Recherche médicale sur le cerveau: je me vois, je me comprends

21. février 2011
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Celui qui, au cours du neurofeedback, voit ses propres pensées à l’écran peut neutraliser ou entraîner certaines manières de penser. Il n’y a pas que des études pilotes qui ont démontré que cela marche vraiment, par exemple pour traiter des problèmes de concentration ou des troubles du sommeil.

Un électroencéphalogramme complètement normal ? Le patient est assis confortablement dans son siège avec de nombreuses électrodes sur la tête. L’ordinateur placé devant lui décrit sur l’écran les signaux qui viennent des espions électriques épiant l’intérieur de la tête. Mais quelque chose est différent. Le patient s’intéresse beaucoup plus que le médecin aux graphiques qui s’affichent et qui proviennent de données brutes exploitées. Ils changent en permanence : il s’agit parfois d’un champ de fleurs avec des couleurs resplendissantes, parfois l’image redevient pâle et grise.

Se voir en train de penser

Les données de l’électroencéphalogramme du patient n’atterrissent pas tout simplement dans son dossier : elles sont ici aussi le moyen d’atteindre l’objectif. Quand le patient peut voir le résultat de l’activité de son système nerveux central presque en temps réel, il peut aussi l’influencer lui-même avec un peu d’entraînement. Des couleurs lumineuses quand, conformément à l’objectif, les cellules nerveuses calment certaines zones du cerveau ou les font travailler à plein régime. Un temps hivernal trouble quand le patient dirige ses idées dans la mauvaise direction. C’est le neurofeedback – se voir soi-même en train de penser.

Traiter les troubles mentaux sans les produits de l’industrie pharmaceutique et interpeller les cellules nerveuses dans le cerveau presque séparément : cela nous rappelle le baron de Münchhausen qui s’en sort par ses propres moyens. Et cela a pour certains des allures de charlatanerie. On trouve pourtant toujours plus de rapports sur le succès de cette stratégie de traitement dans les revues spécialisées réputées – et toujours plus de signes cliniques sur les améliorations notoires qu’engendre cette méthode.

Des ondes thêta et bêta contrebalancées

Des exemples ? Il n’existe pas que des rapports isolés de guérisons étranges pour le trouble déficitaire de l’attention TDAH par exemple : il existe aussi des examens systématiques.

Holger Gevensleben de la clinique universitaire de Göttingen publia l’année dernière une grande étude avec plus de 100 enfants. Même plus de 6 mois après les exercices de neurofeedback, les résultats de tests étaient encore meilleurs que pour un entraînement d’attention assisté par ordinateur par exemple. Un équilibre d’ondes bêta et thêta, perturbé chez les patients atteints de TDAH, est là au centre de l’entraînement. « Les enfants avec TDAH peuvent aussi apprendre à contrôler les ondes dans leur cerveau », explique par exemple Ulrike Leins de l’université de Tübingen spécialisée sur le cerveau et l’esprit.

Dans la pratique, l’élève observe l’écran sur lequel un garçon est en équilibre sur une corde. Pour remporter le « jeu », il doit réajuster ses idées afin que l’activité thêta soit réduite et que celle des ondes bêta augmente. À chaque fois qu’il y parvient, il permet à l’artiste d’avancer d’un pas en direction du but. L’entraînement se déroule de la même manière pour les potentiels corticaux lents (SCP) qui désignent l’excitabilité corticale. La tâche consiste à écarter une boule de sa droite vers le haut (= diminution de l’excitabilité) ou vers le bas (augmentation). D’autres programmes travaillent avec des images comme une prairie pleine de fleurs et des plantes se fanant. « Buzz: A Year of Paying Attention » est un livre de Katherine Ellison atteinte de DTAH et lauréate du prix Pulitzer sur la thérapie de son fils, reposant également sur le neurofeedback et dont elle parle dans un grand article dans le New York Times.

