Sucre : la dernière drogue légale

7. octobre 2013
Share article

Trop de sucre est mauvais pour la santé, nous le répétons déjà à nos enfants. Mais qu’est-ce que « trop » ? C’est ce que des scientifiques ont récemment étudié sur des souris, auxquelles ils ont administré un régime sucré. Même de petites quantités de sucre ont eu un impact négatif sur les animaux.

Statistiquement, chaque Allemand consomme environ 34 kg de sucre par an. En fait, le corps humain n’a pas réellement besoin d’apport en sucre, il peut facilement produire du sucre à partir des glucides eux-mêmes. Le goût pour le sucré est apparemment inné, car même le lait maternel a un goût très doux et, dans la nature, le goût sucré est un signal de non toxicité. Pour nos ancêtres, la nourriture était rare et le sucre disponible sous forme de miel ou de fruits. Aujourd’hui, il y a du sucre en abondance – une entreprise pesant des milliards de dollars pour l’industrie. Le sucre de table ou saccharose, se compose chimiquement de deux parties : le glucose, également appelé dextrose et le fructose, le sucre des fruits.

Le sucre est le sucre

Le glucose est assimilé par le corps à l’aide de l’insuline, une hormone. Comme le fructose est traité directement par le foie, il a été longtemps considéré comme une alternative plus saine. Mais maintenant, il existe des preuves selon lesquelles le fructose favorise l’obésité et le développement du diabète. Si beaucoup de fructose, souvent ajouté aux boissons gazeuses en raison de son haut pouvoir sucrant, est consommé, le foie stocke de la graisse. Par la suite, les enfants peuvent développer tôt une cirrhose. Le fructose des fruits est considéré comme moins impactant pour le corps, puisque les fibres des fruits doivent être digérées et cela permet ainsi d’éviter que le sucre ne pénètre trop rapidement dans le foie. En outre, le corps absorbe également des vitamines essentielles en mangeant des fruits.

À quoi correspond « trop » de sucre ?

Mais quelle quantité de sucre peut absorber le corps humain sans nous rendre malade ? Le Dr. Ina Bergheim de l’Université de Hohenheim, qui a déjà été aux prises avec la question de la consommation de sucre dans le cadre d’enfants en surpoids, commenta sur ce sujet au cours de la WDR : « Jusqu’ici, peu ou pas de données nous indiquent la valeur correspondant à trop de sucre. Nous avons trouvé dans nos propres études des enfants qui sont de poids normal et ne souffrent pas encore de dommages au foie ou d’hypertension artérielle, mais qui consomment deux fois plus de sucre par rapport à un enfant en surpoids ».

Le sucre est un poison ?

Pour le professeur Robert Lustig, de l’Université de Californie à San Francisco, Etats-Unis, le sucre est un problème majeur dans le vrai sens du terme pour la société. Il tire la sonnette d’alarme depuis des années en expliquant que le sucre n’est pas un problème dans le contrôle de l’obésité et ses conséquences, mais LE problème. « La plupart des gens, y compris de nombreux scientifiques, pensent donc que le sucre est dangereux car ce sont des calories vides. Nous allons plus loin : le sucre est à notre avis un poison comme l’alcool, car il agit dans le métabolisme de manière similaire à l’alcool. » Ses déclarations ne sont pas sans controverses, mais il y a maintenant, même aux États-Unis, de plus en plus de scientifiques critiques sur le sucre. « Comme le sucre est addictif et est disponible partout en trop grande quantité, les gens mangeront du sucre, tant que nous n’interviendrons pas dans la société », déclara le professeur Lustig. Le professeur Rainer Spanagel de l’Université de Heidelberg résume le problème de sucre en un mot : « La civilisation a pris le dessus sur l’évolution. Car l’évolution n’avait pas prévu qu’un jour les gens vivent dans un paradis. Et c’est ce que nous faisons aujourd’hui en termes de nourriture. »

Un danger aussi pour les minces

Le sucre n’est pas seulement un problème de personnes en surpoids. Même chez les personnes maigres, le métabolisme de l’insuline peut devenir anormal à cause d’une trop grande quantité de sucre, comme le montrent les – environ – 15% de non – obèses diabétiques de type II. Les cellules tumorales aiment aussi le sucre – mais cela est scientifiquement controversé. Certains chercheurs, dont le professeur Lewis Cantley de la Harvard Medical School à Boston, suppose même que le sucre pourrait causer des cancers. Il suggère que 30% des cas de cancer en Europe et aux États-Unis pourraient être évités par une consommation plus rationnelle de sucre. Pour l’instant, cela est juste une supposition. Cependant, une chose est sûre : 24 types différents de cancers surviennent plus souvent chez les diabétiques, selon Cantley. Et parce que de plus en plus jeunes souffrent de diabète, le risque de cancer augmente aussi dans ce groupe d’âge.

Comment fonctionne un apport en sucre réaliste ?

Que le sucre soit causalement impliqué dans diverses maladies est une chose bien connue. Mais quelle quantité de sucre correspond à « trop de sucre » ? Cette question a été abordée par une équipe de chercheurs de l’Université de l’Utah à Salt Lake City, USA. Pour ce faire, ils ont nourri la moitié de leurs près de 100 souris de type sauvage, qui ont un métabolisme et un comportement naturel, avec un régime normal et l’autre moitié avec de la nourriture sucrée. 25% des calories de la nourriture sucrée provenaient d’un mélange glucose-fructose comme cela se produit dans de nombreuses boissons gazeuses. Transposée à l’homme, cette nourriture reflète une alimentation saine normale plus trois verres de limonade quotidiens, expliquent les chercheurs. Environ un quart des Américains consomment cette dose quotidienne de sucre.

