Expériences de mort imminente : plus de lumière au bout du tunnel

20. septembre 2013
Share article

Depuis des siècles, les expériences de mort imminente sont un mystère pour l’humanité. Une étude récente qui, pour la première fois, a analysé sur des animaux ce qui se passe dans un cerveau mourant apporte plus de clarté à cette discussion animée.

Un sombre tunnel, une lumière vive et des rencontres avec des êtres divins – tout cela était considéré par le prestigieux scientifique de Harvard, Eben Alexander, comme des fantasmes et des dérives de l’imagination que le chirurgien avait souvent entendus dans la bouche de ses patients – jusqu’à fin 2008, lorsqu’il fit une expérience de mort imminente. Tôt le matin, il souffrit de violents maux de tête, qui furent suivis par une crise d’épilepsie. Alexander perdit connaissance et tomba dans le coma. Ses collègues de l’hôpital diagnostiquèrent une forme pratiquement inconnue de méningite chez les adultes.

Pendant que les colibacilles attaquaient le cerveau du neurochirurgien, ses chances de survie étaient réduites à un seul chiffre. Le médecin passa sept jours dans un coma, tandis que des doses élevées d’antibiotiques devaient tuer les bactéries nocives dans le corps. Le néocortex, la partie en charge du traitement sensoriel dans le cortex cérébral, ne montrait plus aucune réaction. Et pourtant, Alexander put plus tard se rappeler exactement ce qu’il ressentit durant ces quelques jours. Son expérience de mort imminente, il la décrit dans un livre intitulé « Proof of Heaven », qui a été publié en français sous le titre « La preuve du paradis » en mars de cette année. Dans son expérience limite entre la vie et la mort, il apparait à la fois un enfer pénible et donnant une sensation désagréable, mais aussi une lumière vive, des fleurs, de la musique, et des anges. Son expérience de mort imminente est très similaire aux expériences que vivent environ une personne sur cinq personnes après un arrêt cardiaque – indépendamment de l’âge, du sexe et du milieu culturel.

Aussi réel que la vraie vie

Maintes et maintes fois, les rescapés rapportent de profonds sentiments de paix, d’amour et de bonheur dans leur transition de la vie à la mort. Des modèles d’expériences comme regarder dans un « tunnel » avec une lumière éclatante à la fin, l’abandon de son corps, la rencontre avec des êtres morts ou surnaturels, ou un examen de sa vie font partie des expériences de mort imminentes les plus souvent vécues. Les concernés ne rapportent qu’occasionnellement des images et des sentiments négatifs. Souvent, les expériences sur la frontière entre la vie et la mort sont décrites comme extrêmement vives, claires et exceptionnellement réelles. Parmi les scientifiques, ces expériences sont cependant controversées car beaucoup excluent une perception consciente du cerveau humain à ce moment-là.

Sans nutriment, pas d’activité cérébrale

Après un arrêt cardiaque, l’activité cérébrale s’arrête car le cerveau ne recevra pas plus de nutriments, selon l’argumentation présentée. Dans cet état, les processus coordonnés ne sont plus possibles. Les expériences de mort imminente sont dues, selon les promoteurs de ces hypothèses, à un manque d’oxygène, à une surexcitation de certaines régions du cerveau liée au stress et à la distribution de substances naturelles qui ont un effet similaire à de la drogue. Une étude récente a examiné pour la première fois sur des animaux ce qui se passe dans un cerveau mourant, permettant dès maintenant d’apporter plus de clarté à la discussion animée sur les expériences de mort imminente.

Que se passe-t-il dans le cerveau peu de temps après un arrêt cardiaque ?

Dans leur récente publication dans la revue « Proceedings of the National Academy of Sciences », des scientifiques de l’Université du Michigan écrivent : « Si les expériences de mort imminente sont le résultat de l’activité cérébrale, ils doivent être mesurables peu de temps après la fin de l’approvisionnement en sang du cerveau. » Le neuroscientifique Jimo Borjigin de l’Université du Michigan et ses collègues ont étudié leur thèse en se basant sur l’activité cérébrale de neuf rats pendant l’éveil, sous anesthésie et après un arrêt cardiaque. En effet, dans les structures de base, l’activité du cerveau de rat et du cerveau de l’homme sont comparables. L’expérience consciente et la pensée peuvent être, chez l’homme comme chez le rat, caractérisées par certaines ondes cérébrales de l’électroencéphalogramme (EEG) qui se produisent lorsque des signaux sont échangés entre différentes régions du cerveau. Des ondes gamma synchronisées et améliorées, des ondes thêta plus lentes, souvent couplées avec des ondes gamma sont en faveur d’une telle condition.

Avec l’aide d’électrodes que les scientifiques ont implantées dans le crâne de neuf rats, ils ont d’abord observé l’activité cérébrale pendant les périodes normales d’éveil des animaux. Cela a été suivi par des mesures sur les animaux anesthésiés. Les valeurs critiques ont été obtenues par les chercheurs quand ils ont injecté aux animaux une solution de chlorure de potassium qui provoque un arrêt cardiaque. L’activité du cerveau de rats mourant a été enregistrée par les chercheurs sur une période de 30 minutes après l’interruption de l’apport sanguin au cerveau des animaux.

Surprenant éclat d’activité

À la grande surprise des scientifiques, l’intensité de certaines ondes gamma environ 10 secondes après l’arrêt cardiaque des animaux augmente fortement. Dans les 20 secondes suivantes, les animaux ont montré un profil d’onde cérébrale qui suggère un cerveau très actif : par exemple, des ondes cérébrales entre 25 et 55 hertz plus élevées que dans l’état de veille des animaux sont mesurées. En outre, la synchronisation des ondes gamma augmente à ce moment – une condition qui a duré plus de 15 secondes et qui correspond aussi aux ondes thêta plus lentes. Ce n’est qu’après cette activité que les ondes cérébrales ont diminué lentement et finalement complètement disparu. Certains signaux du cerveau sont donc encore plus actifs en phase de mort imminente qu’en état de veille. Une explication possible pour les expériences de mort imminente ? « Absolument », ont déclaré les chercheurs. Ainsi, leurs mesures suggèrent que l’activité électrique dans le cerveau après un arrêt cardiaque ne s’atténue pas lentement et facilement, mais durant un temps court, ressemble à une activité organisée dans la région. « Cette forte explosion de l’activité pourrait être le déclencheur pour la perception d’expériences très réalistes et réelles au cours de la transition de la vie à la mort », écrivent les scientifiques.

Une explication, mais aucune preuve

Le neurologue Michael Schroeter de l’Hôpital universitaire de Cologne voit dans cette étude une explication attrayante aux expériences de mort imminente. L’augmentation rapide de l’activité s’explique selon lui par l’absence d’entrée de stimuli de l’extérieur, comme une montée en régime d’un moteur au ralenti. L’absence de stimuli externes rendrait également des ondes cérébrales plus rythmées. Mais ces résultats n’ont pas livré une preuve que l’hyperactivité du cerveau est la cause des expériences de mort imminente.

38 note(s) (3.58 ø)

Comments are exhausted yet.

Langue:
Suivre DocCheck: