lopéramide peut se concentrer dans le cerveau et provoquer une poussée d’adrénaline.

Abus propagé et connu

« On soupçonne fortement l’antidiarrhéique lopéramide de pouvoir être « transformé » en un opioïde agissant centralement grâce à une simple astuce pharmacologique », dit le Dr. Alexander Ravati, pharmacien et chargé de cours à l’université Marburg dans le « Pharmazeutische Zeitung ». « Des annonces alarmantes sur l’abus considérable dans le milieu de la drogue se sont accumulées ces derniers mois », continue Ravati.

Il existe différentes possibilités d’introduire le lopéramide dans le cerveau :

  • Fumer des plaquettes de lopéramide dans des cigarettes préparées par soi-même
  • Association avec le vérapamil (cœur)
  • Association avec la quinine (médicament contre les crampes)
  • Association avec la quinidine (médicament contre les troubles du rythme cardiaque)
  • Association avec l’antifongique kétoconazole
  • Association avec le médicament contre le SIDA, le ritonavir
  • Association avec l’antidépresseur doxépine

Cette contribution ne doit pas être comprise comme une recommandation pour l’abus mais doit plutôt une mise en garde contre les risques pour la santé.

  • Le vérapamil est un médicament sous ordonnance contre les troubles du rythme cardiaque. Il peut lui même dérégler le rythme cardiaque au point d’engendrer un arrêt du cœur.
  • La quinine peut provoquer des contractions de l’utérus, causer des dommages de l’hématogramme et déclencher des allergies. Une forte overdose conduit notamment à un sentiment de vertige, un mal de tête, des bourdonnements d’oreille, de la surdité, une cécité momentanée et une paralysie cardiaque.
  • L’antifongicide kétoconazole peut faire baisser le taux de testostérone et de cortisone.
  • La doxépine peut provoquer l’augmentation de la fréquence cardiaque, des troubles du langage, une impotence, des dommages de l’hématogramme et des troubles psychiques.

Des solanacées toxiques – les plantes qui donnent des ailes

Les solanacées comme la stramoine, la belladone, la jusquiame et la mandragore sont aussi très appréciées des jeunes. Il est facile de se procurer ces drogues naturelles qui ne sont pas soumises à la loi sur les stupéfiants. Les cas d’empoisonnement notamment avec la trompette des anges (Datura suaveolens) ont augmenté de manière dramatique ces derniers temps. Les plantes aux imposantes fleurs occupent maintenant une place de choix dans les parcs et jardins. Les propriétaires ne savent pas la plupart du temps qu’elle exercent un « boulot d’appoint » en tant que dealer.

Aérotransporté en tachycardie

La plupart du temps se sont des groupes complets ou des classes d’école qui veulent essayer des plantes avec des alcaloïdes de Tropane hallucinogènes par curiosité pour « se donner des ailes ». Les alcaloïdes atropine et scopolamine procurent au consommateur le sentiment de pouvoir voler. La tentative ne s’achève pas rarement avec de graves blessures. Dans la plupart des cas, le stupéfiant à base de plante est consommé sous forme d’infusion. En jouissant des plantes fraîches, les ingrédients de base agissent. Si la drogue est séchée, l’hyoscyamine se transforme en atropine racémique.

Les 3 ingrédients se complètent dans leur action. L’atropine excite le système nerveux central ce qui se manifeste par une excitation générale avec des troubles motoriques et une augmentation de la fréquence cardiaque. À ceci s’ajoutent un agrandissement des pupilles et une réduction de la sécrétion salivaire. La scopolamine agit aussi comme un parasympatholytique mais comparé à l’atropine, elle est plus apaisante. Elle cause un état de passivité et d’apathie, comme pour une hypnose. Elle était auparavant utilisée comme sérum de vérité. Le 3ième ingrédient dans le trio des alcaloïdes est l’hyoscyamine. Il a le nom de la jusquiame (Hyoscyamus niger), il a cependant sa place dans la plupart des solanacées. Si on assèche la plante, il se transforme en atropine. L’effet de l’hyoscyamine est nettement plus fort que celui de l’atropine. Cela explique pourquoi la drogue sèche agit plus faiblement que la fraîche.
Dans des doses de plus d’1 mg de principe actif, il y a une illusion des sens visuels qui est liée à une perte du sentiment de réalité. Dans son ivresse, le consommateur ne se rend pas compte que les composants actifs absorbés prédominent. La personne grisée tombe dans un sommeil semblable au délire et ne se souvient guère des évènements d’ivresse après.

Un pouls accéléré et des pupilles élargies

Les empoisonnements par les solanacées sont caractérisés par les symptômes suivants :

  • Peau chaude
  • Pupilles élargies au maximum (mydriase)
  • Désorientation spatiale et temporelle
  • Peur et sautes d’humeur
  • Troubles de la vue / conjonctivite
  • Augmentation de la tension et de la fréquence cardiaque
  • Hallucinations
  • Menace pour la circulation routière

Étant donné que le récepteur de l’acétylcholine est localisé dans beaucoup d’organes et de systèmes organiques, il arrive une multitude d’autres phénomènes qui sont regroupés sous le terme du « syndrome anticholinergique ».

Le jardinier fait de grands yeux

Toutefois la prise orale n’est pas la seule à engendrer des complications. La plante en pot peut aussi devenir un danger pour l’ami des jardins. Un contact oculaire avec des parties de la trompette des anges peut causer des troubles prononcés de la vision, un élargissement des pupilles, une sensibilité à l’éblouissement, des troubles de la coordination, des vertiges et une vue en double.

Attendons maintenant de voir quelles nouvelles drogues et formes de consommation vont faire leur apparition sur le marché. De l’alcool à inhaler ? Des crapauds à lécher ? De la benzodiazépine pour le nez ? Ça existe déjà ! Cela serait pourtant bien si le consommateur se contentait d’une ivresse en 3D sur DVD. Pas cher et sans risque.

40 note(s) (4.15 ø)
Non classé

Comments are exhausted yet.

3 commentaires:

infirmière DE LUCIENNE AGOSTINI
infirmière DE LUCIENNE AGOSTINI

exact :j’ai eu tts lespeines à me debarrasser des benso .ne ne pas commencer

#3 |
  0
Gérard DORY
Gérard DORY

Se garder d’essayer les « nouveautés » …

#2 |
  0

Les « designer drugs » sont en effet utilisées dans un cadre récréatif.
Cependant,la cocaïne reste d’actualité, avec un prix divisé par deux (60 euros le gramme).

Bien cordialement.

htpp://p.arvers.free.fr/

#1 |
  0


Langue:
Suivre DocCheck: