ECEH : la vague d’infection venue du Nord

20. juin 2011
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Depuis le 10 mai, une vague d’un type particulier déferle du Nord au Sud : des infections avec des bactéries intestinales ECEH se répandent dans toute l’Allemagne et l’Europe. Environ 3000 patients allemands sont entretemps tombés malade; il y a aussi des cas mortels. Les autorités recommandent des règles d’hygiène élémentaires – on ne peut pas faire grand chose thérapeutiquement.

Le escherichia coli colonise le gros intestin de l’homme et de l’animal. Sa méchante belle-mère, escherichia coli entéro-hémorragique (ECEH), a d’autres éléments génétiques en plus à bord qui lui confèrent des propriétés pathogènes. Le Dr. Rolf Steinmüller de la Neogen Corporation écossaise juge celles-ci comme « l’un des plus grands défis microbiologiques lancés à l’industrie alimentaire depuis le botulisme » – la viande crue avant tout, les produits laitiers non pasteurisés ainsi que les fruits et les légumes sont considérés comme des sources d’infection. Et les bactériologues caractérisent l’ECEH avec l’appellation O157:H7. « O » décrit des lipopolysaccharides spéciales et donc du sucre et des graisses dans la membrane et « H » des propriétés génétiques des fléaux. D’autres variantes sont aussi connues.

Sherlock Holmes en blouse blanche

Les scientifiques de l’Institut Robert Koch (IRK) à Berlin, qui ont un bon nez criminaliste, sont à la recherche de la source de cette infection. Ils questionnent les malades et analysent les aliments.

Les infections ECEH ne sont pas rares – depuis l’introduction de la déclaration obligatoire en Allemagne en 2001, les autorités enregistrent entre 800 et 1 200 maladies tous les ans. La bactérie est ainsi considérée par les experts comme le second agent pathogène le plus fréquent des maladies gastro-intestinales inflammatoires. Seulement les salmonelles peuvent encore dépasser ces chiffres. Des déroulements de la maladie graves était plutôt une exception au delà des groupes de risque usuels. Ce qui étonne maintenant les experts, c’est avant tout que beaucoup d’adultes, souvent des femmes, tombent malades. « Ce qui est classique, ce sont les écoliers à la ferme », nous dit le porte-parole de l’IRK Susanne Glasmacher. La gravité des cas serait aussi atypique. « Ce développement dépasse toute mesure historique », met en garde le microbiologiste, le Professeur Dr. Werner Solbach de la clinique universitaire de Schleswig-Holstein.

Attention, bactéries en liberté

On accuse notamment les ruminants – vaches, chèvres ou moutons – d’être souvent responsables. Les vétérinaires supposent que, avant tout l’alimentation céréalière chez les animaux qui mangent normalement seulement de l’herbe ou du foin, dérange le milieu intestinal si bien que les ECEH peuvent s’y établir. Ces aliments pour animaux sont courants depuis les années 80; parallèlement, on trouve les premiers cas d’infections dans la littérature. Après l’excrétion, les bactéries restent actives encore durant plusieurs semaines dans l’environnement. Si les bactéries parviennent sur les aliments qui sont consommés crus ou mal lavés via le purin, la maladie apparaît. Environ 100 bactéries suffisent. La viande et le lait cru peuvent aussi être contaminés s’ils sont mal traités.

Après le repas, le voyage commence dans le système de digestion. Les ECEH parviennent rapidement dans l’intestin par des systèmes d’adaptation spéciaux non sensibles à l’acidité gastrique agressive. Après un temps de latence d’un à 3 jours, des diarrhées graves et avec du sang font leur apparition, accompagnées de crampes d’estomac, de nausées et vomissements.

Les cellules corporelles reprogrammées

Une fois arrivées au but, les ECEH se fixent rapidement dans l’intestin avec des protéines spéciales. Les chercheurs du centre Helmholtz de Braunschweig sur la recherche sur les infections (HZI) essayèrent d’éclaircir ces mécanismes : avant tout le corset cellulaire, à savoir l’actine, est reprogrammée par les intrus. Des bosses apparaissent sur lesquelles les intrus peuvent quasiment s’agripper. Même lors d’une diarrhée aigüe, ils restent dans l’intestin et ne sont pas éliminés. « La condition de base pour ce chemin de signalement est un système de sécrétion spécial – une sorte de piqûre moléculaire, par laquelle les bactéries transfectent des protéines entières dans la cellule hôte », sait le biologiste cellulaire, le Professeur Dr. Theresia Stradal. Les facteurs Tir et EspFU sont ici déterminants. Tir est présenté à la surface de la cellule hôte et une bactérie peut accoster. EspFU donne par contre le signal de départ pour transformer le squelette des cellules intestinales. La contre-réaction s’effectue via un autre lien moléculaire pour faire en sorte que la transformation des structures d’actine s’effectue à multiples reprises aux endroits avec des bactéries.

