Une dépression avec de la mayonnaise S.V.P.!

18. mars 2011
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Les graisses alimentaires ont une influence non seulement sur la santé physique mais aussi sur la santé psychique. Des données montrent que les graisses malsaines comme les acides gras trans augmentent considérablement le risque de dépression. Les acides gras insaturés ont par contre un effet neuroprotecteur.

Ce qui est traditionnellement mis sur la table dans les pays méditerranéens est en quelque sorte une médecine – ce savoir n’est pas contesté et c’est un consensus scientifique. De nombreuses études ont suffisamment prouvé que l’alimentation méditerranéenne possède de nombreuses propriétés salubres. Elle est donc recommandée de manière officielle, entre autres par l’organisation mondiale de la santé (WHO), aussi bien comme moyen de prévention que comme thérapie de soutien des maladies cardio-vasculaires. La liste des indications concernant l’alimentation méditerranéenne est toutefois encore plus longue : diabète de type 2, obésité, douleurs gastro-intestinales et maladies tumorales par exemple. On vient d’y rajouter une autre maladie : la dépression car l’alimentation méditerranéenne influence considérablement le risque de dépression. Elle protège non seulement le cœur et les vaisseaux mais aussi le moral. Un effet qui revient avant tout aux types de graisses consommées.

Un fossé Nord-Sud prononcé

Selon les données des analyses épidémiologiques, ce sont presque 6 millions d’adultes allemands qui font une dépression chaque année. Dans les états membres de la Communauté Européenne, ce sont 20 millions de personnes par an. Il existe des différences énormes entre les pays européens du Nord et ceux du Sud : les dépressions apparaissent beaucoup plus souvent dans le Nord de l’Europe que dans le Sud. Les méditerranéens jouissent ainsi d’une santé psychique meilleure par rapport aux autres européen, avant tout les scandinaves. L’exposition aux UV est incontestablement ici un facteur important. Pourtant le grand fossé Nord-Sud n’est en aucun cas uniquement le résultat de plus ou moins d’heures d’ensoleillement. Les habitudes alimentaires aggraveraient l’état de santé psychique dans les contrées plus au nord. Nous alimentons nous-mêmes le risque de maladies psychiques – c’est ce que vient de confirmer une grande étude de scientifiques espagnols.

« Manger consolide le corps et l’esprit… »

Le projet nommé « Sun Project » vient d’en livrer la preuve scientifique pour la première fois : la santé psychique et particulièrement l’incidence des dépressions dépend aussi de l’alimentation. Un lien qui est discuté et qui fait l’objet de suppositions depuis longtemps. En septembre 2009, une étude conclut par exemple que l’alimentation méditerranéenne réduit le risque de dépression. À l’époque, les scientifiques des universités Navarra et Las Palmas/Gran Canaria n’imputaient pas ce fait qu’à un aliment en particulier. On supposait plutôt que la synergie de plusieurs substances potentiellement salubres était à l’origine de l’effet neuroprotecteur. Comme le découvrit le groupe sous la direction du Dr. Almudena Sánchez-Villegas, ceci tient cependant plus au type de graisses consommées : « Il existe effectivement un lien direct entre la consommation en acides gras divers et l’apparition de dépressions », confirme le Dr. Sánchez-Villegas.

Dans le projet « Sun Project » mené par son équipe, on comptait 12 059 diplômés universitaires – 5 038 hommes et 7 021 femmes – de toute l’Espagne. L’étude de cohorte prospective démarra en 1999 et s’acheva à la fin 2010. À son commencement, aucun des volontaires de l’époque, de 37,5 ans en moyenne aujourd’hui, ne souffrait de dépression. Les habitudes alimentaires des participants du Sun Project furent abordées par email via des questionnaires détaillés en 136 points. La fréquence et la quantité de viande, de produits à base de viande, de poisson, de lait, de produits laitiers, de légumes, de fruits, de noix, de céréales et d’alcool étaient mises en avant. On put ainsi analyser la consommation en acides gras de manière différenciée : « Nous prîmes explicitement en compte l’absorption d’acides gras saturés, d’acides gras trans, d’acides gras insaturés et polyinsaturés », raconte le Dr. Sánchez-Villegas. Dans les tests de suivi, les candidats furent examinés en rapport avec des dépressions. Les scientifiques découvrirent ainsi 657 nouveaux cas après 6,1 années médianes.

