Traitement anti-VIH : ligne d’arrivée ou impasse ?

4. février 2014
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Depuis déjà deux décennies, les chercheurs sur le SIDA parlent de la possibilité de guérir la maladie et éradiquer le virus VIH. De nouveaux inhibiteurs et de nouvelles stratégies semblent, après beaucoup de frustration, réveiller à nouveau l’espoir de mettre fin à cette épidémie. Ces attentes sont-elles justifiées ?

Parfois, on peut penser qu’en Allemagne, ce sujet n’a plus d’importance. Et si cela arrive, alors c’est au cours de rapports sexuels entre hommes. En fait, près de 2500 personnes parmi nous sont encore contaminées chaque année avec le virus VIH. Le nombre d’hommes homosexuels infectés augmente. Néanmoins, la maladie n’apparaît que de temps en temps sur la liste des sujets importants pour la santé. Le SIDA n’est plus pour nous associé à un pronostic de mort précoce. Les thérapies antirétrovirales prolongent efficacement la vie d’une personne infectée jusqu’à une « durée normale ».

« Ce dont nous avons besoin pour un monde sans SIDA »

Et pourtant, même les experts du VIH les plus optimistes utilisent à contrecœur le terme « guérison » et toujours avec des paraphrases prudentes dans leur discours. En effet, il n’existe pas encore de moyen efficace pour expulser le virus une fois pour toute de l’organisme. Et cela même si environ 15 essais cliniques à travers le monde sont enregistrés dont le but est de trouver un « remède » et un essai de vaccin en Thaïlande qui a produit une diminution des infections d’un tiers : le nombre de cas dans lesquels le virus disparait de l’être humain avant sa mort est limité à quelques exceptions. Dans ce contexte, une grande conférence a eu lieu il y a quelques semaines à San Francisco, durant laquelle des experts discutèrent du sujet : « Que nous faut-il pour un monde sans SIDA ? »

Un réservoir de virus dormants beaucoup plus important que prévu

Ces derniers mois, parurent dans la littérature spécialisée plusieurs articles qui évoquent la possibilité que tous les virus VIH qui se sont une fois installés dans le corps peuvent également être libérés ou ne se propagent pas immédiatement malgré le risque élevé d’infection. Il était question de neutraliser le virus en état latent par de nouveaux anticorps. En particulier aussi pour le réservoir de virus inactif qui serait certainement beaucoup plus grand que prévu.

Cela fut montré par une étude publiée récemment par Robert Siliciano et ses collègues de l’École de médecine Johns Hopkins à Baltimore dans « Cell ». Selon les méthodes précédentes, un pour cent des virus est activé dans les lymphocytes T, ceux qui incorporent leur matériel génétique dans le génome de leur hôte. Ces virus entrent dans une phase de reproduction active. Le reste, comme il a été supposé précédemment, en seraient incapables à cause de défauts dans leur ADN. Il s’avère maintenant qu’il s’agit d’une hypothèse erronée. Ainsi, environ douze pour cent du génome viral intégré est apparemment intact. Avec un peu d’aide en génétique moléculaire, les chercheurs purent obtenir à nouveau des virus reproductibles. Cela signifie que les traitements anti-rétroviraux précédents ont manqué jusqu’à 60 fois plus de virus compétents mais en sommeil.

Anticorps résistants aux mutations

Un autre résultat de deux groupes de recherche de Harvard et de Bethesda rend cependant optimiste. Parce que les nouveaux cocktails d’anticorps agissent beaucoup mieux qu’avant de manière évidente. Ils firent des recherches sur les singes macaques infectés avec un virus hybride de SIV (virus de l’immunodéficience simienne) et de VIH dans le sang. Les anticorps non seulement bloquèrent rapidement le virus dans la circulation, mais ils permirent aussi de maintenir une longue durée sans virus, pendant plusieurs mois, aussi longtemps que les taux d’anticorps étaient uniformément élevée. Les mutations au niveau des points d’attache des principes actifs, une stratégie de défense très efficaces chez les microbes, n’apparurent dans aucune des deux études. Au contraire, le titre viral après la fin du traitement était significativement plus faible que par le passé. Mais ce qui rend la nouvelle option thérapeutique particulièrement intéressante : la quantité d’ADN du VIH associé aux cellules et de virus qui attendent dans la cellule hôte leur réveil diminua.