Fixés de cette manière, les ECEH pompent la protéine tueuse vérotoxine directement dans le lumen intestinal. Cette substance est considérée comme l’un des poisons naturels les plus forts outre la toxine botulique. La vérotoxine inhibe tout particulièrement la synthèse des protéines dans la cellule et provoque la mort du tissu concerné. De nombreux systèmes organiques peuvent être affectés via les vaisseaux sanguins voire les voies lymphatiques, par exemple les reins, le gros intestin, le système nerveux ou le pancréas. La toxine semble être orientée de manière ciblée contre de petits vaisseaux sanguins dans les corpuscules rénaux. Leur destruction provoque le syndrome hémolytique et urémique : selon des études, jusqu’à 10 % des personnes infectées sont touchées. Si l’examen de laboratoire révèle une anémie par la suppression des érythrocytes et que le nombre des plaquettes sanguines est amoindri, les collègues parlent d’un purpura thrombotique thrombocytopénique. De plus, chez certains patients, la muqueuse du gros intestin s’enflamme : une colite hémorragique.

Informer les patients – éviter la panique

Les collègues n’ont pratiquement rien à redire à cela : selon la directive « Gastroentérite infectieuse aigüe« , on ne devrait administrer aucun antibiotique. En raison des résistances, le succès est plus que douteux et une libération plus forte des substances toxiques ne peut pas être exclue. L’approche symptomatique est beaucoup plus au centre des discussions – les électrolytes sont indiqués en cas de diarrhée et des déroulements graves de la maladie doivent de toute façon être suivis à l’hôpital. En cas de syndrome hémolytique et urémique, on ne peut pas éviter une diurèse forcée ou une dialyse. Et ne pas oublier : même les patients guéris excrètent en partie des germes infectieux encore pendant des mois. Des règles strictes visent à éviter qu’ils répandent l’infection dans la famille ou sur le lieu de travail.

Reste alors la prophylaxie : des épidémiologistes de l’office fédéral d’analyse du risque (BfR) ont élaboré un guide pour les patients. En dehors des mesures d’hygiènes évidentes comme de se laver les mains, ils conseillent une stricte hygiène dans la cuisine – les planches à découper en bois et les éponges sont des paradis pour les indésirables. Et des fruits et les légumes doivent être lavés; des viandes crues sont actuellement à rayer de la liste de courses. « Parce que les bactéries ECEH apparaissent avant tout chez les ruminants, le lait et la viande de ce genre d’animaux doivent être suffisamment chauffé avant d’être consommés », conseille le président du BfR, le Professeur Dr. Dr. Andreas Hensel. Le dicton bien connu « Peel it, boil it, cook it – or forget it » n’a pas perdu de sa popularité, également en 2011.

Le soutien des collègues est cependant demandé : le BfR suggère aux médecins de faire immédiatement procéder à un test ECEH chez les personnes ayant des diarrhées sanglantes. Si celui-ci est positif, il faut le déclarer aux autorités de santé compétentes. Des échantillons devraient alors aller au centre de référence national des salmonelles et autres agents pathogènes de l’entérite à Wernigerode.

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1 commentaire:

Secouriste

L¿essentiel de l¿information disponible se rapporte au sérotype O157:H7, la distinction biochimique entre ce sérotype et les autres souches de Ecoli étant facile. Le réservoir de cet agent pathogène semble être constitué essentiellement par les bovins et d¿autres ruminants ainsi que les chameaux. La transmission à l¿homme se fait surtout par la consommation d¿aliments contaminés, viande hachée crue ou mal cuite et lait cru. La contamination fécale de l¿eau et de divers aliments ainsi que la contamination croisée au cours de la préparation (b¿uf et autres produits carnés, surfaces et ustensiles de cuisine contaminés) donnent également lieu à une infection. Parmi les aliments impliqués dans des flambées de E.coli O157:H7, on peut citer les hamburgers mal cuits, le salami, et le jus de pomme frais, les yaourts, le fromage et le lait non pasteurisés. Les flambées sont de plus en plus fréquemment associées à la consommation de fruits et de légumes (graines germées, salade, chou cru et crudités diverses), la contamination pouvant être due au contact avec les déjections d¿animaux domestiques ou sauvages à un stade ou à un autre de la culture ou de la manipulation. ECEH a également été isolé dans l¿eau (mares, ruisseaux), dans des puits et des citernes, et on a pu observer qu¿il survit plusieurs mois dans le fumier et les sédiments présents à l¿intérieur des citernes. La transmission hydrique a été signalée, à la fois par l¿eau de boisson et au cours d¿activités récréatives.
Alors, sommes-nous à ce point fragilisés par une surconsommation d’antibiotiques dès le plus jeune âge ?
Est-ce enfoncer une porte ouverte ou bien une vraie interrogation???

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