Thérapie Borderline : Mâle-entendu sous les feux de la rampe

7. octobre 2013
Share article

Les patients borderline peuvent sympathiser avec d’autres personnes - mais il arrive souvent qu’ils se méprennent sur les gens. Ce paradoxe est lié à la mentalisation. La thérapie basée sur la mentalisation pourrait, selon une étude, les aider.

Sous le terme « mentalisation », les psychologues regroupent les capacités, les désirs, les fantasmes, les pensées et les intentions pour évaluer les autres personnes. Celui qui peut mentaliser a la capacité de réfléchir sur lui-même et les autres. Les soi-disant « états mentaux » – comme par exemple les désirs et les intentions – peuvent être tirés de gestes, expressions faciales et mouvements de main.

La recherche a montré que la mentalisation est altérée chez les patients présentant un trouble de la personnalité borderline. Le psychanalyste Peter Fonagy et Anthony Bateman ont développé une thérapie qui améliore la mentalisation : la psychothérapie basée sur la mentalisation (MBT). Cette méthode de thérapie psychodynamique est un module qui peut être incorporé dans diverses formes de thérapie. Dans ce cadre, le thérapeute donne au patient la possibilité de réfléchir à ses propres états mentaux et aux états de la personne en face. Fonagy et Bateman présentent largement le MBT dans leur livre « Psychothérapie des troubles de la personnalité borderline » (2008).

De bons résultats à long terme

Récemment, les auteurs ont présenté leurs résultats à long terme d’une étude randomisée et contrôlée sur la MBT. Ils ont évalué les données de 41 patients qui suivaient un traitement semi-hospitalier en raison de troubles de la personnalité borderline. Les patients ont été assignés au hasard à un groupe de MBT et à un groupe de thérapie standard. Les participants du groupe MBT ont reçu 18 mois de traitement basé sur la mentalisation et ont suivi encore 18 mois après la sortie de l’hôpital un groupe de MBT. Le groupe témoin a reçu un traitement psychiatrique standard. 8 ans après le début de l’étude ou 5 ans après la fin du traitement, la thérapie basée sur la mentalisation a montré que les patients dans le groupe MBT ont largement plus bénéficié de leur traitement que les patients du groupe de traitement standard.

Alors que « seulement » 23 % du groupe MBT était encore suicidaire, la proportion de patients suicidaires arrivait à 74 % dans le groupe standard. En outre, l’utilisation de médicaments était significativement plus faible dans le groupe MBT que dans le groupe standard : les patients MBT prirent pendant 0,02 ans trois médicaments ou plus, alors que ce temps était de 1,9 ans chez les patients dans le groupe standard. 45 % du groupe MBT et 10% du groupe standard avaient une valeur d’environ 60 sur l’échelle GAF (Global Assessment of Functionning Scale). Alors que les patients MBT travaillaient ou étaient en formation depuis environ 3,2 ans, la durée moyenne de travail/formation pour les patients du groupe témoin était de 1,2 ans.

L’hyper-mentalisation est aussi traitable

Un problème particulier de nombreux patients borderline est l’« hyper-mentalisation ». En raison de leur traumatisme passé, les patients sont constamment à l’affût, pour ainsi dire, et interprètent les actions et les intentions des autres. Exemple : une patiente invite une amie à son anniversaire. Cette ami refuse parce qu’elle a déjà un rendez-vous important ce jour-là. Le patient en conclut que l’amie refuse généralement ses invitations.

Déterminer si les patients ont tendance à l’hyper-mentalisation est, par exemple, possible en utilisant le « Movie for the Assessment of Social Cognition » (MASC). Dans ce cadre, 15 minutes du film seront présentés au patient. Après différentes scènes, il est demandé aux patients comment ils interprètent ces séquences. Les chercheurs peuvent déterminer si le patient n’a pas mentalisé (par exemple prendre tout au pied de la lettre) s’ils mentalisent de manière inférieure à la moyenne, adéquatement ou de manière supérieure à la moyenne (par exemple, sur-interpréter les comportements).

Carla Sharp et ses collègues de l’Université de Houston, Texas, Etats-Unis, ont examiné si l’hyper-mentalisation est une caractéristique des patients borderline et si ce type de mentalisation peut être réduite par une thérapie psychodynamique des patients hospitalisés.

Sur 164 participants adolescents à l’étude, 68 (41%) avaient un trouble de la personnalité borderline. L’hyper-mentalisation était indépendante des problèmes internes ou externes montrés. Comparativement aux patients atteints d’autres maladies, l’hyper-mentalisation était particulièrement fréquente chez les patients borderline. Plus l’hyper-mentalisation était prononcée à l’admission à l’hôpital, plus les patients borderline souffrent aussi de leurs symptômes.

Les chercheurs montrèrent pour les patients concernés une réduction significative de l’hyper-mentalisation entre la date d’admission à l’hôpital et la date de sortie (F = 76,11, p < 0,01 ). La réduction de l’hyper-mentalisation était hautement significativement associée à la réduction des symptômes borderline (r = -0.25, p = 0,005). Tous les patients avaient reçu un thérapie interpersonnelle psychodynamique, qui a pour objectif, entre autres, d’améliorer la mentalisation des patients.

L’hypothèse fréquemment rencontrée, selon laquelle les patients borderline ne mentalisent pas ou faiblement, doit être considérée de manière critique. Beaucoup de patients borderline se caractérisent plutôt par le fait qu’ils mentalisent « trop ». Leur capacité à mentaliser est donc très souvent existante mais dans une forme perturbée. L’utilisation de la thérapie psychodynamique basée sur la mentalisation peut leur permettre de retrouver la normalité.

5 note(s) (4.4 ø)
Médecine, Psychiatrie

Comments are exhausted yet.



Langue:
Suivre DocCheck: