IA : Watson dans la salle d’attente

5. juillet 2011
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L’activité médicale serait non seulement un métier mais aussi un art. On pourrait ainsi poursuivre en disant qu’un ordinateur pourrait être au mieux un outil utile. Le Dr. Watson, un super ordinateur, pourrait en effet devenir une aide très précieuse.

Le Dr. Watson – c’est le nom que porte le super ordinateur d’IBM – semble être un ordinateur très particulier : il contient en effet 90 serveurs d’une puissance de calcul de 2 880 ordinateurs. Watson – il tient son nom du fondateur d’IBM Thomas J. Watson – est un système d’ordinateur qui comprend le langage naturel de l’homme (concrètement l’anglais), analyse des mots et des relations, traite rapidement des informations et donne des réponses précises aux questions en langage naturel. Il a notamment pu montrer ce qu’il sait faire au mois de février de cette année dans le jeu télé américain « Jeopardy« . Celui qui veut réussir dans cette émission culte doit avoir une culture générale développée, pouvoir réagir très vite, être capable de penser en faisant des associations, disposer d’une très bonne intuition et d’un très bon sens de la langue – et bien entendu être capable d’apprendre. Pour un ordinateur, le jeu est un défi ultime et ceci plus qu’un jeu d’échec étant donné que les indices donnés dans le jeu contiennent des jeux de mots, des sens cachés, de l’ironie, des énigmes et autres finesses sémantiques similaires sur lesquelles le cerveau humain devançait jusqu’à présent de loin l’ordinateur. Pour rappel : déjà en 1997, l’ordinateur d’échecs d’IBM (Deep Blue) est certes parvenu à vaincre le champion du monde des échecs de l’époque, Garry Kasparov. Mais pour un ordinateur, même les échecs pratiqués au plus haut niveau sont moins difficiles « Jeopardy ».

Dr. Watson bat les champions de « Jeopardy »

Le Dr. Watson a toutefois brillamment démontré qu’il est à la hauteur du défi « Jeopardy » lors de sa confrontation au début de l’année avec 2 champions qu’il a battus tous les deux. Pour pouvoir faire face à des candidats de choix humains dans ce jeu, un ordinateur doit pouvoir répondre à environ 70 % des questions posées avec une exactitude de plus de 80 % en 3 secondes maximum. Le Dr. Watson travaille avec la technique d’IBM appelée « DeepQA« . Elle permet une nouvelle forme d’analyse au cours de laquelle plusieurs milliers de tâches sont traitées simultanément en quelques secondes pour répondre correctement aux questions dans une langue naturelle. Selon les données de l’entreprise, Watson dispose d’environ 200 millions de pages de connaissances en langue humaine (ce qui correspond environ à un million de livres lus) parmi lesquelles des connaissances médicales. Le projet Watson est dirigé par le chercheur, le Dr. David Ferrucci, chez IBM.

Watson goes Medicine

En collaboration avec IBM et Nuance, le premier fournisseur de logiciels de reconnaissance vocale, des scientifiques de l’université du Maryland (School of Medicine) à Baltimore et du « Columbia University Medical Center » (New York) veulent maintenant employer le Dr. Watson en médecine. « Le savoir médical a été multiplié par 2 en l’espace de quelques années »; Janet Dillione, Directrice du service Marchés de la Santé chez Nuance est ainsi citée dans le magazine « Technology Review » (« TR »). Aucun cerveau humain ne serait en mesure d’avoir toutes ces informations sous la main, et de loin. À la différence d’autres systèmes informatiques de santé, Watson serait de plus le premier ordinateur qui pourrait traiter de manière raisonnable les informations médicales sous forme d’enregistrement vocal, notes et articles, disait Dillione à « TR ». Selon les « American Medical News« , IBM s’est entretemps associé à 8 universités pour pouvoir alimenter le super ordinateur en informations médicales et pour trouver comment les médecins peuvent travailler au mieux avec le système.

Il ne remplace pas le médecin mais l’aide

Selon le radiologue et spécialiste en médecine nucléaire, le Professeur Eliot L. Siegel, qui dirige le projet à la « School of Medicine », le Dr. Watson pourrait engendrer une renaissance de l’ »intelligence artificielle » en médecine. Le super ordinateur ne remplacerait certainement pas les médecins mais pourrait aussi ne pas se contenter de rassembler d’énormes quantités de données : il pourrait aussi organiser et préparer selon le besoin et faire plusieurs propositions de diagnostic par exemple. Le diagnostic, la thérapie et la sécurité du traitement pourraient être ainsi améliorés et les coûts pourraient être réduits. Le Dr. Watson pourrait donc devenir un assistant précieux qui pour ainsi dire « se tient » aux côtés du médecin en face du patient et délivre des informations en temps réel. Dans une situation concrète de traitement, le Dr. Watson pourrait, pas tout seul, délivrer les données d’études les plus actuelles concernant une quelconque thérapie médicamenteuse et avant tout des informations individuelles sur des découvertes de laboratoire allant par exemple jusqu’aux données réelles du génome. Selon Siegel, le Dr. Watson pourrait effectivement permettre une « médecine personnalisée« . Le néphrologue, le Professeur Herbert Chase de la « Columbia University » à New York qui a travaillé sur le développement du super ordinateur, est aussi de cet avis. Tout comme Siegel, sa collaboratrice, le Dr. Nancy Knight, considère aussi le super ordinateur comme un assistant potentiel précieux pour les médecins mais ne le voit en aucun cas remplacer le médecin. « Le médecin sera toujours celui qui prend finalement la décision. Nous ne voulons pas une sorte de « HAL » dans la médecine ». HAL était le super ordinateur fictif dans le film de Kubrick « 2001, l’Odyssée de l’espace » qui devint névrosé et qui éteignit les systèmes de maintien en vie de 3 astronautes lorsqu’il apprit, grâce à l’observation du mouvement des lèvres, que les astronautes envisageaient de le débrancher.

Ni escarmouche professionnelle, ni vision

Selon les données d’IBM et de Nuance, une version commerciale de Watson pourrait être disponible dans environ 1,5 à 2 ans. Mais selon l’estimation de Siegel, cela prendra encore plusieurs années avant que l’intégration dans la médecine ne soit complète. Les 2 entreprises veulent tout d’abord savoir de quelles données médicales Watson a effectivement besoin. La prochaine tâche sera alors de préparer les données. C’est ce qui sera difficile étant donné que les « textes médicaux contiennent souvent des acronymes à 2 sens, des abréviations, des tableaux et des énumérations et des formulations non courantes grammatiquement », explique Stephane Meystre, bio-informaticien à l’université d’Utah dans « TR ». Cela devrait être tout aussi difficile à Watson de suivre les discussions médecin-patients. Le problème majeur n’est pas la rapidité mais la précision. Celui qui veut utiliser le Dr. Watson va donc devoir s’entrainer; on cite là le professeur assistant Rohit J. Kate qui, comme expert, travaille sur le traitement du langage à l’université du Wisconsin dans le Milwaukee. Avant que Watson ne soit capable de participer à des conversations professionnelles avec des médecins et le personnel soignant, il va s’écouler encore au moins 10 ans estime Kate. Ferruci souligne aussi : « Nos travaux pour « Jeopardy » vont dans la bonne direction mais nous n’y sommes pas encore. Des discussions intelligentes avec des machines comme par exemple dans « Star Trek » sont encore utopiques.“

Errer n’est pas qu’humain

Tous les experts ne sont toutefois pas enthousiasmés par le Dr. Watson. « Résoudre des questions épineuses à Jeopardy n’est pas la même chose que résoudre des problèmes médicaux », dit par exemple le Professeur Edward Shortliffe, Président de la « American Medical Informatics Assn.« . Des concurrents potentiels comme par exemple Jason Maude, chef et co-fondateur de l’entreprise « Isabel Healthcare » qui a développé avec « Isabel » il y a environ 10 ans un système d’experts pour le diagnostic, sont bien évidemment aussi septiques. « Qu’est-ce que Watson nous apporte qui n’existe pas déjà ? »; c’est une question rhétorique de Maude. Par ailleurs : le Dr. Watson n’est également pas imbattable. Le 1er mars, il perdit dans « Jeopardy » contre le physicien atomique Rush Holt qui a déjà gagné 5 fois.

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