Maladie du sommeil : bonne nuit arsenic !

3. juin 2011
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Les trypanosomes, protozoaires flagellés fusiformes, déclenchent la maladie du sommeil. Étant donné que les pays en voie de développement sont avant tout touchés, la recherche scientifique y a porté un moindre intérêt pendant longtemps. Il existe cependant aujourd’hui plusieurs approches qui peuvent conduire à de nouvelles thérapies.

En fuyant la violence et la guerre civile, toujours plus de réfugiés progressent dans les régions de savane jadis peu peuplées, le territoire de milliards de mouches tsé-tsé affamées. L’organisation mondiale de la santé (WHO) évalue à 3 millions le nombre de personnes infectées. Une grande partie des laboratoires pharmaceutiques ne manifesterait également pas d’intérêt à effectuer des recherches sur de nouvelles stratégies de traitement – les représentants des autorités de santé mondiale parlent à raison de « maladies des tropiques délaissées ». C’est pourquoi le ministère fédéral allemand de formation et recherche a récemment débloqué la somme de 20 millions d’euros pour faire avancer ici le diagnostic, la thérapie et la prévention.

Des seringues volantes

C’est la mouche tsé-tsé avant tout qui transmet le protiste trypanosoma brucei. À chaque repas, elle secrète toujours un peu de salive pour empêcher la coagulation du sang. Les trypanosomes parviennent ainsi dans le corps humain. Quelques semaines après l’infection, de la fièvre, des maux de tête, des douleurs aux membres ainsi que des gonflements des ganglions se manifestent. Les patients se plaignent en partie aussi des démangeaisons ou des éruptions cutanées. Après plusieurs mois, l’agent pathogène parvient dans le système nerveux et les symptômes neurologiques sont inévitables : confusions, crampes, un état crépusculaire comateux et finalement la mort.

« Il y a certains médicaments contre la maladie du sommeil mais ils sont tous extrêmement problématiques », nous dit le Professeur Dr. Michael Duszenko de l’université de Tübingen. La suramine ou la pentamidine par exemple aident seulement au début de la maladie – ces principes actifs ne peuvent pas aller au delà de la barrière hémato-encéphalique. Le mélarsoprol agit certes aussi à un stade plus tardif mais il contient de l’arsenic si bien que « beaucoup de personnes décèdent des suites du traitement et non de la maladie elle-même ». L’eflornithine est par contre considérée comme étant chère, difficile à se procurer et pas toujours efficace.

Interdit de piquer

Mis à part les vêtements fermés, clairs, des anticorps chimiques avant tout offrent une certaine protection contre le fléau. Il existe ici encore un grand besoin d’explication : selon des sondages actuels parmi les touristes à sac à dos, seulement 54 % prennent des précautions malgré qu’ils savent qu’ils vont traverser des régions à haut risque. Un groupe de travail suisse étudia les différences spécifiques au sexe des personnes. Son résumé : les hommes tombent beaucoup plus souvent malade que les femmes de maladies infectieuses transmissibles comme les trypanosomes. La plus forte propension à prendre des risques et les mesures de sécurité insuffisantes pourraient être une explication.

Bien se camoufler

On n’a pas vraiment su pendant longtemps pourquoi les trypanosomes peuvent survivre dans le sang après la piqûre et ne sont pas attaqués par des anticorps. Ce processus est maintenant décodé en grande partie. « Les hommes n’ont aucune immunité contre la maladie du sommeil parce que les réactions immunitaires n’agissent pas et parce qu’aucune mémoire immunitaire ne peut se mettre en place », souligne Michael Duszenko. Les trypanosomes ont certes de nombreuses glycoprotéines théoriquement facilement reconnaissables à la surface. Mais celles-ci transforment le protiste en permanence : plusieurs groupes de chercheurs ont trouvé dans le patrimoine génétique du parasite sanguin plus de 1 000 gènes différents qu’il peut activer ou désactiver au choix. Le trypanosoma s’assure ainsi qu’une certaine partie de la population survive dans l’hôte et se transforme de nouveau lors de la multiplication : le nombre des trypanosomes augmente tout d’abord dans le sang, baisse puis remonte de nouveau. Duszenko : « les cycles se forment du fait que le système immunitaire humain forme des anticorps contre la protéine de surface si bien que les parasites succombent en grande partie ». Quelques représentants survivent cependant en produisant de nouveaux antigènes contre lesquels le système immunitaire humain ne peut rien faire. Sans traitement, les variations se répètent jusqu’à la mort du patient.
Le Professeur Dr. Markus Engstler de l’institut Max Planck de dynamique et d’organisation propre à Göttingen découvrit une autre explication possible avec des collègues de l’université technique (TU) de Darmstadt : les hémoparasites nagent en permanence vers l’avant et produisent ainsi un courant fort à l’échelle cellulaire. Ils se lient aux anticorps du système immunitaire, véhiculent ceux-ci au bout du protozoaire. Ils peuvent être immédiatement pris là-bas et être inactivés. Si les chercheurs faisaient en sorte que le trypanosoma génétiquement modifié fasse marche arrière, il n’y avait plus de porte de secours pour lui – les anticorps qui auraient été rattachés pourraient achever leur œuvre destructrice.

Moustique 2.0

Pour réduire la population totale des mouches tsé-tsé, le biologiste autrichien spécialisé sur l’Évolution, le Professeur Dr. Helmut Kratochvil, poursuit une stratégie particulière : il produit des mâles stériles par un rayonnement radioactif. Avec un procédé test acoustique développé par lui-même, Kratochvil détermine alors l’activité d’appel – seuls les individus particulièrement agiles devraient entreprendre le long voyage dans différentes région d’Afrique. S’il n’y a pas de descendance, le fléau des trypanosomes est également réduit. Pour pouvoir cependant freiner un million de femelles, il a besoin d’environ 9 millions de mâles stériles – un projet colossal.

La recherche en éveil

De nouveaux médicaments sont cependant demandés. Les chercheurs de l’University of Dundee, en Grande-Bretagne, découvrirent un talon d’Achille prometteur avec le trypanosoma brucei. Ils inhibèrent l’enzyme du parasite N-Myristoyltransférase avec un pyrazol sulfonamide spécial. Le traitement fonctionna de manière fiable chez les souris et sans effet secondaire. Les auteurs s’attendirent aussi à un médicament moins cher qui serait à prendre oralement dans le cas d’une autorisation possible – deux gros avantages pour l’utilisation future. Des scientifiques d’Italie, d’Allemagne et de Belgique ont des vues sur une autre démarche du métabolisme. Ils développèrent des structures chimiques sur l’ordinateur qui refroidissent aussi bien la dihydrofolate réductase que la ptéridine réductase, deux enzymes importantes dans les trypanosomes. La pratique fit suite à la théorie : 18 molécules furent testés en laboratoire. La favorite est bien connue : riluzol, un benzothiazol qui est déjà utilisé dans le traitement de la sclérose latérale amyotrophique.

Ce qui est par contre prisé dans les travaux de recherche de l’université de la Ruhr à Bochum, c’est l’interruption de l’alimentation en énergie. Un candidat potentiel devrait là seulement bloquer les glycosomes et donc de mini centrales d’énergie dans les hémoparasites.

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