Tele-Neurofeedback

L’épilepsie, l’autisme et le syndrome douloureux chronique comme la fibromyalgie sont d’autres champs d’expérimentation pour cette technique. Le neurofeedback, utilisé sérieusement comme option de thérapie, devrait être toujours placé sous la surveillance d’un expert sans pour autant qu’il ait lieu dans son cabinet médical. Les recherches d’Aisha Cortoos de Bruxelles montrent que le tele-feedback est entretemps même couronné de succès. Grâce à leurs instructions lors des premiers contacts avec l’électroencephalogramme puis grâce à un suivi par téléphone et en ligne, les patients qui souffraient d’insomnie entraînèrent leurs ondes thêta à la maison et accrurent ainsi leur temps de sommeil effectif.

Celui qui doit par contre absolument venir à l’hôpital est celui qui a besoin d’une localisation plus précise des centres nerveux à entraîner. Contrairement à l’électroencéphalogramme « sommaire », les électrodes sont fixées lors de l’électrocorticographie sous la voûte crânienne à la surface du cortex. Des signaux parasites manquants augmentent la sensibilité et la spécificité. Le contact direct au cerveau cache cependant aussi des dangers, comme celui d’une infection par exemple. C’est pourquoi les expériences se limitaient jusqu’à présent aux implants de courte durée pour les interventions chirurgicales sur des patients épileptiques et à des expérimentations animales avec des singes. On va déjà plus loin avec une technique pour laquelle la résonance magnétique fonctionnelle génère les données. Elle permet de s’orienter à l’activité de certaines structures du cerveau lors d’un entraînement mental. Nora Volkow du « National Institute for Drug Abuse » américain est parvenue à dissocier l’envie d’une satisfaction d’une dépendance à l’alcool ou la nicotine avec la prétendue « récompense ».

FDA : une aide à la relaxation sans indication médicale

Mais toutes ces séances d’entraînement coûtent beaucoup d’argent; le montant est à quatre chiffres la plupart du temps. Faute de grandes études, l’autorité de santé américaine, la FDA, n’est également pas encore convaincue de l’efficacité du neurofeedback et le classe comme une aide à la relaxation, mais pas encore comme un moyen efficace pour des indications médicales. Par conséquent, les caisses ne remboursent le traitement qu’à titre exceptionnel, tout comme chez nous. Là où les limites entre le biofeedback y compris le neurofeedback et par exemple la biorésonance s’estompent, les positions entre les critiques et les partisans sont encore plutôt figées comme l’ont aussi montrées les réactions à un article sur le biofeedback chez DocCheck à l’automne dernier. Quand il s’agit par exemple de la réhabilitation motrice des patients ayant subi un AVC à l’aide de feeback électromyographique, un Cochrane-Review systématique ne parvient à aucun résultat clair et demande plus d’études.

Au-delà de toutes les indications médicales, les experts spécialisés dans le feedback recherchent déjà d’autres possibilités d’utilisation. Le fMRI-neurofeedback pourrait aider les criminels sociopathes à recouvrer les signaux manquants des amygdales. Car sans qualification négative de leurs actes par les amygdales, beaucoup de criminels ne pourraient pas reconnaitre leur faute; Niels Birbaumer de l’université de Tübingen en est convaincu.

Pour se débarrasser du reproche de charlatanerie coûteuse, les utilisateurs du biofeedback doivent à l’avenir se soumettre à un contrôle de qualité strict. La « International Society for Neurofeedback and Research » américaine a déjà commencé avec cela. Certains membres sont certifiés par le « Biofeedback Institute of America » et se sont engagés à respecter un « Code of Ethics » pour leurs thérapies. Avec d’autres preuves venant d’études et des coûts en baisse, il se pourrait un jour que les caisses puissent être persuadées de l’efficacité du neurofeedback.

14 note(s) (3.43 ø)
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3 commentaires:

pédiatre Ghislaine Debels
pédiatre Ghislaine Debels

j’ai lu et entendu à un congrès de neurologie que le biofeed back pouvait aider pour les migraines, même chez l’enfant. Quelqu’un pourrait-il me donner une ou des adresses de personnes pratiquant cette méthode, ou de formation sur ce sujet?

#3 |
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Médecin

c’est une thérapie d’avenir pour beaucoup de patients.
deux questions me viennent à l’esprit:
1/Pourrions-nous agir sur les troubles moteurs d’origine cerebrale?
2/Pourrions-nous agir sur le comportement des personnes en bien ou en mal?

#2 |
  1

interressant

#1 |
  0


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