Revues médicales : vers le sevrage tabagique ?

4. décembre 2013
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L’une des principales revues médicales se sépare enfin de l’industrie de la cigarette. Le risque d’une utilisation abusive de produits mortels est trop important.

Le British Medical Journal (BMJ) vient de passer le pas. Il ne publiera plus d’études qui ont été financées par l’industrie du tabac. Dans un éditorial publié dans leur journal, les éditeurs font savoir qu’ils ne resteront pas là à regarder l’industrie utiliser les journaux pour maintenir une des épidémies les plus meurtrières de notre époque. Outre le journal originel, les revues Heart, Thorax et BMJ Open ont aussi signé l’accord.

Après une longue hésitation

Ainsi, le BMJ suit l’exemple des revues qui ont emprunté cette voie auparavant. Il s’agit notamment de PLoS Medicine, PLoS One, PLoS Biology et le Journal of Health Psychology.
Pour les responsables, suivre ce chemin signifie un revirement complet. En 1996, le journal critiquait l’American Thoracic Society sur leur décision de ne plus publier les études financées par l’industrie du tabac. Dans un éditorial du BMJ, il a été déclaré : « Cette décision est une nouvelle étape dans le combat honorable cette société médicale, mais elle est aussi peu judicieuse », selon les auteurs. Cela menaçait la recherche médicale, le journalisme et la liberté de la société.

Trompés sur les risques du tabagisme

Entre temps, les choses ont beaucoup évolué. Au cours des dernières années, de plus en plus de preuves ont émergé qui ont montré que l’industrie du tabac a intentionnellement faussé les connaissances, caché ou interprété de manière trompeuse des résultats d’études pour semer le doute sur le fait que la cigarette est nuisible à la santé.

Vers la fin des années 90, à cause de procès pour dommages et intérêts aux États-Unis, les cinq grands fabricants de cigarettes, Philip Morris, R. J. Reynolds, Lorillard, Brown & Williamson et l’American Tobacco Company ont été condamnés à payer au cours des 25 années suivantes 200 milliards de dollars de compensation à l’état fédéral. En outre, ils ont dû publier des documents sensibles de leur entreprise, parce qu’ils avaient trompé le public sur les risques réels du tabagisme.

La liberté académique limitée

Des documents qui donnent un aperçu sur les pratiques en Allemagne apparurent aussi. Ainsi, le groupement de l’industrie de la cigarette de l’époque (Verband der Cigarettenindustrie ; VdC), a financé près de 110 projets de recherche entre 1977 et 1991. Sur les documents apparaissent, entre autres, les noms de plus de 60 scientifiques impliqués, y compris des médecins influents, des professeurs d’université, d’anciens présidents de sociétés médicales, ainsi que l’ancien président de l’Office fédéral de la santé.

L’un des documents détaille la manière dont la liberté académique a été limitée par les sponsors : « Le groupement (VdC) doit exercer un contrôle total sur la conception des expériences, le droit des chercheurs de publier ou non, etc. De même, ces projets doivent être gardés confidentiels par rapport à l’extérieur. » La publication et la discussion de cette approche n’ont pas conduit à supprimer l’influence de cette industrie.

Les lobbyistes de la législation de l’UE

Le magazine de nouvelles britannique Observer a rapporté récemment que la compagnie de tabac Philip Morris a mis en place 161 lobbyistes pour combattre la législation européenne – apparemment avec succès. Les députés devraient se prononcer sur une nouvelle directive qui devait contribuer à réduire les décès dus à la consommation de tabac. Cela comprenait de l’interdiction d’additifs, la vente exclusive des cigarettes électroniques dans les pharmacies ou la reproduction d’images de mise en garde sur l’emballage. Finalement, le vote du Parlement européen a été reporté pendant des mois. Certes, de nombreuses demandes d’opposants aux cigarettes sont déjà reconnues, mais elles ne pouvaient pas l’emporter.

« L’industrie du tabac n’a pas vraiment changé, la cigarette – le produit de consommation le plus meurtrier jamais créé – est toujours sur le marché et est devenue agressive », écrit le BMJ. Sa décision est donc saluée par beaucoup comme un coup nécessaire à l’industrie du tabac. Les critiques reprochent, cependant, le paternalisme qui va avec.

L’argent joue un rôle !

Les chercheurs sont tributaires de l’argent et il provient souvent de l’industrie. Même l’industrie pharmaceutique a des intérêts, et son influence sur les résultats des études a été souvent démontrée. Cependant, la recherche scientifique ne peut se permettre de renoncer à tous les donateurs. En outre, les lecteurs peuvent aussi évaluer la qualité des études elles-mêmes, tant que les liens financiers sont tous divulgués.

Pour les rédacteurs du BMJ cet argument n’est pas valable, parce que les résultats de l’étude et leur interprétation seraient manifestement influencés par les intérêts des donateurs. Pour les lecteurs, les différences sont difficiles à voir. Même l’examen par les pairs ne peut permettre de découvrir avec certitude tous les défauts méthodologiques et autres analyses trompeuses.

Conflit d’intérêts

Le rôle des revues médicales est aussi de réduire les maladies dans la population par la publication d’études. L’industrie du tabac a, cependant, voulu promouvoir son produit. Ces intérêts divergents sont considérés par le rédacteur en chef du BMJ comme fondamentalement incompatibles.

12 note(s) (4.92 ø)
Médecine

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2 commentaires:

Professeur BENNANI Mohamed Abdellatif
Professeur BENNANI Mohamed Abdellatif

Une excelente nouvelle

#2 |
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pharmacienne fatima bensouna
pharmacienne fatima bensouna

j’ai besoin des articles dans le domaine de l’industrie pharmaceutique

#1 |
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