Prise de conscience de la douleur : ouille chéri(e) !

20. mai 2011
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Le cœur bat très vite, l’estomac nous joue des tours, impossible de dormir : peine de cœur. Ces symptômes ne sont pas seulement psychiques ; ils sont également physiquement douloureux car la peine de cœur et la douleur physique activent les mêmes régions du cerveau.

En coupant des oignons, la lame du couteau dérape et se plante profondément au bout de l’index; la racine de la molaire enflammée tempête et cogne – les 2 des situations entraînent des douleurs corporelles. Un tout autre scénario maintenant : quelqu’un observe une photo ou entend par exemple la voix de son ex qui vient de le/la quitter sur le répondeur.
Quel est le rapport avec la molaire enflammée et une coupure à l’index ? D’un point de vue neuronal tout car cela engendre aussi des douleurs corporelles.

La dimension des douleurs émotionnelles

Une étude de scientifiques américains vient de confirmer que les fâcheuses affaires de cœur font effectivement aussi mal que les souffrances corporelles. Ils constatent que la douleur au cœur et la douleur physique activent les mêmes régions du cerveau. Le rejet social et émotionnel prennent une autre dimension et une nouvelle signification avec ces résultats nous dit le directeur de l’étude, le Prof. Dr. Ethan Kross de l’université Michigan. Déjà des recherches précédentes aboutirent à la conclusion qu’il y a un parallèle entre les sensations physiques et émotionnelles. Une autre étude a ainsi par exemple démontré que l’euphorie que l’on ressent quand on vient de tomber amoureux stimule le centre de récompense dans le cerveau et peut ainsi atténuer les douleurs corporelles. Pourtant le psychologue social, le Prof. Kross, et son équipe démontrent pour la première fois sur un plan neuronal pourquoi il en est ainsi.

Un chevauchement neuronal étroit

L’étude comprenait 40 volontaires qui avaient vécu la fin douloureuse et non souhaitée d’une relation amoureuse au cours des 6 derniers mois. Leur âge moyen était de 20,78 ans. Les 21 femmes et 19 hommes furent recrutés entre autres grâce à une campagne sur Facebook. Pour pouvoir participer, les candidats ne devaient présenter aucune maladie neurologique ou psychiatrique ainsi qu’aucun état de douleur chronique. D’autres critères d’exclusion étaient la prise de psychotropes, d’antihistaminiques et de stéroïdes.

Tous les participants à l’étude durent remplir 2 tâches – la première se rapportait aux sentiments du rejet émotionnel et l’autre à la sensation de douleurs corporelles. Pour pouvoir considérer l’ampleur de la douleur psychique, les candidats devaient regarder une photographie de leur ex pour raviver l’évènement douloureux. Par ailleurs, on leur présenta des photos d’un ami(e) avec lequel/laquelle ils vécurent récemment quelque chose de positif. Pour la sensation de douleurs corporelles, les participants furent exposés à des stimuli thermiques à l’avant-bras gauche au moyen d’une manchette. La température de cette manchette était si élevée dans l’une des séries de tests qu’elle était encore tout juste supportable pour les volontaires. Dans l’autre série de test, la manchette avait une température chaude mais agréable.

Conformément aux attentes, la vision de l’ex et la manchette très chaude produisirent une détresse beaucoup plus élevée chez les participants de l’étude que les contrôles (p < 0,001 dans chaque cas). Ceci se confirma aussi à l’aide des courants dans le cerveau que l’équipe autour du Prof. Kross vérifia pendant de nombreuses séries de ces tests. De plus, des scans furent établis en permanence à l’aide de la résonance magnétique fonctionnelle (IRMf). Lors de l’évaluation, il est apparut qu’un chevauchement neuronal direct et étroit existe entre l’expérience d’une douleur corporelle et émotionnelle. Car les 2 sensations agissent sur l’activation des mêmes régions du cerveau : le cortex somato-sensoriel secondaire et l’insula dorsale postérieure, également appelé cortex insulaire. Les 2 régions du cerveau sont considérées comme responsables de la sensation de douleur physique.

La douleur émotionnelle équivaut à la douleur corporelle

L’étude du Michigan vient de prouver que ces zones du cerveau peuvent également très bien être activées par des stimuli émotionnels douloureux et que leur évaluation et leur réponse s’effectuent à un niveau organique. Les douleurs émotionnelles ne se différencient donc pas des douleurs corporelles. Selon le Prof. Kross, le chevauchement n’a pas été prouvé avant du fait que les sensations qui ne sont émotionnellement pas si fortes – comme les peines de cœur et la séparation – n’ont jusqu’à présent pas été prises en compte dans les études : « l’intensité de la souffrance étudiée n’était tout simplement pas aussi forte et c’est pourquoi elle ne stimulait pas les centres de douleur physiques dans le cerveau ».

Association somato-sensorielle

Pour vérifier la spécificité des centres du cerveau pour les sensations de douleurs physiques, les scientifiques américains comparèrent les résultats de leurs scans d’IRMf avec ceux des méta analyses. Les données qui s’y trouvaient avaient été rassemblées à partir de plus de 500 études sur des recherches d’IRMf des zones du cerveau responsables de la douleur corporelle et des émotions positives et négatives. La spécificité effective des 2 régions du cerveau put être confirmée lors de cette comparaison.

« Nos données montrent de manière claire que l’expérience émotionnelle de rejet et de perte sociale est directement liée à une douleur physique », nous dit le Prof. Kross : « Il se présente ici une association sur un plan somato-sensoriel commun qui nous donne beaucoup de nouvelles perspectives ». Toutes vers la compréhension de comment une peine de cœur et une autre souffrance émotionnelle peuvent conduire à une symptomatique de la douleur physique aussi variée ainsi qu’à diverses maladies.

Les découvertes du Michigan fournissent par ailleurs une nouvelle preuve que les hommes sont des êtres extrêmement sociaux – à tel point que le rejet social est considéré par le cerveau comme aussi dangereux pour la santé que les dommages physiques.

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