Réseautage dans les amygdales

18. mars 2011
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Celui qui a un vaste entourage a besoin d’un plus grand cerveau pour gérer ses relations. C’est ce que soutient la théorie "Social-Brain". Des chercheurs américains spécialisés sur le cerveau viennent de démontrer que la taille des amygdales est une mesure de la sociabilité de l’homme.

Facebook, Xing et les autres réseaux sociaux permettent de garder contact avec des collègues et amis et de nouer de nouveaux contacts en 2 clics de souris. Pour celui qui veut progresser professionnellement, il n’existe qu’une chose : le réseautage. Celui qui est extraverti et n’a pas peur d’aller vers les autres a plus de facilités. Les analystes du génome n’ont pas encore trouvé les gènes responsables de ce trait de caractère mais pour les neurologues, un grand cercle d’amis et de connaissances semble se refléter aussi dans le réseau du système nerveux central. Celui qui a de nombreuses relations est celui dont les amygdales sont plus grosses que la moyenne. C’est ce que montrent les images de Lisa Feldman Barrett de Boston.

Ses résultats soutiennent l’hypothèse du « Social Brain« . D’après cette théorie, la taille du cerveau va de pair avec la complexité croissante du réseau social autour de chaque individu. Pour gérer tous les contacts et leurs exigences, il a besoin d’un centre de traitement des données tout aussi complexe. Dans le centre du système limbique se trouvent les amygdales qui évaluent nos impressions sensorielles et nous disent ce qui est bon et mauvais, réjouissant et désagréable.

Peu de contacts – des amygdales plus petites

Ce que le groupe de chercheurs vient de découvrir sur l’homme a auparavant frappé des chercheurs spécialistes du cerveau des singes. Plus le réseau dans la horde était vaste et complexe, plus le volume des amygdales s’accroissait aussi. La règle semble valoir aussi chez d’autres espèces d’animaux : celui qui vit dans le groupe n’a pas seulement besoin d’un centre visuel sophistiqué qui traite les impressions visuelles mais aussi de liens pour classer les données entrantes.

Si l’anatomie peut faire la différence entre des espèces avec une vie sociale intensive et des solitaires, est-ce que cela vaut aussi pour les différents types de caractères chez l’homme ? Pour répondre à cette question, Barrett et son équipe ont étudié 58 hommes et femmes d’un âge compris entre 19 et 83 ans avec un cercle d’amis et de connaissances de différentes tailles. Les scientifiques ne s’intéressèrent cependant pas seulement au nombre des contacts réguliers de leurs volontaires mais voulurent aussi savoir à partir de combien de cercles différents ils sont recrutés. Parmi toutes les zones du cerveau examinées, les amygdales furent les seules à présenter une dépendance entre la taille anatomique à l’I.R.M. et le réseau social. Chez les femmes et les hommes mis en relation intensément, l’ordinateur calcula entre autres le double des 2,5 millimètres cubes des plutôt solitaires (moins de 5 à 15 contacts réguliers).

Un dommage aux amygdales enlève la timidité

Avec l’âge, les contacts ont tendance à diminuer. Cela apparaissait dans la statistique et dans la taille des amygdales. Mais ce qui reste pourtant flou, c’est si la taille de ce réseau à émotions est la cause ou bien la conséquence de beaucoup de contacts. Lisa Feldman Barrett pense que « les hommes se différencient dans leurs capacités à mettre en relation les noms et les visages avec des évènements. Quelqu’un avec de grosses amygdales put se souvenir plus facilement des détails ».

Ce n’est pas nouveau : les amygdales jouent un rôle central dans la fréquentation d’autres personnes. Un employé du groupe du neurologue américain connu Antonio Damasio décrit il y a quelques années le cas d’une jeune femme avec une lésion des 2 côtés de ce centre nerveux qui avait perdu toute timidité envers d’autres personnes. La femme attachait une grande confiance même envers les visages effrayants.

Une étude de Masahiko Haruno et Christopher Frith éclaire également sur la gestion de notre cercle de connaissances dans le système nerveux central. Les 2 chercheurs purent reconnaitre à l’activité de leurs amygdales les volontaires qui sont plus fair-play par rapport à ceux qui négocient à leur propre avantage. Et finalement, Turhan Canli de New York constata déjà en 2002 que les personnes sociables ont les amygdales les plus actives.

Les réseaux virtuels ne remplacent pas les amis réels

On peut se faire des contacts dans les réseaux virtuels en l’espace de quelques minutes. Mais on peut se demander si on arrive à combattre la solitude avec des clavardages, forums et messages privés. Comme le montrèrent Shima Sum de l’université de Sydney et ses collègues en 2008 chez des personnes âgées, le manque de vrais amis est encore plus grand quand l’isolation dans la vie réelle pousse à utiliser le réseau social virtuel. Mais celui qui utilise les « communautés » pour entretenir son cercle de connaissances a, avec l’ordinateur, un moyen éprouvé de lutter contre la solitude. D’après une étude hollandaise, cela ne vaut toutefois pas que pour les personnes âgées mais aussi pour les jeunes.

Facebook en Allemagne compte environ 15 millions de membres selon ses propres données. On peut se demander si, avec son aide, on peut faire des personnes timides et intraverties de grands réseauteurs? Les images IRM pourraient délivrer prochainement des indices. Les données du « Center for Digital Future » de l’université de Californie du Sud montrent pourtant que l’estime des réseaux virtuels n’est pas éternelle. En 2010, ils étaient, pour 38 % des hommes de moins de 40 ans, d’aussi grande importance que les contacts de la vie réelle. Ils sont encore de loin plus importants pour les femmes : le taux se monte à 67 %. Une comparaison avec l’année 2007 démontre avec quelle rapidité cela peut changer. À l’époque, la situation était inversée.

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