Morts plus tôt, progéniture moindre, aucune affirmation de soi

Au cours de leur étude, les scientifiques ont observé le comportement des animaux, leur capacité de reproduction et leur vie. Chez les femelles, la consommation de sucre a eu un impact sur ​​la durée de vie. Après 32 semaines, 35 % des mangeurs de sucre était mort, alors que chez les souris nourries normalement, il n’y en avait que 17% – à peine la moitié. Chez les mâles, le sucre n’a pas influencé le taux de mortalité, mais probablement leur capacité de reproduction : les mâles nourris avec du sucre avaient environ un quart de progénitures en moins que les mâles dans le groupe témoin, rapportent les chercheurs. Et leur comportement a montré des différences : les mâles du groupe « sucre » avaient significativement moins de chances de gagner les places convoitées dans la cage.

En apparence discrète

Les résultats expérimentaux, que les scientifiques ont publié en août dans la prestigieuse revue « Nature Communications », ont été interprétés comme suit : « Le sucre que nous prenons tous les jours et qui était auparavant considéré comme sans danger, correspond même à des doses nocives », a déclaré le coordinateur de l’étude, le Dr James Ruff. Et peut-être encore plus effrayant : les animaux de laboratoire consommant du sucre n’étaient apparemment extérieurement aucunement différents des animaux témoins nourris sans sucres : ils n’étaient pas plus gros ni n’avaient une glycémie élevée ou des niveaux d’insuline anormaux. Seuls les niveaux de cholestérol étaient légèrement plus élevés, selon les chercheurs.

Pourquoi ce type d’étude n’existe pas depuis longtemps ? « Cela a déjà été fait, mais avec des doses beaucoup plus élevées de sucre et des souris de laboratoire sélectionnées qui étaient élevées dans un environnement peu naturel », écrivent les chercheurs, qui étaient principalement intéressés dans la mise en place de conditions expérimentales réelles.

Interdiction du sucre à New York

Le fait que le sucre est devenu dans notre société un énorme problème est montré par les efforts jusqu’à présent infructueux du maire de New York pour venir à bout de cette poudre blanche et douce : 60 % de la population de New York sont considérés comme étant en surpoids. Le maire Bloomberg s’est vu contraint de réagir et a tenté d’interdire toutes les coupes XXL pour les boissons gazeuses et le café au début de cette année. Ces boissons ne peuvent plus être vendues dans des tasses d’un volume supérieur à 16 onces, soit 473 millilitres. Toutefois, ce projet de loi bien intentionné n’a pas résisté aux plaintes de l’industrie des boissons. Le fait que la taille du récipient de boisson ait un rôle déterminant dans le style de la nutrition de la population reste également sujet à caution.

22 note(s) (4.59 ø)

Comments are exhausted yet.

3 commentaires:

Dr Cyrus Terrani
Dr Cyrus Terrani

Pour être plus complet, je dirais que le fructose est présent soit sous sa forme libre (cyclique ou linéaire), soit sous sa forme associé au glucose (sucrose ou saccharose). Ce sont les fruits et légumes qui en contiennent le plus, à des proportions variables. P ex la pomme et la poire contiennent bcp plus de fructose libre que de sucrose. Le foie manque d’une enzyme: Hexokinase pour métaboliser le fructose d’où sa souffrance. Et ‘intervention du Fructokinase hépatique va produire un produit potentiellement nocif pour l’organisme (cf Dr Lustig).
FRUCTOSE=POISON.

#3 |
  0
Dr Cyrus Terrani
Dr Cyrus Terrani

Bonjour.
Le Dr Robert Lustig a bien dit que c’est le « fructose » qui est un poison et non le glucose. Ceci n’est pas une information nouvelle mais personne n’ose en parler. Parce que le slogan sacré venu de je ne sais où: » Manger 5 fruits et légumes /j » qui est une débilité, risque de mordre la poussière.
Le sucrose est un disaccharide de Glc et fructose, et ce dernier se transforme rapidement en graisse amenant même à une stéatose hépatique (dès 3 pommes/j) et n’ôte pas la sensation de faim car pas d’influence sur la Leptine.
Donc de grâce, même si on aime tous le fruits et légumes, ne laissons pas l’industrie agro-alimentaire nous imposer un dictât par la désinformation par soucis de profit et non de salubrité publique.

#2 |
  0
Infirmière ressource en soins palliatifs et douleur Muriel Delacquis
Infirmière ressource en soins palliatifs et douleur Muriel Delacquis

Bonjour,
Merci pour votre article. Peut-être connaissez-vous le livre ci après:
« Le mal du sucre » de Danièle Starenkyj (27 septembre 2000)
Ecrivain Canadienne depuis bien longtemps sensiblisée et ayant écrit sur le sujet.
Encore merci de nous avoir adressé cette alerte sur ce produit de consommation omniprésent dans nos assiette.
Cordialement,
M. D.

#1 |
  0


Langue:
Suivre DocCheck: