Le cholera change d’image

20. mai 2011
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Des épidémies comme le choléra menacent là où les eaux usées ne sont pas (ou plus) épurées et où une eau potable propre devient une denrée rare. La bactérie vibrio cholerae n’apparait cependant pas seulement dans les eaux usées mais aussi dans les eaux littorales chaudes. Le germe va-t-il revenir en Europe?

500 kilomètres sont une grande distance. Pas seulement pour les agents pathogènes mais aussi pour la menace présente dans notre tête. Le Bangladesh et Haïti se trouvent à peu près à la même distance de l’Allemagne. Les 2 pays sont actuellement des régions de propagation connues du vibrio cholerae, le responsable de la diarrhée redoutée. Le cholera, c’est un thème qui revient aux informations concernant les régions touchées par des catastrophes et les pays en voie de développement. Mais en Europe, voire en Allemagne ? Grâce à l’épuration des eaux usées et une eau potable fraîche contrôlée en permanence, nous sommes actuellement hors de danger, n’est-ce pas?

Les vibrions européens aiment les étés chauds

Des microbiologistes découvrirent il y a environ 15 ans des germes de vibrio cholerae dans l’eau de mer près de la Sicile. Un cousin proche, le vibrio vulnificus, fait régulièrement son apparition dans la mer Baltique particulièrement quand la température de l’eau est de 20 degrés. En 1994 au Danemark, le germe déclencha 11 cas de maladie avec des infections de plaies lors de l’été particulièrement chaud; pendant les années « normales », ce sont 3 à 4. En 2006, les autorités sanitaires purent isoler les germes d’une souche non pathogène de vibrio-cholerae dans les eaux de baignade à Thüringen mais aussi dans le lac de Neusiedl. L’eau n’avait en aucun cas été contaminée par d’autres bactéries d’origine fécale.

L’Institut Robert Koch met en garde contre une panique exagérée : « les cas autochtones (de cholera) n’ont pas été signalés ces dernières années ». De 2001 à 2009, il y eut 8 patients qui avaient été contaminés par la maladie à l’étranger. Il existe toutefois des microbiologistes renommés qui mettent en garde contre un retour de la maladie en raison du changement climatique.

À l’écart de la colonisation humaine

Celui qui observe l’apparition de la maladie sur le globe remarquera que des personnes sont contaminées toute l’année dans les pays proches de l’équateur. Dans les pays situés en région subtropicale, la fréquence varie avec les saisons – un indice que le manque d’hygiène n’est responsable qu’en partie de la multiplication des germes et que le climat a une part importante de responsabilité. La maladie est réapparue pour la première fois après 100 ans en 1991 au Pérou et est à l’origine depuis de nombreux cas de maladie pendant les mois chauds. À Haïti également, il n’y eut pas de choléra pendant près d’un siècle avant le tremblement de terre.

Rita Colwell fut pendant longtemps la directrice de la « National Science Foundation » américaine et enseigne aujourd’hui à l’université au Maryland. Ses recherches montrent que la bactérie peut aussi se propager indépendamment de l’homme. Lors de ses recherches dans le Golfe du Bengale mais aussi près de chez elle dans le Chesapeake Bay, elle découvrit des germes de vibrio cholera indépendamment d’une colonisation humaine. Le fait que le cholera ait la possibilité de se propager également en dehors du fait des humains a fait l’objet de nombreuses controverses pendant longtemps. Les thèses de la scientifique spécialisée sur l’environnement font encore l’objet de polémiques, notamment au sein du monde médical. Matthew Waldor, infectiologue de l’université de Harvard dit : « Quand le cholera voyage avec l’environnement, (…) on ne peut alors pas l’éviter ». De telles déclarations ne font pas plaisir à ceux qui développent et commercialisent les vaccins.

Une menace aussi pour l’Europe?

Il existe cependant toujours plus d’indices que les variations climatiques déterminent également combien de personnes seront atteintes par la maladie. L’apparition et la propagation de la maladie infectieuse augmentent aussi avec la fréquence croissante des « phénomènes El Niño » – des courants marins chaud apparaissant de manière cyclique – devant le Bangladesh ces dernières décennies. Le risque d’une infection est ainsi multiplié par 2 ou 3 avec l’augmentation de la température de l’eau de 5°C après 6 semaines. Colwell prévient que le risque augmente ainsi aussi pour l’Amérique du Nord et l’Europe : « Nous pourrions être au début d’une série d’épidémies d’une ampleur que l’on n’a plus vue depuis 100 ans ».

Du plancton à l’homme

Et elle a aussi des doutes sur la thèse selon laquelle des germes népalais apportés par des aides des Nations Unies seraient les seuls responsables de la propagation de la maladie à Haïti, comme le suppose un rapport du New England Journal. La journaliste scientifique cite ainsi l’experte sur le cholera Sonia Shah : « les données que nous avons rassemblées au cours des 40 dernières années montrent que les bactéries font partie du régime d’eau naturel »… « et les données moléculaires et génétiques indiquent de plus en plus que les épidémies sont un phénomène local ». La détermination du code génétique seule donne uniquement une indication sur l’origine de l’agent pathogène. Car les vibrions peuvent échanger entre eux le matériel génétique indépendamment de leur propagation. Différents sérogroupes se mélangent aussi. Des épidémies extrêmement violentes apparaissent de ce fait également après une longue absence.
Un hôte important du vibrio cholerae est, mis à part l’homme, le zooplancton qui se nourrit à son tour de plancton végétal. Les oiseaux aquatiques deviennent aussi des vecteurs de la maladie via la chaîne alimentaire. Les plantes aquatiques, les protozoaires et même la roche sédimentaire sont tout autant un point de départ pour la poursuite de la propagation et la possibilité de toucher aussi l’homme. Cela se produit particulièrement quand les eaux usées riches en éléments nutritifs engendrent une prolifération d’algues et favorisent ainsi la multiplication du zooplancton.

Filtration de l’eau et vaccination

Dans le « Lancet » du 8 avril 2011, Jason Andrews et Sanjay Basu du Bostoner Harvard Medical School prédisent, d’après leur modèle mathématique, environ 800 000 cas et 11 000 morts jusqu’à décembre 2011 en Haïti; le nombre des victimes se monte actuellement à environ 250 000 cas et presque 5 000 morts. Science cite ainsi l’épidémiologiste français Renaud Piarroux : si les quelques aides népalais étaient à eux seuls responsables de l’épidémie, ils auraient « dû contaminer des douzaines de patients et conduire des centaines de litres de selles contaminées dans les eaux usées ».
Comment pourrait-on maintenant reprendre en main l’épidémie ? Vacciner seulement 50 % de la population dans les zones à haut risque aurait réduit de moitié le nombre total de cas et de morts, écrit Ira Longini dans la récente édition de PNAS. Pour les 2 vaccins contre le choléra, les coûts se montent à 1,5 voire 5 dollars par dose. Mais c’est possible de faire encore plus simple : Rita Colwell montra lors de ses essais sur le terrain au Bangladesh avec environ 133 000 personnes que la simple filtration de l’eau fait baisser le taux de choléra de 48 %.

Il est fort possible que nous, Européens du Centre, nous n’ayons pas besoin de cette indication dans les prochaines décennies. Pourtant, le fait que le choléra ait une chance de se propager seulement en raison d’un manque d’hygiène semble être une fable d’hier.

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