TENS : laisse-moi frémir, mon pote !

19. août 2011
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La neurostimulation électrique transcutanée est une thérapie  „excitante“ supplémentaire contre les états douloureux. Il existe des études concernant plusieurs indications. L´interprétation des résultats est évidente pour un grand nombre de types de douleur, mais pas pour tous.

Le principe de la neurostimulation électrique transcutanée est basé sur la contre-irritation. Les appareils de TENS fonctionnent comme des générateurs de son. Les électrodes conductrices d´électricité sont appuyées ou collées sur la peau à la place du haut-parleur. Les sons les plus aigus sont générés avec des hautes fréquences. Les fréquences basses aboutissent à des sons graves. Les sensations provoquées sous l´électrode dans les tissus ou les muscles dépendent de la fréquence du son : les sons aigus génèrent des frémissements rapides ou des picotements, les sons graves des frémissements lents et intenses ou des sensations de coups soutenus.

Les hautes fréquences ont leur application dans le traitement par TENS, qui se concentre sur le soulagement de la douleur. Les fréquences moyennes et basses sont utilisées en EMS (stimulation musculaire électrique) pour la construction et la régénération de groupes musculaires.

Portes fermées, la douleur reste dehors

Dans les années 60, les chercheurs Ronald Melzack et Patrick D. Wall développent la théorie du „passage contrôlé de la douleur“ (Gate-Control-Theory). Elle est basée sur l´existence de portillons de la douleur qui dans certains états permettent le passage de la sensation douloureuse vers le cerveau, mais qui peuvent aussi être fermés. Le principe-clé de cette théorie est que les grosses fibres nerveuses ferment le portillon de la douleur, alors que les petites fibres nerveuses les ouvrent.

Sans stimulation, les fibres petites et grosses restent sans réaction, et le „portillon“, c´est comme cela qu´est appelé l´interneurone inhibiteur, bloque le signal. Il ne peut donc plus être transmis par les projections des fibres nerveuses au niveau du cerveau. La conséquence des « portillons fermés » est l´arrêt de la sensation douloureuse. Lors d´une stimulation non douloureuse (par exemple un stimulus tactile), le signal est transmis par les grosses fibres nerveuses et le portillon est fermé. Lors d´un signal douloureux, l´acheminement du signal suit les petites fibres nerveuses. Le portillon de la douleur est ouvert et le signal atteint le cerveau, la douleur est perçue. L´utilisation du TENS stimule les grosses fibres nerveuses A, „ferme la porte“ et atténue ainsi la douleur. Le TENS aboutit probablement à la libération d´endorphines, tout comme l´acupuncture. Selon la maladie, on observe une amélioration chez 30 à 75 % des patients.

Les 4 types de TENS

TENS conventionnel

Le TENS conventionnel, aussi appelé TENS haute fréquence faible intensité ou HiTENS, est le plus connu pour le soulagement de la douleur. Durant ce traitement par TENS, des fréquences entre 40 et 150 Hz sont appliquées et les impulsions ont une durée comprise entre 10 et 150 µs, qui sont trop courtes pour stimuler les fibres nociceptives A-delta et C. L´intensité est réglée de manière à ce que le patient ressente un picotement léger à moyen dans la région douloureuse, le traitement peut être, si nécessaire, maintenu pendant des heures entières.

Les électrodes sont principalement placées selon la méthode „loco dolenti“ : là où ça fait mal. On appelle aussi cela une application régionale. Les électrodes peuvent aussi être placées sur des points d´acupuncture ou sur les trigger points. Dans les douleurs fantômes, le côté controlatéral sera traité. Le but de ce traitement est l´activation segmentaire indolore et probablement l´utilisation des mécanismes descendant d´inhibition de la douleur comme cela a été décrit par Melzack et Wall en 1965. Un soulagement de la douleur doit être immédiatement perceptible et est en règle générale maintenu le temps de l´application du courant.

TENS basse fréquence

Le TENS basse fréquence haute intensité a ses origines dans l´électro-acupuncture. Le but est de stimuler les fibres A-delta et C par de longues impulsions pour les irriter et ainsi activer une inhibition de la douleur segmentaire, descendante et centrale. Cela est plus efficace lorsque des contractions sont déclenchées dans le muscle douloureux.

