Mini-sono : pas grand chose en poche

3. juin 2011
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Des appareils d’échographie à peine plus grands qu’un iPhone – cela a semble à priori merveilleux. Graisse dans le foie ? Calculs biliaires ? Troubles rénaux ou un cœur qui grossit ? La "sono de poche" donne les réponses. Mais est-ce vraiment plus qu’un gadget pour les mordus de technique ?

L’appareil, qui est simple d’utilisation, offrirait des possibilités d’analyse étendues directement sur place pour pouvoir établir un diagnostic plus rapidement. Il aiderait à dépister les maladies plus tôt, ce qui aurait une valeur inestimable face au quotidien stressant à l’hôpital, « notamment pour ceux qui administrent les premiers soins, pour les spécialistes en cardiologie, gynécologie, médecine intensive et d’urgence ou bien encore pour les médecins hospitaliers », déclara-t-on par exemple en 2010 dans un communiqué de presse de l’entreprise GE Healthcare dans le cadre du lancement de leur « Vscan« . Le « sono de poche » pèse près de 400 grammes et coûte environ 7 000 euros; le système Acuson (P10™) se situe dans les mêmes prix – il est donc incontestablement une « bonne affaire » comparé aux appareils traditionnels. Les appareils de poche semblent être, à première vue, utiles. Ils ne remplacent certes pas les systèmes d’échographie traditionnels mais donnent une première orientation.

Ne pas rater de constatations importantes sur le cœur

Les professeurs Christian Prinz et Jens-Uwe Voigt de l’université de Leuven ont récemment testé l’utilité d’un tel appareil mobile (l’appareil de GE) dans le cadre du diagnostic cardiologique. Les résultats sont vraiment positifs, de même que certains commentaires d’autres cardiologues. Mais il n’y a bien évidemment pas que du positif. Pour leur étude, Prinz et Voigt ont comparé l’appareil mobile à un système d’échocardiographie traditionnel. Leurs résultats viennent de paraître dans le « Journal of the American Society of Echocardiography ». 349 patients pour lesquels une échocardiographie était prévue ont été examinés. Tous les patients furent examinés avec l’appareil de poche – et avec un système d’échographie traditionnel d’un médecin chevronné en échocardiographie. La sono de poche n’obtint en aucun cas un mauvais résultat, l’endocarde et la mobilité régionale de la paroi myocardique par exemple purent être examinées de manière fiable, également la performance d’éjection ventriculaire gauche. Tout comme avec le système traditionnel, les 6 patients avec des rétentions d’eau anormales dans la région du péricarde purent être identifiés. Par ailleurs, il y eut une bonne convergence entre les 2 systèmes lors de l’évaluation des valves cardiaques mais les mesures du reflux sanguin avec la sono de poche engendrèrent toutefois une légère surévaluation de la gravité d’un dysfonctionnement. Dans le cas des sténoses cependant, le résultat n’était pas si persuasif : la gravité des sténoses aortiques a été sous-estimée chez la moitié des patients. On n’aurait cependant raté aucune constatation clinique importante, écrivent Prinz et Voigt. Seule l’évaluation des sténoses ne serait pas fiable étant donné que les fonctions du doppler spectral indispensables manqueraient encore.

Quelques tons critiques

Le cardiologue américain Dr. Kirk T. Spencer de l’université de Chicago, qui s’intéresse depuis plusieurs années au sujet (« Journal of the American College of Cardiology »), déclare qu’il serait exagéré de dire qu’on aurait raté aucune constatation importante eu égard aux possibilités techniques limitées. Ces appareils seraient utiles pour élucider certaines questions mais on ne pourrait pas tout exclure, explique-t-il sur « heartwire« , le portail de la société américaine des cardiologues. On pourrait certainement éclaircir les questions concernant la grosseur du cœur et le fluide péricardique mais ce ne serait en règle générale pas les questions qui poussent à procéder à une échocardiographie. Les patients viendrait généralement avec des problèmes non spécifiques comme par exemple des vertiges pour lesquels il existe plusieurs causes. Ces dernières ne pourraient ainsi pas être toutes exclues avec l’appareil de poche. Spencer voit aussi d’un œil critique le résultat d’une deuxième étude actuelle et les conclusions des auteurs. Dans cette étude, des cardiologues portugais autour du Dr. Nuno Cardim (« Hospital da Luz » à Lisbonne) ont cherché à savoir sur 189 patients ambulants si une sonographie avec un appareil de poche délivre des informations complémentaires utiles après un examen clinique conventionnel. Les examens furent faits par des cardiologues avec beaucoup d’expérience qui avaient une semaine pour se familiariser avec les petits appareils.