Le succès du traitement des singes infectés

« Les résultats des deux publications peuvent, en prenant toutes les précautions, révolutionner les efforts pour trouver un remède contre le SIDA. » Cette prophétie audacieuse vient d’un commentaire de Louis Picker et Steven Deeks qui accompagne les deux rapports de recherche dans « Nature ». Depuis plusieurs années, les rapports sur ces nouveaux anticorps efficaces hantent la littérature spécialisée sur le SIDA : environ un porteur du VIH infecté sur cinq produit des anticorps avec des propriétés neutralisantes, mais la plupart du temps seulement après deux à quatre ans. Avant cela, le virus et le système immunitaire se confrontent dans une course. Alors que l’enveloppe virale sous l’attaque soutenue de l’hôte est en constante évolution, la défense est poussée à développer des immunoglobulines contre les antigènes actuels avec toujours plus de précision. Cependant, seule une poignée d’anticorps neutralisants isolés jusqu’ici peut garder l’infection à distance. Et ils ne fonctionnent pas non plus contre toutes les souches connues du VIH, mais seulement environ 70 pour cent des 162 connues.

Le blocage viral chez les macaques a été obtenu avec un cocktail de tels anticorps. Après d’autres expériences réussies sur de petits animaux, les premières études humaines devraient suivre rapidement. Cela fait d’abord penser à un vaccin préventif. Ces injections sont destinées à protéger les nouveau-nés du virus de leur mère infectée et les adultes qui sont exposés dans leur environnement un grand risque d’infection.

Combinaison d’ART et cocktail d’anticorps

Si vous demandez à des experts à quoi un futur traitement du SIDA efficace pourrait ressembler, la plupart parleraient d’une combinaison d’un traitement antirétroviral « traditionnel » et l’utilisation de la nouvelle génération d’anticorps. La faiblesse des possibilités précédentes résidait principalement dans l’accès au réservoir de virus latent. Alors que l’attaque contre les germes pendant leur croissance et leur propagation a eu beaucoup de succès, ceux qui restent cachés, mais en virus inactif, posent un problème majeur, que l’on espère que les anticorps neutralisants peuvent résoudre mieux que les médicaments existants.

Un « Nez » pour le VIH -1

Fin novembre, « Immunity » publia finalement les résultats d’un groupe de travail français, qui fournit une preuve supplémentaire de l’accès aux virus latents. Sur les deux principaux types de VIH, seul le type 2 le moins pathogène se multiplie dans les cellules dendritiques alors que le VIH-1 échappe au flair de ces cellules de défense et se consacre aux cellules T. Dans la capside du type 1, il semble manquer une clé nécessaire aux cellules dendritiques pour l’activation de la défense contre le VIH. Avec quelques modifications de l’enveloppe du type 1, le système immunitaire réagit avec une réponse efficace – et aussi quand il s’agit d’une infection mixte de type 1 et de type 2. Grâce à cette nouvelle connaissance, les chercheurs espèrent trouver de nouveaux médicaments afin de générer une défense réussie contre le virus de type 1.

Biomédecine + composantes sociales

En général, selon ce qu’ont convenu les experts de la conférence « AIDS-free World » à San Francisco, il y a besoin non seulement de nouvelles perspectives sur les faiblesses et les vulnérabilités du virus lui-même, mais aussi de développement d’un traitement approprié sur une grande échelle, efficace non seulement dans la lutte contre le virus, mais également accessible à des millions de personnes, en particulier en Afrique et en Asie. Il y a aussi des mesures assez simples telles que les tests de routine à l’infection ou la circoncision masculine comme mesure préventive, explique Anthony Fauci, le président du National Institute of Allergy and Infectious Diseases. Enfin, continue Fauci, il faut éviter l’infection des nourrissons par leurs mères. « Les interventions biomédicales doivent aller de pair avec un comportement humain et des composantes sociales pour créer un monde sans SIDA. »

Patient VIH guéri

Il y a quelques années, des médecins de Berlin guérirent un patient atteint de lymphome infecté par le VIH grâce à une greffe de moelle osseuse. Le génome du donneur était muté sur ​​les deux chromosomes au niveau du site d’arrimage pour le VIH, le récepteur CCR5. En France, il semble qu’un traitement antirétroviral commencé très tôt avec un très faible titre viral permette au corps de se battre pendant de nombreuses années sans médicaments contre l’envahisseur.

Dans le monde, environ 35 millions de personnes sont infectées par le virus, environ un vingtième d’entre elles meurent chaque année. Trop de personnes réduisent leurs engagements pour trouver un remède de la maladie, juste parce que l’Europe est une des régions les moins touchées. Après de nombreuses années où les médias ont rapporté régulièrement des essais qui ont échoué dans la lutte contre l’épidémie du SIDA, les derniers messages devraient au moins redonner un peu de courage.

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