SARM : Venez, les germes, on vous attend !

18. octobre 2013
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Grâce à des mesures d’hygiène strictes, de nombreux hôpitaux ont réussi à réduire la sphère d’influence des dangereuses bactéries multirésistantes. Cependant, il semble que cela s’arrête à la porte d’entrée de leurs patients. Là-bas, la charge bactérienne augmente.

Il y a quelques semaines, le Center for Disease Control and Prevention (CDC) américain a publié le « Threat Report 2013 » qui « pour la première fois enregistre la charge et la menace des bactéries résistantes aux antibiotiques et leurs effets sur la santé humaine. » Le Directeur du CDC, Tom Frieden, décrit la situation avec des mots chocs : « Si nous ne faisons pas attention, l’armoire à pharmacie sera vide lorsque les médecins auront besoin de traitements. » Il leur manquera les antibiotiques dont ils ont besoin pour sauver des vies.

Bactéries invulnérables

L’étude ALERTS publiée en 2012 a calculé une probabilité de cinq pour cent pour qu’un patient hospitalisé soit infecté par un germe hospitalier typique. Un patient sur cinquante en meurt. Plus de cent mille fois par an, le SARM frappe, la bactérie Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline, contre laquelle une variété d’antibiotiques autrefois efficaces ne peut plus rien aujourd’hui. Il y a quelques mois, le journal médical Ärzteblatt a rapporté le premier cas de SARV en Europe. Ici aussi, les staphylocoques ont gagné une nouvelle résistance à la vancomycine qui leur donne presque le statut d’invulnérabilité.

Par rapport à l’augmentation constante des infections à germes résistants, le développement de nouveaux antibiotiques reste faible. Dans les années quatre-vingt, près d’une trentaine de nouveaux agents antibactériens sont entrés sur le marché, depuis 2000, il y en a eu un total de neuf.

Le cas problématique du SARM-AC

Une sensibilisation accrue à l’hygiène et des mesures strictes dans les hôpitaux qui préviennent la propagation des germes dangereux a au moins fortement aplati la courbe abrupte des infections nosocomiales. En revanche, maintenant, la menace est apparue ailleurs sous une forme encore différente. Pour l’instant peu étudiées, il existe des souches bactériennes qui sont redoutablement résistantes à plusieurs antibiotiques comme dans les hôpitaux, mais qui posent problème lors du maintien à domicile. Les personnes infectées n’ont alors pour la plupart pas de traitement médical en hôpital ou en cabinet, n’ont eu aucun contact avec des antibiotiques et ne souffrent pas d’une maladie chronique ou d’une faiblesse du système immunitaire liée à l’âge.

Ces germes appelés SARM-AC (SARM-associés à la communauté) sont très différents des germes hospitaliers typiques du point de vue de leur matériel génétique. En Allemagne, ils sont encore relativement rares – mais ils sont probablement associés à un nombre élevé de cas non déclarés. Souvent, le regroupement familial entraîne des conditions de récidive de la maladie à long terme. Selon les chiffres de Roger Stephan de l’Université de Zurich, ces agents pathogènes multi-résistants sont présents chez une personne saine sur six chez elle.

Échange de gènes de résistance

Le lieu d’habitation est donc une plaque tournante pour les facteurs de résistance chez les bactéries. D’autres staphylocoques (comme St. pseudointermedicus, St. schleiferi), mais aussi d’autres bactéries telles que les entérocoques peuvent réaliser un échange de gènes utiles avec Staphylococcus aureus. Contrairement à l’hôpital, à la maison, les hôtes des bactéries ont peu de contacts étroits potentiels les uns avec les autres, mais en échange, le contact peut se faire sur une longue période. Selon l’environnement, il est plus facile pour les germes de survivre, parfois trois mois ou plus, sur l’armoire de la cuisine, si l’hygiène n’est pas très poussée.

En Allemagne, 35 pour cent de tous les ménages ont aussi chat ou un chien pour colocataire. Eux aussi sont porteurs. Dans la revue PLoS One, Birgit Walther et ses collègues de l’Université de Berlin rapportent une étude faite lors d’une exposition canine en 2009. Dans les frottis, la bactérie Staphylococcus aureus a été trouvée chez près de vingt pour cent des propriétaires de chiens et deux pour cent de leurs amis à quatre pattes. Staphylococcus intermedicus est apparu chez quatorze pour cent des chiens et six pour cent de leur titulaire. Près de la moitié de ces isolats étaient résistants à plusieurs antibiotiques. Presque tous les chiens lèchent régulièrement les mains de leur colocataire humain – une transmission facile des microbes dans les deux sens. Des souches de SARM cliniques sont également retrouvées chez les perroquets, les lapins, les hamsters, les cochons d’Inde et les tortues.

Porteurs longue durée

Selon l’étude, le taux de transmission des personnes infectées à d’autres membres de leur foyer est compris entre 10 et 43 pour cent. Le nombre dépend essentiellement du nombre de membres du ménage, du niveau de vie et de la souche bactérienne. Un porteur de SARM sur cinq héberge son clone SARM pour de nombreux mois, voire des années. Il peut ainsi infecter à plusieurs reprises les membres de la famille qui, entre temps, avaient réussi à se débarrasser des germes.

Celui qui veut étudier la distribution des « staphylocoques à domicile » ne devrait pas se limiter à un prélèvement nasal. La gorge, la peau, le périnée et les lésions cliniques sont aussi des lieux d’hébergement populaires pour eux. Des études ont montré que l’écouvillon nasal seul ne révèle que près de la moitié des membres infectés de la famille. Cela vaut aussi pour les membres à quatre pattes de la famille.

Troupeaux infectés

Les souches de SARM qui sont se sont installées confortablement à la maison ne sont pas faciles à éliminer. Un détergent seul ne suffit souvent pas pour éliminer les staphylocoques des plats. Des chercheurs mexicains recommandent dans un article paru dans le Journal of Applied Microbiology, une solution d’hypochlorite à deux pour cent ou de détergent avec une combinaison de chlore/ammoniaque. Il est également important de maintenir l’hygiène générale dans la maison, tels que le changement régulier des draps et la stricte séparation des lieux de sommeil et de repos des animaux et de l’homme. Pour la plupart des animaux, les bactérie SARM humaines ne sont pas pathogènes et sont éliminées par leur propre système immunitaire. Il n’existe cependant pas de bonnes études sur la désinfection efficace des animaux domestiques.

68 pour cent des élevages de volailles et 14 pour cent des ruminants et des porcs sont colonisés par des germes multi-résistants, rapporte Robert Stephan sur la situation en Suisse. Selon les données de l’Institut Robert Koch les infections à SARM-AE (associés aux élevages) chez les personnes qui travaillent dans les fermes d’élevage n’ont (jusqu’à présent ?), à quelques rares exceptions près, aucune évolution clinique grave. Néanmoins, il y a toujours le risque de transmission de facteurs de résistance à d’autres bactéries et au corps humain.

Diminution des réserves

Mais dernièrement, les autorités sanitaires sont plus préoccupées par la propagation des bactéries entériques telles que des souches de Klebsiella qui sont résistantes aux carbapénèmes. Les carbapénèmes sont des « antibiotiques de réserve » et sont souvent considérés comme un « dernier recours » dans une infection qui n’a pu être freinée par d’autres agents antimicrobiens.

Très souvent pour des raisons économiques, de nombreuses entreprises développent des projets pour de nouveaux antibiotiques. Pour se débarrasser des bactéries multirésistantes, des règles d’hygiène plus sévères et des tests réguliers dans les hôpitaux et dans les domiciles pourraient être utiles.

Collateral Sensitivity Cycling

Une petite lueur d’espoir est donnée par un article paru ces jours-ci dans Science Translational Medicine. Au moins au sein du laboratoire, la stratégie de « Collateral Sensitivity Cycling » fonctionne sur E. Coli. Les auteurs danois ont utilisé des bactéries naturelles, lorsqu’elles acquièrent de nouvelles résistances, elles perdent les anciennes et sont donc à nouveau sensibles à certains antibiotiques. Cet « aller-retour » entre deux séries d’antibiotiques pourrait permettre de tricher également auprès des micro-organismes multirésistants. Cela serait au moins une opportunité à essayer, pour ne pas rester sans solution face à une infection, car les pathogènes savent déjà comment affronter toutes nos armes.

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