Neuro-amélioration : Terminator reloaded ?

15. novembre 2013
Share article

Les étudiants le font, les médecins aussi, ne parlons pas des célébrités – améliorer son mental n’est pas un phénomène marginal. Mais cela est aussi possible sans médicament, grâce à des interférences physiques-électriques sur le cerveau. Selon une étude, ces méthodes pourraient être mises à profit dans l’armée.

Sommes-nous sur la voie de passer d’une méritocratie vers une société de la performance, dans lesquelles nous sommes de plus en plus exploités et instrumentalisés ? C’est ce que se demande Armin Grunwald, directeur de l’office parlementaire allemand d’évaluation technologique (TAB) et professeur de philosophie de la technologie à l’Institut de Philosophie du KIT dans un livre récent.

Le fait est certain : depuis des temps immémoriaux, les gens ont essayé de s’optimiser physiquement et mentalement, que cela soit avec des médicaments ou des drogues. Quand il s’agit d’un biceps épais et d’une très longue respiration, on parle maintenant de dopage ; si le cerveau peut se surdévelopper – euphémisme scientifique – on appelle cela du « neuroenhancement » ou « neuro-amélioration ». En général, des médicaments ou des produits pharmaceutiques psychoactifs sont utilisés, des boissons alcoolisées et contenant de la caféine aux préparations d’amphétamines.

Parfois de l’alcool, parfois des tablettes Stuka

Chez les militaires aussi, l’utilisation de drogues psychoactives améliorant les performances ne sont certainement pas une invention du 21e siècle. Dans les temps anciens, de nombreux anciens combattants ont probablement trouvé le courage nécessaire à continuer grâce à l’alcool. Il est maintenant connu du public que la neuro-amélioration pharmacologique dans les armées modernes n’est pas un tabou, par exemple en 2003 : deux pilotes de l’US Air Force avaient accidentellement tué quatre soldats canadiens en Afghanistan et fait plusieurs blessés – pour être en forme, les pilotes américains avaient pris des pilules stimulantes contenant des amphétamines (Dexedrine).

Electro-boom

Aujourd’hui, tout est de plus en plus électrique, pas seulement dans la construction automobile et la médecine, mais aussi pour ceux qui veulent être ou rendre d’autres personnes très intelligentes. Quoi qu’il en soit, l’ère des pilules psychologiques tend à sa fin, a récemment écrit le psychologue clinicien Dr Vaughan Bell dans le journal britannique « The Guardian ». Plutôt que d’être basée sur le développement de médicaments psychotropes, la recherche sera de plus en plus axée sur l’intervention physique sur le cerveau. Un exemple bien connu est la méthode neurostimulative dont l’utilisation a explosé ces dernières années. Autre exemple, les méthodes optogénétiques, des méthodes expérimentales au cours desquelles des neurones génétiquement modifiés de manière spécifique sont influencés de façon très précise par le biais de la lumière. L’électricité expérimente dans le domaine médical depuis plusieurs années une sorte de renaissance, selon l’historien médical de Leipzig, le professeur Holger Steinberg.

Neuromodulation : établie chez les patients

Les méthodes de neurostimulation ou neuromodulation ont gagné une place de plus en plus importante en médecine au cours des dernières années. Elles sont étudiées et appliquées à des patients atteints de maladies très différentes. Le spectre des indications va de la douleur aux maux de tête, et passe par la dépression et les psychoses comme la schizophrénie, en passant par les troubles du mouvement et les acouphènes ainsi que l’obésité, l’anorexie mentale et la maladie d’Alzheimer. En vogue depuis plusieurs années, il y a, outre la stimulation cérébrale profonde (DBS), des procédures de stimulation non invasives, comme la stimulation magnétique transcrânienne répétitive (SMTr) et la stimulation transcrânienne à courant continu (STCC). Un certain nombre d’études ont démontré les avantages de telles pratiques pour les personnes souffrant de différentes maladies.

Politiquement correct, compatible socialement

De plus en plus d’études ont également montré que l’on peut obtenir, même chez les personnes saines des effets positifs avec les méthodes de neurostimulation, par exemple sur la motricité, l’attention et la mémoire. Le comportement peut aussi être influencé, comme la volonté de dire spontanément la vérité, mais aussi la capacité à mentir, ainsi que la capacité de reconnaître et de répondre aux menaces rapidement. Ces méthodes peuvent également être appliquées dans les sciences du sport et de l’entraînement. D’après des expériences de neuroéconomiste suisses, ces méthodes non invasives peuvent même accroître la volonté de se soumettre à des normes sociales et de se comporter de manière conforme à la norme afin de rester ou devenir socialement acceptable.

Cela séduit pour les militaires

Il n’est donc guère surprenant que les militaires et autres organes de sécurité soient intéressés par les progrès des neurosciences. Les méthodes de neuromodulation comme les méthodes de stimulation non invasive ne sont qu’un exemple des méthodes qui les attirent. Plusieurs résultats expérimentaux confirment l’hypothèse que les méthodes de neurostimulation non invasives pourraient également être utilisées pour les soldats et autres personnels de sécurité, écrit une équipe d’auteurs dirigée par le Dr Jean Levasseur-Moreau de l’Université de Laval au Québec dans les « Frontiers in Human Neuroscience ». Mais il reste encore quelques problèmes à régler, à savoir si les résultats expérimentaux pourraient être transférés dans la vie réelle et si les effets désirés sont réalisables. Et, bien sûr, les aspects de moralité et de sécurité doivent être intensément discutés.

Le grand Mais

Les deux scientifiques, le Dr Bernard Sehm et le Dr Patrick Ragert de l’Institut Max Planck de sciences cognitives et neuronales de Leipzig, ont à ce sujet de nombreuses préoccupations. Par exemple, la question de déterminer si un militaire peut simplement refuser une telle intervention médicale, ou si une telle thérapie n’est pas fondamentalement contraire à l’autonomie des personnes concernées. Difficile de savoir si les soldats qui auraient été traités seraient responsables de leurs actions, par exemple lors de combats. Un autre aspect est l’effet à long terme sur la santé : il est possible que les effets négatifs compensent ceux positifs, de sorte qu’il pourrait à la fin s’agir d’un résultat nul. Surtout, il s’agit d’une entreprise potentiellement très dangereuse d’appliquer les connaissances acquises en laboratoire dans le monde réel des conflits militaires, pour ainsi dire, sur le champ de bataille.

Les procédures de neurostimulation non invasives et les substances psychoactives ne sont d’ailleurs pas les seules options pour améliorer un cerveau sain : depuis longtemps, les scientifiques et les techniciens font des recherches sur des implants cérébraux pour l’amélioration cognitive, comme l’écrit le bioéthicien, le Dr Frédéric Gilbert, dans un livre récent. Cela ressemble encore fortement à des visions. Toutefois, « une fois découvert, le savoir ne peut être repris », comme le déclare le scientifique malade Möbius dans la comédie de Friedrich Dürrenmatts « Les Physiciens ».

16 note(s) (4.88 ø)

Comments are exhausted yet.

Langue:
Suivre DocCheck: