Les médecins font-ils les meilleures recommandations ?

5. juillet 2011
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Une étude actuelle montre que ce que les médecins recommandent à leurs patients peut être complètement différent de ce qui rentrerait en ligne de compte pour eux. En effet, non seulement les sentiments sont importants dans les décisions : la communication avec le patient aussi.

Si un patient doit faire face à une décision médicale difficile, il s’en réfère la plupart du temps à l’avis de son médecin traitant. Mais comment une décision pour une recommandation est-elle prise et quels facteurs influencent le médecin ? Des chercheurs américains se sont penché sur cette question lors d’une étude actuelle et ont découvert qu’il y a un grand fossé entre les recommandations pour les patients et ce que les médecins feraient pour eux-mêmes.

Scénario 1 : le cancer de l’intestin

Peter Ubel de la Duke University et ses collègues purent montrer à l’aide de questionnaires que la décision de certaines recommandations de traitement modifie l’avis du médecin pour la recommandation. Les chercheurs ont développé 2 scénarios à cet effet : 500 médecins de famille devaient s’imaginer qu’eux-mêmes ou un de leurs patients soient diagnostiqués comme ayant un carcinome du côlon. Ils devaient alors choisir l’une des 2 thérapies proposées. Les 2 traitements promettaient une guérison à 80 % des personnes concernées mais l’un des traitements faisait état d’une plus grande mortalité liée à la thérapie alors qu’il avait moins d’effets secondaires. L’autre possibilité de traitement avait un risque de mortalité plus faible mais pour cela aussi un taux de colostomie plus élevé, le risque de diarrhées chroniques, d’occlusions intestinales intermittentes et de troubles de la cicatrisation.

242 médecins et donc presque la moitié des interrogés répondirent aux questions sur les décisions de thérapies. 37,8 % choisirent pour eux-mêmes la méthode de traitement avec le taux de mortalité plus élevé mais avec un moindre risque d’effets secondaires. Seulement 24,5 des médecins recommandaient cette thérapie à leurs patients.

Scénario 2 : la grippe aviaire

1 600 médecins devraient s’imaginer qu’une nouvelle souche du virus de la grippe aviaire se répandait. Une partie des médecins devrait considérer qu’ils étaient eux-mêmes contaminés, une autre partie devait partir du principe qu’un patient est infecté. Un traitement avec une immunoglobuline était possible. Sans cette thérapie, 10 % mourraient et 30 % devraient aller à l’hôpital pendant une semaine. Le traitement pourrait faire diminuer de moitié le taux de complications mais aussi conduire à la mort chez 1 % des personnes traitées et avoir pour conséquence une lésion permanente des nerfs avec paralysie chez 4 %.

698 médecins (43,6 %) répondirent et 62,9 % refusèrent un traitement avec immunoglobuline pour eux-mêmes en cas d’infection. Seulement 48,5 % des médecins recommandaient à leurs patients de renoncer à la thérapie.

Quelle est la décision optimale ?

Il est difficile de dire laquelle des décisions serait la meilleure au cas par cas. Le résultat tout comme l’étude toute entière reste aussi hypothétique car il s’agirait bien de cas de maladie non réels. Le processus de la prise de décision des médecins pour les patients ou sa propre personne semble toutefois différent. Ce qui ne veut pas dire que cela soit préjudiciable pour les patients. Ce qui est probable, c’est que les décisions concernant les recommandations de thérapie pour les patients soient prises de manière plus rationnelle alors que pour les propres décisions, des sentiments comme la peur des effets secondaires et des préjudices durables sur la santé jouent un rôle.

Quel rôle joue le patient dans la décision ?

Dans la réalité, le médecin se trouve en conversation la plupart du temps avec son patient et prend, dans la majorité des cas, ses idées et préférences en considération pour établir le traitement. Une étude de l’année 2007 permet du moins de formuler cette conclusion à ce sujet. Cette étude se réfère également au sondage de plus de 1 000 médecins et il est possible qu’elle ne reflète pas la pratique.

Pour 53 % des réponses, 2 tiers des médecins indiquèrent rechercher de préférence une décision avec le patient. 14 % étaient plutôt d’avis de prendre une décision à leur place et 11 % privilégiaient l’avis des patients. Le style de décision et la décision elle-même sont donc dépendants de différents facteurs et le patient reste la donnée inconnue dans ces études.

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