Canal déférent : passage interdit

4. août 2011
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De plus en plus d´hommes se décident pour la stérilisation. A l´opposé de la vasectomie classique, un procédé utilisant un bouchon plastique permet de revenir facilement en arrière plus tard. Son autorisation de mise sur le marché est cependant retardée depuis plusieurs années.

De plus en plus d´hommes passent entre les mains des urologues pour subir une vasectomie ou une section des canaux déférents. Jusqu´à 1/3 des patients opérés subissent par la suite des douleurs lors de reflux testiculaires : les spermatozoïdes nouvellement formé ne peuvent plus passer l´épidyme, des tuméfactions s´ensuivent alors. D´autres désagréments peuvent être causés par des inflammations ou l´augmentation de la quantité de tissu conjonctif.

Il est vrai qu´en théorie, une vasectomie peut être réversible. Dans ce cas, les chirurgiens essaient de relier sous microscope les canaux qui ont été coupés. Les résultats fluctuent fortement : dans beaucoup de publications, des collègues parlent de 50 % de réussite, d´autres articles indiquent que les capacités reproductives peuvent remonter jusqu´à 80%. Plus la vasectomie est maintenue longtemps, plus les chances de réussite sont faibles. Si l´homme change d´avis plusieurs années après l´opération, par exemple à cause de changements de condition de vie, lors de la formation d´un couple tardif ayant des envies d´enfant, „il“ a un problème. Il y a donc une demande pour des alternatives.

Du plastique dans le corps

C´est exactement pour ces hommes que le Professeur Sujoy Kumar Guha, un chercheur indien, a cherché de nouveaux procédés : dans le cadre de la méthode RISUG (reversible inhibition of sperm underguidance), les urologues injectent sous anesthésie locale un gel spécial dans les canaux déférents. RISUG est un mélange de deux produits synthétiques, le styrol, connu comme un produit provenant du Styropor (ou polystyrène expansé), et de l´anhydre maléique, un ligand acide organique. Dissous dans du dimethylsulfoxyde et sous l´action de rayons gamma, cela forme en laboratoire un polymère sous forme de gel.

Après injection dans les canaux, le plastique durcit vite. La masse collante referme les structures impliquées, mais il est vrai pas entièrement, pour permettre de réguler la pression dans l´épidyme. Si le spermogramme est négatif -les études de suivi indiquent que le processus dure au maximum 5 jours pour atteindre ce résultat- l’opération est considérée comme réussie. Les scientifiques supposent que l´humidité dans les canaux déférents permet une charge positive du polymère. Si du sperme chargé négativement passe par cette barrière semi-perméable, leur membrane cellulaire serait abîmée. La fonction du flagelle est aussi détruite. C´est la fin du voyage vers l´ovule féminin.

Cette méthode est intéressante en particulier pour les couples avec des désirs d´enfant tardifs : la production de sperme est maintenue, mais comme contraception, ni les hormones à inoculer, ni le gênant préservatif ne sont nécessaires. L´opération n´a pas d´influence sur l´érection ou la quantité d´éjaculat. Et si le thème de la grossesse entre en considération, le composé peut être quasiment chassé avec du dimethylsulfoxyde. Même après plusieurs années, des hommes qui étaient devenus stériles en utilisant cette méthode redeviennent fertiles selon les études. Cependant, cette procédure doit être répétées chez certains patients trois à quatre fois jusqu´à ce que le composé soit totalement éliminé. Sujoy Kumar Guha avait alors pour projet de nouvelles améliorations : il voulait transférer le polymère précédemment décrit avec des petits grains de cuivre et de d´oxyde de fer . Dans un champ magnétique pulsé, les particules peuvent alors se déplacer. Cela permettrait, selon Guha, de rétablir la fertilité sans opération.

Il est important de prendre son temps

Du laboratoire au cabinet, le chemin est, on le sait, long. Les premières études systématiques commencèrent en 1993 avec 17 patients indiens, qui sont tous devenus stériles volontairement grâce à cette méthode. Une étude clinique de phase III avec 193 sujets suivit 7 ans plus tard. Au milieu de l´année 2002, RISUG était presque sur le marché du pays d´origine de Guha, et là, le coup de massue : des médecins de l´Organisation Mondiale de la Santé (OMS) analysèrent les travaux et furent sceptiques. En révisant les procédés, ils remarquèrent que les conditions de production du composé gélifié ne correspondaient à aucun standard pharmaceutique. Les études elles-mêmes se heurtèrent aux critiques, notamment car certaines données importantes étaient partiellement manquantes, selon les experts. Et pourtant, nos collègues indiens ne s´avouèrent pas battus.

Puis vint la mauvaise nouvelle suivante : l´Indian Council for Medical Research demanda de nouveaux avis toxicologiques sur l´innocuité de la méthode – chez certains patients, le scrotum était enflé, et on pouvait détecter des protéines dans les urines. Heureusement, le mélange de matériaux resta indétectable, et les recherches purent continuer. Cependant, les entreprises pharmaceutiques indiquèrent qu´il s´agissait d´un produit peu cher, à utilisation unique, et donc sans grand intérêt pour elles. Et Guha, né en 1939, était entre-temps parti en retraite.

Un grand plongeon dans le bain

C´est à ce moment qu´Elaine Lissner entra dans le jeu. L´américaine, déjà active dans le „Male Contraception Information Project“ acquit pour 100 000 US-Dollar les droits de cette technologie. Avec la fondation Parsemus spécialement créée dans ce but, elle a jusqu´en 2015 pour conquérir le marché. D´ici-là, elle doit encore placer quelques jalons : après analyse des préparations de RISUG provenant des productions indiennes, les chercheurs testent maintenant le composé pour en assurer la qualité et la pureté. Une fois le gel correspondant au cahier des charges originel (au plus tard en été 2011), du Vasalgel propre, tel est son nouveau nom, sera produit en grande quantité pour les tests cliniques. Enfin, Parsemus se consacre à la question de la biocompatibilité. Si tout fonctionne bien, le consortium arrivera en 2012 avec des études toxicologiques, et le début des études cliniques aux USA. Pendant ce temps, le vent a aussi tourné en Inde –de nouvelles études cliniques de phase III sont mises en place, cette fois avec le soutien complet du gouvernement.

Qui doit payer ?

Le but ultime d´Elaine Lissner peut cependant échouer à cause de l´argent – Parsemus a besoin d´à peu près 5 000 000 US-Dollar à chaque étape. A l´heure actuelle, l´américaine espère recevoir un soutien financier public ou des financements de fondations. Il est probable que le réseau WomanCare Global ait des intérêts à la découverte de nouvelles méthodes abordables pour améliorer la contraception en Asie, Afrique et Amérique du sud. Il y a aussi des chances d´attirer l´intérêts de la fondation Bill & Melinda Gates ou de la fondation Susan Thompson Buffett.

RISUG devrait tirer avantage du vieux rêve de la „pilule masculine“. Des approches purement pharmacologiques sont en effet toujours au fond des tiroirs. Et les urologues s´attendent à ce que l´autorisation de mise sur le marché du polymère ait une forte influence sur la vente des préservatifs. Jusqu´à quel point le RISUG ne tuerait pas seulement les spermatozoïdes, mais aussi le virus de l´immunodéficience humaine (VIH) est le sujet de recherches actuelles plus poussées.

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