Troubles de l’anxiété : gestion dans le lit

14. novembre 2013
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Pour la première fois, des chercheurs ont été en mesure d’atténuer des craintes spécifiques durant le sommeil. La durée du sommeil semble jouer un rôle important. Cette nouvelle approche pourrait être utile dans le traitement des phobies.

L’efficacité de la thérapie d’exposition dans le traitement des troubles anxieux a déjà été démontrée dans de nombreuses études. Le patient doit être mis dans une situation effrayante, sous la direction de son thérapeute, jusqu’à ce que l’angoisse disparaisse. Il est aussi certain que le sommeil est un processus important pour la consolidation de la mémoire humaine. Les scientifiques de l’Université Northwestern à Chicago, Etats-Unis, ont récemment utilisé ces deux méthodes avec succès pour la résolution de peur conditionnée chez leur patients.

Anxiété liée à des odeurs

Dans leur étude, récemment publiée dans la prestigieuse revue Nature Neuroscience, les scientifiques ont généré des craintes pour chacun des 15 participants en montrant deux images de visages humains et en les exposant parfois à des chocs électriques légers lorsqu’ils regardaient une certaine photo. Dans le même temps ils ont lié chaque image avec une odeur particulière comme le citron, la menthe poivrée, des nouvelles baskets, le clou de girofle ou le bois. Les scientifiques ont mesuré la peur grâce à la conductivité électrique de la peau de leurs sujets. Elle est directement liée à la production de la transpiration par la peau en cas de peur. En parallèle, les chercheurs ont enregistré des changements dans les régions du cerveau qui sont actives dans le conditionnement olfactif.

Exposition : odeur dans le sommeil

Ensuite, les sujets se sont allongés pour une courte sieste d’une heure environ. Alors que les participants à l’étude ont dérivé dans un profond sommeil, les scientifiques ont exposé à nouveau chaque sujet avec l’odeur qu’ils avaient sentie en regardant l’une des deux images.

Tout d’abord, la conductivité électrique de la peau a augmenté – un signe que les odeurs associées à la peur activent des souvenirs. Au fil du temps, la production de transpiration au niveau de la peau a cependant diminué. Au cours de l’état de veille, les sujets étaient moins anxieux lors de la visualisation de l’image correspondante que ceux qui ont regardé la photo avec son odeur à laquelle ils n’avaient pas été exposés au cours de leur sommeil. L’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle à haute résolution a montré une modification de l’activité des amygdales après que la crainte des sujets ait disparu. Les amygdales font partie du système limbique, et contribuent au développement de l’anxiété. Il semble que le sommeil soit impliqué de façon significative pour se débarrasser de la peur apprise. Mais le même dispositif expérimental n’a montré aucun effet de diminution de l’anxiété lorsque les sujets ont regardé un documentaire sur la nature au lieu d’avoir fait une sieste.

Durée du sommeil cruciale

Le Dr. Jan Born, neurobiologiste à l’Université de Tübingen, n’était pas impliqué dans l’étude. Les résultats de l’étude de ses collègues de Chicago furent décrits à DocCheck comme très surprenants par le lauréat du Leibniz. « Cette étude est intéressante car elle présente quelque chose de totalement inattendu », a-t-il dit. Le Prof Born et ses collègues ont publié en Juillet de cette année les résultats de leur étude dans laquelle ils ont examiné comment des sujets ont pu se rappeler une situation anxiogène conditionnée après une nuit de sommeil ou sans sommeil. Les bénévoles sans privation de sommeil ont subi beaucoup plus de crainte que leurs camarades qui s’étaient vu refuser le sommeil – à première vue un résultat contraire à celui de la présente étude. Le prof Born l’explique ainsi : « Cet effet est probablement dû à la durée de sommeil paradoxal chez les sujets. » De courts épisodes de sommeil, comme examinés dans l’étude des collègues de Chicago, ont peu ou pas de phases de sommeil paradoxal, qui sont censées consolider les souvenirs émotionnels. La durée du sommeil pourrait être décisive, si bien que les souvenirs anxieux sont supprimés ou amplifiés. « Je soupçonne que le sommeil paradoxal est particulièrement important pour la manifestation définitive de la mémoire de la peur », a déclaré le professeur Born. Les chercheurs du sommeil trouvent particulièrement intéressant de répéter l’étude de leurs collègues avec une phase de sommeil de nuit au lieu de seulement une heure de sieste.

Approche thérapeutique potentielle pour les phobiques

La responsable de l’étude, le Dr Katherina Hauner de la Feinberg School of Medicine de la Northwestern University, voit dans les résultats de son étude le potentiel pour de futures stratégies thérapeutiques en combinaison avec des approches d’exposition à des phobies. Ils ont émis l’hypothèse que la thérapie d’exposition à travers des actions spécifiques durant le sommeil des patients peut être potentiellement renforcée. Mais les chercheurs ne sont pas encore si loin. Dans cette étude, des souvenirs anxiogènes ont été générés dans un bref délai puis éliminés, remarquent les auteurs. Ce n’est pas nécessairement la réalité vécue par les patients souffrant de troubles phobiques. Ces troubles se développent souvent pendant de nombreuses années jusqu’à ce qu’ils soient identifiés puis éventuellement traités. Savoir si des souvenirs existants à long terme puissent être affaiblis de la même manière fera l’objet de recherches futures.

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