Les acides gras trans: le plus grand facteur de risque

Les découvertes du Sun Project confirment de manière impressionnante une thèse étayée pendant longtemps : la consommation croissante de graisses trans et d’acides gras saturés et l’arrivée décroissante des acides gras insaturés n’a pas seulement un effet néfaste pour la santé physique : ils menacent aussi le psyché.
Les acides gras trans représentent le plus grand danger. Contenus avant tout dans les chips, frites, pâtisseries et les produits industriels, ils se révèlent être un facteur de risque redoutable : selon le Dr. Sánchez-Villegas, ils augmentent le risque de dépression de 48 % (p = 0,003). Selon l’opinion des scientifiques du Navarra et de Las Palmas, ce développement préoccupant devrait être encore plus prononcé dans d’autres pays. Avant tout aux États-Unis où la part des calories venant de graisses trans s’élève à 2,5 %. En Espagne par contre, seulement 0,4 % des 36,7 % de la totalité des calories provenant de la graisse reviennent aux graisses trans.

Cardioprotecteur = neuroprotecteur

Les acides gras insaturés et polyinsaturés ont un effet positif sur la santé psychique. Leur influence fut aussi étudiée par l’équipe du Dr. Sánchez-Villegas. Selon ses mots, elle découvrit un lien inverse dépendant de la dose entre l’absorption d’acides gras insaturés (p = 0,053) et polyinsaturés (p = 0,031) et l’apparition de dépressions. La même chose vaut pour les acides gras oméga 3 et oméga 6. L’huile d’olive s’est aussi révélée être neuroprotectrice (p = 0,030) : ce serait avant tout lié aux propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes selon le Dr. Sánchez-Villegas. L’Espagnole rapporte : « Nos résultats montrent que les rapports entre les différents types de graisse et les dépressions sont comparables à ceux entre les maladies cardio-vasculaires et les graisses alimentaires ».

Cardioprotecteur est par conséquent neuroprotecteur aussi. Ceci pourrait être fondé avec des substances qui ont aussi une signification pour les maladies cardio-vasculaires. Les initiateurs du Sun Project font, entre autres, référence ici aux cytokines pro-inflammatoires qui modifient le métabolisme de neuromédiateurs et inhibent l’expression du BDNF, le Brain-Derived-Neurotrophic-Factor. Ce facteur de croissance pourrait jeter un pont vers la neuroprotection. Selon le Dr. Sánchez-Villegas, celle-ci est influencée par la production endothéliale du BDNF : « Des personnes avec des dépressions ont un BDNF de moindre niveau comparé aux personnes saines et les antidépresseurs peuvent faire augmenter celles-ci ». Dans le cadre du Sun Project, on suspecte qu’un profil en acides gras qui améliore les fonctions de l’endothélium pourrait corrélativement protéger aussi des maladies neuropsychologiques.

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2 commentaires:

Dr Philippe CAMPANA
Dr Philippe CAMPANA

Il serait intéressant de lire l’étude originale pour rechercher ce qui, à la lecture de cet article, paraît être le principal biai possible : le lien de causalité de la consommation de graisses à la dépression; il est possible que ce ne soit pas les graisses qui favorisent la dépression, mais simplement les sujets déprimés qui en conséquence (humeur, « facilité de la malbouffe ») consomment plus de graisses; Votre article annonce une démonstration de causalité dont vous n’évoquez nullement le raisonnement. Les auteurs ont-ils évoqué cette problématique et comment l’ont-ils éventuellement exclue ?
Merci.

#2 |
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Dr Bernard MORRE
Dr Bernard MORRE

Très intéressant cela vient recouper le fait que les acides gras insaturés de type oméga trois ont été préconisés dans la dépression (Jean-Louis Servan-Schreiber¿.) Chez les adolescents, ils ont même un effet net contrairement aux inhibiteurs de la recapture la sérotonine (IRS) qui n’ont pas montré d’efficacité dans cette classe d’âge.
Ces acides gras anti-inflammatoires (précurseur des prostaglandines anti-inflammatoires) ont aussi un certain intérêt dans rhumatisme inflammatoire et peut-être dans la prévention de la maladie d’Alzheimer…
Signé: Archimorre

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