Selon Cardim, les examens cliniques et sonographiques concordaient dans 35 % des cas si bien qu’il ne fût pas jugé nécessaire d’envoyer le patient passer une échographie. Dans environ 2 cas sur 10, un consensus fut fait d’envoyer les patients passer une échographie. Dans 14 % des cas, l’indication de les envoyer passer une échographie fut établie sonographiquement alors que l’examen clinique donnait un avis contraire. Dans presque un tiers des cas, c’est l’inverse. Il fut uniquement nécessaire d’établir un diagnostic basé sur une autre échographie quand une fonction doppler spectrale fut nécessaire. Selon les données de Cardim, une plus mauvaise qualité de l’image n’était jamais la raison. Avec le petit appareil de sonographie, des dysfonctionnements systoliques et des dilatations du ventriculaire gauche ont été découverts à plusieurs reprises; ils engendrèrent une thérapie médicamenteuse et ils n’étaient souvent pas apparus lors de l’examen clinique. Le diagnostic de troubles de la mobilité de la paroi en association avec des douleurs dans la poitrine avait des conséquences thérapeutiques, tout comme la preuve sonographique d’une oreillette gauche regrossie chez les patients avec des palpitations paroxystiques. L’appareil malin offrirait donc des informations supplémentaires, augmenterait par exemple le nombre des diagnostics, réduirait le nombre des échocardiographies superflues et augmenterait le nombre de celles qui sont judicieuses.

Utile comme méthode de dépistage

Spencer considère toutefois qu’il est absurde de vouloir, à l’aide de l’appareil de poche, identifier chaque patient pour lequel on pourrait renoncer à une échocardiographie conventionnelle. Quand un patient irait voir un cardiologue à cause d’un problème cardiaque probable, un échocardiogramme complet serait alors nécessaire. Son collègue, le Dr. James N. Kirkpatrick, cardiologue à l’université de Pennsylvanie en Philadelphie est aussi de cet avis. Quand une personne a des symptômes cardiaques et a besoin d’une échocardiographie, il devrait aussi obtenir le meilleur diagnostic possible. Le Dr. William A. Zoghbi (« Methodist DeBakey Heart and Vascular Center » à Houston) est là plus optimiste. Les appareils pourraient enrichir l’examen clinique qui aurait ses limites. Autrement que chez les patients en ambulatoire, il voit d’un œil critique l’utilisation chez les patients hospitaliers car la qualité de l’image pourrait ne pas suffire en raison de la gravité de la maladie. Par ailleurs, il y aurait en général un système d’échographie perfectionné dans les hôpitaux si bien que selon lui, l’utilisation des petits appareils pourrait être utile avant tout dans les régions où l’on ne disposerait pas d’appareil perfectionné. De plus, un dépistage serait utile chez les patients qui auraient certes des facteurs de risque mais dont la gravité de la maladie ne serait pas telle qu’une échocardiographie traditionnelle serait indispensable. Selon Spencer, il y a d’autres options d’utilisation dans la médecine d’urgence ou également aux soins intensifs étant donné que les médecins traitants ont ici par exemple besoin des informations le soir même pour pouvoir prendre des mesures et ne veulent pas ou ne peuvent pas attendre jusqu’au lendemain que le patient puisse passer une sonographie traditionnelle. Kirkpatrick voit à son tour une utilité du petit appareil également pour le contrôle relativement rapproché et simple des paramètres importants, comme par exemple les valeurs de pression de remplissage du cœur.

Le problème de l’emploi de tels appareils mobiles n’est donc apparemment pas l’utilité. Le point négatif est bien le prix. Il est certes faible en comparaison. Les examens font par ailleurs gagner du temps aux patients et aux médecins. Mais les caisses ne prennent en général pas les coûts en charge.

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1 commentaire:

Docteur Samuel Carijn
Docteur Samuel Carijn

Très bonne mise au point sur les possibilités offertes par ces échogrphes portables.
Il serait intéressant d’avoir la même recherche dans l’échographie de l’appareil locomoteur et des autres appareils.

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