Traumatisme crânien : boum, boum, badaboum ?

20. avril 2011
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On sait de manière sûre que boxer en professionnel n’est pas bon pour le cerveau sur le long terme. On ne sait cependant pas vraiment si d’autres genres de sport ne peuvent pas aussi provoquer des dommages neurodégénératifs au cerveau. Les discussions se portent actuellement beaucoup sur le football américain. Il n’existe cependant pour l’instant que des anecdotes.

L’encéphalopathie traumatique chronique (ETC) est considérée comme une maladie neurodégénérative avec des symptômes neurologiques et psychiques dont la cause externe est généralement des violences multiples à la tête. On ne parle cependant pas d’un traumatisme crânio-cérébral grave avec des saignements intracrâniens par exemple, mais plutôt d’un traumatisme bénin, décrit par le terme « concussion » en anglo-saxon. Une « concussion » est définie comme un dommage cérébral traumatique dû à une violence soudaine, directe ou indirecte à la tête, au visage ou à la colonne cervicale.

Les symptômes sont très variés : ils vont de la perte de conscience en passant par les vertiges, maux de tête, déficits cognitifs jusqu’aux troubles comportementaux, troubles du sommeil et dépressions. On suppose depuis longtemps que les « concussions » fréquentes peuvent entraîner des dommages chroniques au cerveau. En 1928 déjà, le pathologue américain Harrison Martland du New Jersey au « JAMA“ décrivit des troubles neurologiques chez les boxeurs comme « punch drunk“, en 1937, le terme fut introduit pour décrire la démence pugilistique.

Le choc de cas mortels excitants parmi des ex-sportifs

Le magazine spécialisé américain « Clinics in Sports Medicine » vient de consacrer une édition complète à ce sujet; il existe même depuis 3 ans à Boston un centre de recherche spécialisé sur l’ETC : le « Center for the Study of Traumatic Encephalopathy » (CSTE). Les raisons de l’intérêt actuel des scientifiques sur le sujet sont entre autres les cas de maladies mais aussi de décès d’anciens sportifs professionnels. Par exemple l’ancien joueur de hockey sur glace canadien, Bob Probert, est ainsi décédé en 2010 à l’âge de 45 ans : il était considéré comme un joueur brusque. Probert mourut d’une défaillance cardiaque mais l’autopsie au CSTE révéla une ETC.

Et il y a seulement quelques semaines, Dave Duerson, ancien joueur de foot de 50 ans, probablement dépressif, s’est donné la mort. Dans une lettre d’adieu, il demanda à ce que son cerveau soit mis à la disposition de la « CSTE Brain Bank » qui est financée par la ligue de football américaine et qui est établie au « Bedford VA Medical Center » (Boston, Massachusetts). Cette banque de tissus est encadrée scientifiquement par le Dr. Ann McKee, co-directrice du CSTE, qui, avec ses collègues, examine depuis plusieurs années déjà le tissu cervical des sportifs décédés par rapport aux signes d’une ETC. Une autre raison de l’intérêt accru est cependant aussi le fait que les traumatismes crânio-cérébraux ou les « concussions » pourraient avoir augmenté ces 2 dernières décennies.

Selon le Dr. Daniel H. Daneshvar du centre d’Alzheimer de la « Boston University School of Medicine », ceci pourrait être une augmentation en apparence – comme une conséquence d’un diagnostic amélioré – mais pourrait être aussi réelle étant donné qu’il y a des collisions entre sportifs de plus en plus souvent et que la violence aurait augmenté. De plus, les femmes seraient plus souvent touchées par un tel traumatisme crânio-cérébral et souffriraient plus tard et plus souvent que les hommes de séquelles neurologiques et psychiques, explique le Dr. Tracey Covassin de la « Michigan State University ». Il serait possible que la cause de ceci soit des rapports biomécaniques différents mais aussi éventuellement que les hommes dissimuleraient plus souvent leurs blessures, spécule Daneshvar.

Des dommages chroniques seulement assurés chez les boxeurs professionnels

Bien que les dommages cérébraux chroniques soient connus depuis plus de 80 ans comme étant la conséquence de blessures crânio-cérébrales fréquentes ou soient discutées, beaucoup de choses ne sont encore pas claires. Selon le neuropsychologue, le Dr. Gary S. Solomon, installé à Nashville, la plupart des études existant sur le sujet se contredisent ou sont pertinentes mais seulement de manière limitée. Ce qui est relativement évident, c’est que boxer peut provoquer des dommages cérébraux avec des troubles neurologiques et psychiques sur le long terme. Ceci aurait été scientifiquement prouvé chez les boxeurs professionnels mais pas sur les boxeurs amateurs et autres sportifs, explique Solomon. Selon toute vraisemblance, ce n’est toutefois pas seulement la violence fréquente à la boxe qui favorise les lésions cérébrales chroniques. Selon Solomon, le danger de tels dommages à long terme est avant tout élevé chez les boxeurs qui ont aussi un risque génétique plus élevé (allèle apolipoprotéine E4) d’une démence d’Alzheimer. En tout, le risque doit être cependant plus faible dans le sport de boxe moderne qu’au début du 20ième siècle étant donné qu’autrefois un boxeur était en moyenne actif presque 20 ans. Ce ne sont en moyenne que 5 ans aujourd’hui. Par ailleurs, l’assistance médicale est aujourd’hui meilleure.

