Cancer : le mot malin

5. novembre 2013
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Plus le choix des mots lors du diagnostic est drastique, plus les patients acceptent les thérapies agressives. Comme les sur-traitements peuvent se retourner contre eux-mêmes, les médecins veulent changer le vocabulaire en cas de cancer. La demande semble cohérente, mais elle a des faiblesses.

« Vous avez un cancer ! » En dépit de toutes les options de traitement, ce diagnostic n’a jusqu’à présent pas perdu son aspect terrifiant. Beaucoup de patients qui y sont confrontés par leur médecin sentent leur existence menacée, ou en tout cas se dirigeant hors des sentiers battus. Cela est compréhensible s’ils veulent débarrasser leur corps de la tumeur maligne – mais aussi quand ils n’ont qu’à attendre et voir.

Récemment, par exemple, une alternative dans le carcinome canalaire in situ (CCIS) a été démontrée. Une femme sur cinq atteintes d’un cancer du sein nouvellement diagnostiqué reçoit ce diagnostic. En général, la tumeur est enlevée chirurgicalement ou irradiée. Cependant, le CCIS n’est pas à proprement parler un vrai cancer, mais un précurseur. Et le risque qu’un véritable cancer se développe est, en cas des cellules tumorales faiblement malignes, d’environ 20 pour cent sur ​​une période allant jusqu’à 40 ans. Au lieu d’une thérapie, il serait donc également question de réaliser des contrôles réguliers.

Le cancer doit disparaître, pas les cellules anormales

Cependant, une fois que le cancer est mentionné, il semble difficile de proposer cette procédure. C’est ce que les chercheurs concluent d’une étude dans laquelle le diagnostic de CCIS fictif fut présenté une fois comme « cancer non invasif », une fois comme « lésion du sein » et une fois en tant que « cellules anormales » à 394 femmes saines. Les conséquences possibles de cette maladie ont été décrites de manière identique. Ensuite, les femmes devaient choisir laquelle des trois stratégies de traitement elles préféraient dans les trois scénarios : ablation chirurgicale de la tumeur, traitement médicamenteux ou monitorage actif.

Si le CCIS a été décrit comme « cancer du sein », 47 pour cent des femmes optent pour la chirurgie, 34 pour cent avec le mot « lésion mammaire » et seulement 31 pour cent avec « cellules anormales ». Les différences étaient significatives. Inversement, la proportion de celles qui voulaient une surveillance active est passée de 33 à 48 pour cent, et le traitement médicamenteux fut à chaque fois choisi par environ 20 pour cent. Selon la manière dont le médecin donne son diagnostic, il change également de manière évidente le traitement préférentiel du patient.

Un mécanisme du sur-traitement ?

Ce résultat semble confirmer les idées des médecins qui voient dans le choix des mots un mécanisme pour les sur-traitements. Ils soutiennent que les tumeurs peuvent aujourd’hui être découvertes dans les premiers stades de développement. Cela comprend aussi des lésions précancéreuses et des tumeurs à croissance lente dont le patient n’aurait jamais eu connaissance. Ainsi, le mot « cancer » correspond à l’heure actuelle à un large éventail de tumeurs avec des pronostics très différents, alors que le fait qu’il s’agisse d’une maladie potentiellement mortelle est inscrit dans l’esprit des patients, ce qui influe sur les préférences de traitement. Les concernés demanderaient donc même pour des tumeurs à faible risque des traitements qui ne prolongeraient pas la vie d’un iota, mais sont accompagnés de quelques risques et effets secondaires.

Certains médecins demandent donc qu’à l’avenir, seules les tumeurs qui se développent rapidement sans traitement soient appelées cancer. Pour celles qui ont un potentiel de risque faible – comme celles par exemple souvent rencontrées dans le sein, le poumon, la prostate et la thyroïde – des termes qui sonnent moins dramatiques devraient être trouvés. Comme propositions, des constructions telles que « néoplasie intra-épithéliale », « tumeur épithéliale à faible potentiel de malignité », ou « lésion indolente d’origine épithéliale » (en anglais : « indolent lesion of epithelial origin IDLE ») circulent.

Les patients préfèrent le côté sécuritaire

Même si l’approche est compréhensible, elle a ses faiblesses. Ainsi les médecins ne peuvent guère estimer comment une tumeur faiblement maligne va se développer dans un cas particulier. Mais il s’agit précisément de la condition préalable avant de se lancer dans des terminologies sémantiques, selon les critiques. Mis à part cela, une relativisation des risques pourrait passer à côté des besoins des patients. Ainsi les participants à une étude du programme de dépistage du cancer du sein britannique dirent qu’ils préfèrent accepter les inconvénients d’un sur-traitement que ceux d’un sous-traitement.

Une nouvelle formulation du diagnostic de cancer peut être raisonnable, mais il devrait être accompagné par d’autres mesures. Cela comprend, entre autres, un diagnostic avec l’explication de toutes ses conséquences – peu importe si le terme « lésions indolentes d’origine épithéliale » est sélectionné ou si on a simplement parlé de cancer. Savoir si les médecins sont conscients de la puissance de leurs paroles dans chaque situation, cela reste une question ouverte pour le moment.

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