Les boissons énergisantes : jusqu’au matin de l’horreur ?

7. octobre 2013
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Un marketing sophistiqué et un mélange de caféine, de taurine et du sucre ont aidé les boissons énergisantes au cours des dix dernières années à devenir extrêmement populaires. De temps en temps, cependant, les grandes envolées dues à ce dopant atterrissent aux urgences.

« Quelques « Flügerl » et tu tiendras les fêtes jusqu’au bout de la nuit ». C’est ainsi que les opérateurs de boîte de nuit avec le leader du marché des boissons énergisantes en Allemagne visent leur groupe cible. Le contenu de 5,2 milliard de canettes de cette boisson stimulante sans mélange provenant d’Autriche fut vidé l’an dernier dans le gosier de personnes de 10 à 40 ans avides d’énergie. Les boissons désaltérantes contenant de la caféine sont le segment le plus dynamique dans le marché des boissons, soit environ 5 litres par personne et par an en Allemagne, plus de deux fois plus chez nos voisins du sud.

Energy Shot : retour de flamme ?

Une « Flügerl », comme le savent les initiés, se réfère à la combinaison de boisson énergétique avec de la vodka et fait monter le baromètre de l’humeur de manière encore plus efficace qu’une boisson gazeuse à la caféine. Mais il y a aussi une autre statistique sur la popularité de ces boissons : il y a huit ans, les urgences des cliniques américaines enregistrèrent autour de 1 500 admissions directement liées à la consommation de boissons énergisantes. En 2007, ce nombre est passé à environ 10 000. Quatre ans plus tard, ce nombre faisait plus que doubler. Pendant cette période, la limite d’âge approximatif ne s’est plus limitée depuis longtemps à 40 ans, mais continue d’augmenter. Un peu plus de la moitié des cas correspondent aux effets secondaires des boissons énergétiques, le reste est basé sur l’utilisation concomitante d’alcool ou d’autres stimulants comme le méthylphénidate (Ritaline®). Selon les statistiques, un américain sur dix consomme, en plus des stimulants, des drogues illégales.

La teneur en caféine d’une portion de 250 ml est d’environ une tasse de café. Mais ce n’est que dans de très rares cas qu’on en reste à une ou deux canettes lors d’une grande nuit de fête ou un long trajet de voiture lors d’un été chaud. Et ceux qui veulent quelque chose de plus concentré ne se contentent pas d’une boisson énergisante normale, mais d’un « Energy-Shot ». Au lieu des habituels 80 mg de caféine dans le quart de litre de la canette, ils en mettent 50 à 200 mg dans 25 à 100 ml de liquide. Une raison suffisante selon « Foodwatch » pour appeler à l’interdiction des « shots » il y a quelques semaines. L’Institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques en 2009 avait exprimé de fortes réserves contre ce dopant légal.

Amélioration de la performance : on se sent souvent plus que réel

En plus de la caféine, la boisson contient des vitamines, des extraits de plantes, de sucre et, dans de nombreux cas, de la taurine. Cet acide sulfonique peut également stimuler le métabolisme, en coopération avec la caféine et contribue ainsi au plaisir jusqu’à plus de minuit. La taurine fait que le volume des cellules musculaires augmente par l’entrée d’eau. En plus de l’hypertrophie musculaire, on accroit aussi la performance et l’endurance des muscles. Dans les neurones, la taurine agit par l’intermédiaire du flux entrant d’ion en créant une hyperpolarisation et donc une inhibition neuronale. Normalement, cependant, le corps lui-même fournit une assez grande quantité de taurine, donc il n’y a pas de tendance claire à l’augmentation de la performance physique en taurine détectable dans les études précédentes.

En général, les boissons contenant de la caféine fournissent effectivement plus d’énergie pour le corps et l’esprit. Les études le prouvent clairement. C’est aussi le cas, par exemple, pour le café, le thé ou le cola – ou de la caféine sous forme de comprimés, comme le montrèrent les investigations menées par Andreas Franke et Klaus Lieb de l’Université de Würzburg. Mais il y a aussi souvent une auto-sur-évaluation de ses performances. Ainsi, dans les tests de réflexe, les participants dopés aux boissons énergisantes s’en tirent moins bien que les autres. Avec plus de 500 mg de caféine les mains commencent à trembler, l’excitation ne se laisse souvent plus contrôler et enfin le sommeil est perturbé.

Sexe, drogue et crise cardiaque

Celui qui adoucit la fête avec de telles canettes ne pense en général pas au sommeil, mais à quelque chose de totalement différent. Le contenu permet – mélangé avec de l’alcool – à avoir une plus grande envie de se lancer dans des aventures, et ainsi les personnes sont significativement plus susceptibles d’ avoir des rapports sexuels non protégés, être agressives ou consommer des drogues comme le rapportèrent deux publications de Virginie et du Wisconsin au cours des deux dernières années. Lors d’expériences avec des souris, des doses élevées de taurines couplées avec l’alcool étaient même mortelles.

En raison des nombreux effets secondaires des boissons énergisantes – c’est-à-dire, pour des doses élevées, incluant aussi des arythmies cardiaques et des infarctus du myocarde dans le pire des cas de dysfonction endothéliale et de la coagulation – les enfants et les femmes enceintes doivent être extrêmement prudents dans leur consommation. Néanmoins des enquêtes ont déjà rapporté que deux jeunes de 10 à 19 ans sur trois se sont déjà mis dans l’ambiance avec ces boissons à la mode, un sur dix en utilise même plusieurs fois par semaine. Des décès chez les jeunes après une consommation excessive de boissons énergisantes ont également été signalés aux États-Unis. L’administration américaine Food and Drug détermine actuellement si leur utilisation était la cause des cas mortels.

Celui qui ajoute de l’alcool au mélange caféine – taurine – sucre perd la sensation de l’augmentation du taux d’alcoolémie. Il y a sept ans Sionaldo Ferreira de l’Université de Sao Paolo au Brésil décrivit déjà les effets du Red Bull® avec de la vodka : moins de maux de tête, des problèmes de coordination, ou la bouche sèche étaient les sensations des consommateurs. De plus, des tests objectifs des réflexes et de coordination motrice montrèrent clairement des déficits visibles.

Marketing : promesses et autres astuces

Le fait que la demande pour les boissons énergisantes augmente encore est probablement lié aux grandes dépenses en publicité et marketing. Carl Henneghan et ses collègues de l’Université d’ Oxford étudièrent si les promesses de performance sans effets secondaires sont basées sur des données fiables et ils publièrent leurs résultats l’année dernière dans le British Medical Journal : sur plus de 400 allégations sur la santé dans des publicités dans les magazines et sur le net, moins de la moitié donnait des informations sur des études sous-jacentes. En ce qui concerne ces études, seulement trois pour cent furent décrites comme étant de haute qualité et avec des informations précises sur la randomisation et le double-aveugle. Dans aucune de ces annonces ne fut trouvée l’indication d’une revue systématique comme document d’appui pour les allégations.

Ainsi de nombreux spécialistes de la nutrition considèrent les petits Energy-Shots comme un stratagème de marketing sophistiqué. Depuis 2012, la limite supérieure de l’UE pour la caféine se situe à 32 mg par 100 ml de boisson énergétique. Les « shots » ne sont pas enregistrés comme « nourriture », mais comme « complément alimentaire » et peuvent donc contourner cette règle. Bien que, sur la canette, il y a la recommandation requise de consommer un maximum d’une portion par jour, l’Institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques (BfR) émet des doutes sur le fait que les (soi-disant) athlètes suivent vraiment cette recommandation. Par conséquent, une recommandation pure n’est pas suffisante, selon l’opinion du BfR. À partir d’un certain nombre de canettes prises en une journée, les « shots » ne sont pas sûrs en ce qui concerne les effets indésirables.

« Risque accru de maladie ou même de mort »

Même aux États-Unis, un certain nombre d’éminents professeurs ont écrit récemment une lettre ouverte à la FDA. Dedans, ils écrivent qu’ « il existe des preuves dans la littérature scientifique publiée que les quantités de caféine contenues dans les boissons énergétiques présentent des risques graves pour la santé, un risque accru de maladie ou même de mort. » Par conséquent, les soussignés appellent la FDA à protéger en particulier les enfants et les jeunes contre ces dangers.

20 morceaux de sucre par portion

Le dernier numéro de la revue « Test » de la Stiftung Warentest énumère un certain nombre de boissons énergisantes disponibles en Allemagne. Les auteurs font ici aussi part d’un risque supplémentaire : un demi-litre d’une boisson populaire contient environ 70 g de sucre pour 500 ml, ce qui correspond à plus de 20 morceaux de sucre. Ainsi, les besoins quotidiens moyens des femmes et même des enfants seraient dépassés de beaucoup. Dans cet ordre de grandeur, le sucre dans les boissons énergétiques présente un risque pour la santé. Pour la quasi-totalité de ces boissons, Warentest donna comme indication : « ne convient pas à étancher votre soif. »

La boisson énergétique de la société autrichienne est selon l’information sur son site Internet « appréciée par les athlètes, les étudiants, dans les professions très exigeantes, et sur ​​les longs trajets en voiture ». Jusqu’à présent, il y a peu d’études concluantes qui prouvent que l’effet des boissons énergisantes va au-delà de celui d’une tasse de bon café. Celui qui les utilise en outre pour étancher sa soif risque rapidement de dépasser ​​son besoin en caféine une fois l’objectif atteint. En combinaison avec l’alcool, ces boissons laissent miroiter pour les consommateurs des performances plus importantes qu’elles ne sont en réalité. Bien que quelques gorgées d’énergie liquide puissent inspirer, elles ne font pas d’un sportif de canapé un champion du monde de Formule 1.

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