Le diagnostic clinique de l’ETC est très incertain

En général, les symptômes de l’ETC apparaissent seulement quand les sportifs ne sont plus actifs. L’entourage, comme la conjointe, observe souvent que son mari a changé, qu’il se comporte différemment. Les déficits cognitifs et les troubles de la mémoire font également partie des symptômes possibles; la maladie progressant, des tremblements et des problèmes de langage surgissent aussi. Des troubles du comportement graves surviennent sans cesse. Le diagnostic clinique d’une ETC est toutefois incertain étant donné qu’il n’y a par exemple aucun consensus sur les critères diagnostiques. Un diagnostic moitié plus sûr est par conséquent possible seulement après la mort grâce à des examens neuropathologiques comme ceux que mènent McKee et ses collègues. Mais il n’y a jusqu’à présent aucun consensus sur les critères neuropathologiques pour le diagnostique de l’ETC.

Des découvertes ETC : atrophie et tau agglutiné

Les chercheurs autour de McKee ont jusqu’à présent publié les résultats d’autopsie de 46 sportifs (39 boxeurs, 5 joueurs de football américain, un lutteur et un joueur de foot). L’âge moyen lors de l’autopsie confirme que les prétendus cas d’ETC se situeraient à presque 43 ans, rapporte le Dr. Brandon E. Gavett, collaborateur de McKee. Selon Gavett, des découvertes neuropathologiques sont entre autres une atrophie cérébrale, des corps mamillaires amoindris et des dépôts de la protéine tau agglutinée – comme dans le cas de la maladie d’Alzheimer. Dans le cas de l’ETC, les larges plaques d’amyloïde manquent toutefois.

Seule la thérapie symptomatique est possible

Les scientifiques espèrent bien entendu pouvoir établir, déjà cliniquement, le diagnostic aussi tôt que possible, par exemple avec des bio-marqueurs dans le liquide et des procédés d’imagerie, comme par exemple la spectroscopie-tomographie RMN. Il n’existe cependant pas de thérapie causale comme pour la maladie d’Alzheimer et d’autres maladies neurodégénératives. Seule une thérapie symptomatique est possible, par exemple des troubles du sommeil avec la trazodone, des maux de tête post-traumatiques et des dépressions avec des antidépresseurs. Selon le Dr. William P. Meehan du « Children’s Hospital Boston », le méthylphénidate est envisageable en cas de troubles de la concentration; pour les troubles de la mémoire, on a aussi examiné les anti-démences classiques comme la rivastigmine et le donépézil et au-delà bien évidemment aussi les thérapies non-pharmacologiques. Meehan nous dit que l’on devrait cependant toujours considérer le fait que les risques des thérapies puissent être éventuellement plus grands que l’utilité possible. La prévention est de toute façon meilleure que n’importe quelle thérapie. Il n’existerait malheureusement aucune preuve suffisante que des casques pourraient vraiment protéger des suites des fréquents traumatismes crânio-cérébraux légers dans le sens d’une « concussion » dit Daniel H. Daneshvar.

Le jeu de la frappe à la tête est sans danger

Il existe cependant aussi une bonne nouvelle, du moins pour les joueurs de foot et leurs fans. Malgré qu’un ballon de foot puisse voler à plus de 100 km par heure et que les collisions ballon-tête soient relativement fréquentes, le jeu de foot ou plus précisément de la frappe à la tête ne rend pas « idiot » sur le long terme; des suppositions qui reviennent en permanence. Car d’une part, la collision avec la balle n’arrive pas par surprise la plupart du temps et le joueur y est donc préparé, d’un autre côté, les forces agissant sur le front sont la plupart du temps faibles en comparaison. Les traumatismes de rotation comme dans le cas d’un choc de côté, temporal sont plutôt une exception. Des causes plus dangereuses et plus fréquentes d’une blessure crânio-cérébrale sont, au foot et selon Daneshvar, des collisions directes tête-tête ou bien encore le contact avec un poteau. Il n’y a pas de preuves que le jouer au foot s’accompagne d’un risque plus élevé de lésions cérébrales neurodégénératives.

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