Psychothérapie : long ou court

21. janvier 2014
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Le stress psychologique aigu est la plupart du temps pris en charge avec une psychothérapie brève. Mais pour les personnes qui souffrent de troubles mentaux chroniques, la thérapie psychodynamique à long terme est une aide importante. Une étude est arrivée à des conclusions différentes, actuellement critiquées par les chercheurs.

Déjà en 2008, le psychanalyste Falk Leichsenring, Université de Giessen, et le thérapeute du comportement Sven Rabung, Université de Hambourg -Eppendorf, rapportèrent dans une méta-analyse que la thérapie psychodynamique à long terme (LTPP = Long Term Psychodynamic Psychotherapy) est plus efficace dans les troubles mentaux complexes que des thérapies moins intensives. En 2011, ils confirmèrent ce résultat dans une autre méta-analyse. Ils purent également montrer que le patient fait aussi des progrès après la fin du traitement : les effets continuent de se développer après la fin du traitement.

En 1999, une étude menée par Perry et al. montra que 50 pour cent des patients avec un trouble de la personnalité récupèrent après 1,3 année et 92 séances. Après 2,2 années (216 séances), 75 pour cent des patients vont mieux.

Autre étude, autres résultats

En Mars 2012, l’épidémiologiste Yolba Smit (Leuth, Pays-Bas) et ses collègues de l’Université de Maastricht, d’Amsterdam (Pays-Bas) et Stanford (Etats-Unis), publièrent une étude qui indique que, dans le meilleur des cas, la thérapie psychodynamique à long terme n’est pas plus efficace que les autres méthodes. Elle pourrait même contrecarrer la guérison. Yolba Smit et ses collègues analysèrent 11 études contrôlées randomisées ou quasi – randomisées.

Smit et al. examinèrent dans quelle mesure les patients ont récupéré après la psychothérapie au moment du dernier examen de suivi. Ils ont constaté que les patients ne différaient pas les uns des autres en termes de symptômes généraux psychiatriques, pathologie de la personnalité, et fonctionnement social, quel que soit le traitement reçu. Bien que la thérapie psychodynamique à long terme fasse nettement mieux que les psychothérapies non spécialisées, ce n’est pas le cas si la thérapie psychodynamique à long terme est comparée à des traitements de contrôle spécialisés.

Falk Leichsenring et ses collègues menèrent une nouvelle méta-analyse, dans laquelle ils inclurent deux autres grandes méta-analyses. Cette étude fut publiée cette année, sous la forme d’une discussion de l’étude de Smit et al. Encore une fois, Leichsenring et ses collègues sont arrivés à la conclusion que le traitement psychodynamique à long terme des troubles complexes est beaucoup plus efficace que les formes moins intensives de psychothérapie.

Qu’est-ce que la thérapie à long terme ?

Dans l’analyse de l’étude de Smit, Leichsenring et al. indiquent que Smit et ses collègues avaient utilisé des critères d’inclusion et d’exclusion incompatibles. Leichsenring et al. se sont basés sur la définition de « psychothérapie à long terme » des méta-analyses précédentes. Par conséquent, il s’agit d’une thérapie psychodynamique à long terme d’au moins 50 sessions, ou d’un minimum d’un an. Toutefois, selon Smit et al., la thérapie à long terme est un traitement d’au moins 40 séances et une durée minimum d’un an. Cependant, ils ont aussi inclus une étude dans laquelle les patients ont fait seulement 24,9 séances sur une année. Une autre étude, indiquée par Smit et al. comme « LTPP », ne dura que 31 séances.

En outre, Leichsenring et al. évaluèrent uniquement les études dont les traitements était fini. Smit et al., quant à eux, fondèrent leurs études sur des traitements encore partiellement en cours. De plus Smit et al décrivirent certains traitements comme « psychodynamiques » alors qu’ils ne peuvent pas être considérés comme purement psychodynamiques, par exemple, le « Community Tratmentes by Experts » (CTBE). Smit et al. rapportèrent également une étude dans laquelle ils considérèrent la « gestion psychiatrique générale » comme une thérapie psychodynamique à long terme.

Leichsenring et al. considèrent également le « rapport de session » entre les deux groupes étudiés comme important. Alors que le ratio de séances de psychothérapie à long terme était dans leurs études de 1.96 par rapport au nombre de séances avec d’autres thérapies, le « rapport de session» dans l’étude de Smit et al. était juste de 1,35. Autrement dit, les patients du groupe LTPP n’avaient pas fait beaucoup plus des séances de thérapie que les patients dans les groupes de contrôle.

Effet d’« allégeance »

Leichsenring et ses collaborateurs discutent que l’effet d’« allégeance » (allegiance en anglais = allégeance, obéissance, fidélité) dans l’étude de Smit et al. pourrait avoir joué un rôle particulier. Par « effet d’allégeance », on entend que les scientifiques qui croient en leur méthode (de psychothérapie), en raison de leur confiance en leur modèle et leur conviction, obtiennent des résultats d’études qui s’inscrivent dans leur concept.

Conclusion

La thérapie psychodynamique à long terme est plus efficace dans les troubles mentaux complexes que les formes moins intensives de traitement, malgré une méta-analyse publiée en 2012 (Smit et al.), qui stipule que le traitement psychodynamique à long terme ne fournit pas d’avantages substantiels. Cependant, les chercheurs de Giessen autour de Falk Leichsenring évaluèrent cette étude au microscope et confirmèrent les résultats antérieurs qui indiquent que la thérapie psychodynamique à long terme est supérieure à d’autres formes de thérapie dans les troubles les plus graves.

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Médecine, Psychiatrie

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