Cancer colorectal : l’AAS est sur toutes les lèvres

4. décembre 2013
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Depuis 45 ans, il est prouvé que l’aspirine peut aider dans le cancer du côlon. Les scientifiques ont récemment découvert quels patients atteints de cancer semblent obtenir un bénéfice de petites doses quotidiennes d’aspirine.

Lors de l’European Cancer Congress, qui s’est tenu du 27 Septembre au 1er Octobre à Amsterdam, des scientifiques ont rapporté pourquoi l’aspirine peut apparemment aider seulement certains patients atteints de cancer colorectal à survivre plus longtemps. Une protéine à la surface des cellules malignes joue probablement un rôle clé. Dans le viseur des chercheurs, il y a la protéine HLA de classe 1 (Human Leukocyte Antigen class I), une protéine de surface cellulaire qui est produite par un certain nombre de gènes impliqués dans le maintien de l’ensemble du système immunitaire.

Les plaquettes camouflent les cellules cancéreuses

Le Dr Marlies Reimers de l’Université de Leiden aux Pays-Bas a expliqué l’hypothèse de base : « Nous soupçonnons que les plaquettes sont impliquées dans la propagation du cancer dans le corps. Elles cachent presque totalement les cellules cancéreuses au système immunitaire dans le sang, de sorte qu’elles peuvent s’installer dans des organes étrangers sans être détectées. L’aspirine peut aider à démasquer ces cellules tumorales en agissant sur la formation des plaquettes. Ensuite, le système immunitaire peut à nouveau reconnaître et éliminer les cellules tumorales. »

Étude rétrospective

Le Dr Reimers et ses collègues ont présenté dans leur étude rétrospective des analyses chez des patients qui avaient pris de l’aspirine après un diagnostic de cancer, qui ont été enregistrés entre 1998 et 2007 dans l’Eindhoven Cancer Registry et qui avaient plus de 70 ans. Ils ont testé dans 999 cas quelle quantité de récepteur de surface de HLA-1 et d’enzyme COX-2 étaient présente chez les patients. En outre, les chercheurs ont isolé l’ADN de 663 tumeurs afin d’examiner les mutations dans le gène PIK3CA. En effet, la présence conjointe de l’enzyme COX-2 ainsi que des mutations dans le gène PIK3CA ont été impliquées dans la pathogenèse du cancer colorectal. Il est également connu que l’aspirine inhibe l’enzyme COX -2, qui agit dans environ 70% des tumeurs du côlon.

La protéine de surface HLA-1 semble cruciale

Les évaluations des scientifiques ont montré que seuls les patients prenant de faibles doses d’aspirine (80 mg par jour) dont les tumeurs ont le HLA-1 à leur surface ont obtenu un bénéfice. Si ces patients prennent de l’aspirine, leur probabilité de mourir dans les quatre années suivantes diminue de moitié par rapport aux patients dont les cellules tumorales expriment également HLA-1, mais qui ne prennent pas d’aspirine. Chez les patients qui n’avaient absolument pas de HLA-1, cet effet n’a pas été observé. « HLA-1 pourrait donc être utilisée comme un biomarqueur de ce qui peut être fait, et permettre de savoir quels patients après le diagnostic de cancer colorectal peuvent bénéficier d’une prise d’aspirine », dit le Dr Reimers. « Nos résultats montrent également que la présence conjointe de COX-2 et de mutations dans le gène PIK3CA ne sont apparemment pas liées à un traitement par aspirine. » Jusqu’à présent, nous supposions exactement à l’inverse.

AAS en prévention contre les polypes du côlon

Ainsi, les patients avec une forte expression de la COX-2 n’ont aucun avantage de survie par rapport aux patients ayant un faible taux de COX-2. De cela, le Dr Reimers et ses collègues ont conclu que l’aspirine agit de deux façons différentes contre le cancer : d’une part de manière préventive, et d’autre part sur ​​le contrôle des métastases. Reimers ajoute : « La première voie passe par les mutations PIK3CA et l’expression de COX-2. Cette voie semble être importante dans la prévention du cancer du côlon. Des études familiales ont montré que l’aspirine peut aider à prévenir l’apparition du cancer du côlon en réduisant la formation de polypes dans le côlon. Les polypes sont souvent le précurseur du cancer et leur origine est associée à des mutations dans PIK3CA et l’expression de la COX-2. »

Un coup d’œil sur les effets secondaires de l’aspirine

La deuxième voie concerne les métastases et est liée aux plaquettes, selon Reimers. « Pour le moment, il s’agit encore de spéculation pure, mais il se pourrait bien que l’interaction des plaquettes avec les cellules tumorales HLA-positives qui circulent dans le sang augmente le potentiel métastatique des cellules cancéreuses. L’AAS perturbe cette interaction et empêche ainsi la formation de métastases, qui conduisent finalement à la mort du patient. » Les scientifiques autour du Dr Reimers se réfèrent à d’autres études qui pourraient appuyer leurs constatations. Au Royaume-Uni et en Asie, une étude multicentrique, randomisée, de phase III, (étude ASCOLT) est en cours qui examine l’effet de l’aspirine sur le cancer colorectal. Malgré cette euphorie, il faut jeter un coup d’œil sur les effets secondaires de l’aspirine. Shih-Wei Lai de l’École de médecine de l’Université médicale de Chine, à Taichung, Taiwan, a par ailleurs souligné dans son commentaire sur l’étude que le risque de l’aspirine de provoquer des saignements doit toujours être mis en balance avec les avantages potentiels de ce médicament dans le cancer colorectal.

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2 commentaires:

ide antoinette perquin
ide antoinette perquin

Cela donne de l’espoir … finalement l’aspirine est efficace dans pas mal de pathologies… interessant vu son petit prix.
Antoinette perquin. IDE maladies auto immunes

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Pneumologue SEGHIR BENKHALFALLAH
Pneumologue SEGHIR BENKHALFALLAH

excellent

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