Pour cela, des fréquences entre 2 et 4 Hz sont appliquées entre deux impulsions avec une phase entre 200 et 400 µs. L´intensité est réglée de manière à ce que plus ou moins de contractions nettes soient déclenchées dans le muscle concerné. Pour cela, lors de ce traitement, les électrodes seront préférentiellement placées sur les points moteurs concernés ou sur les points de stimulation nerveuse.
Grâce à la sécrétion de beta-endorphine, la méthode est assez intensive mais aussi très efficace. Un soulagement de la douleur est d´abord perceptible après 20 min de traitement, ainsi une application de TENS basse fréquence ne doit pas durer moins de 30 min et au maximum 45 min. Le soulagement de la douleur peut durer de plusieurs heures à plusieurs jours.

Pour les patients en situation de stress chronique chez lesquels le système nerveux végétatif est orienté de manière ergotrope, la méthode est contre-indiquée. Le système nerveux de ces patients fonctionne de manière indifférenciée, et chaque stimulation des fibres peut induire une augmentation de la réaction au stress.

Burst-TENS

En 1976, Eriksson et Sjölund développent le Burst-TENS car l´impulsion simple était désagréable chez certains patients. Lors de ce traitement, les contractions musculaires ne sont pas obtenues par des impulsions uniques mais par des salves d´impulsions tétanisantes (Bursts). Beaucoup, mais pas tous les patients, trouvent cela plus agréable. Tout comme dans le TENS basse fréquence, le soulagement de la douleur est augmenté par la prise de naloxone, une participation des beta-endorphines est aussi probable.

La résistance aux opiacés comme la résistance au courant électrique

Les patients qui ne répondent pas aux opiacés comme le tramadol ne répondront pas ou très peu au Burst-TENS ou au TENS basse fréquence. Les endorphines inhibant la douleur et le tramadol se fixent sur les mêmes récepteurs opioïdes mu. Quand ces neurorécepteurs sont moins exprimés, comme cela peut être le cas lors de douleurs neuropathiques, la méthode est moins efficace, voir totalement inefficace. Chez les patients qui ont été traités sans succès par des antidépresseurs de la catégorie des Inhibiteurs Spécifiques de la Recapture de la Sérotonine (ISRS) et qui ressentent des douleurs, l´efficacité du Burst-TENS ou du TENS basse-fréquence peut aussi varier. La raison pour ce phénomène est que l´inhibition descendante de la douleur est en partie dépendante de la production de sérotonine. Si elle est perturbée, ce système inhibiteur est partiellement ou totalement indisponible. Chez ces patients, ou ceux décrits plus haut, le TENS haute fréquence peut cependant être efficace.

TENS haute fréquence haute intensité

Le TENS haute fréquence haute intensité est une application très intensive et courte du TENS, principalement utilisée en kinésithérapie du sport et en thérapie des trigger points. Son effet est vraisemblablement basé sur une inhibition des mécanismes de conduction des membranes des nerfs innervant les zones impliquées. Des fréquences de 60 à 100 Hz sont appliquées avec une durée de phase de 100 à 300 µs. L´intensité correspond à la limite de tolérance de la douleur, ou légèrement au-dessus. Les électrodes sont placées sur le nerf innervant la région douloureuse ou, en cas de traitement en trigger point, directement sur le point concerné. Le traitement dure à peu près 15 min, le soulagement de la douleur se maintient durant le même temps.

Indications possibles du TENS

– Céphalées (migraine, céphalée de tension)
– Douleurs neurologiques (par exemple tour de rein, zona)
– Douleurs fantômes, cicatrices douloureuses
– Douleurs d´accouchement
– Douleurs menstruelles
– Douleurs pendant ou après cancer
– Douleur du système musclo-squelettique
– Douleur après accident

Bien pour les torticolis

Une étude espagnole aléatoire de Escortell-Mayor et al. a montré que le TENS et la thérapie manuelle sont immédiatement efficaces en cas de douleurs de la nuque. Six mois plus tard, les effets se font toujours ressentir chez un tiers des personnes concernées.

Mieux pour les neuropathies

Les recommandations nationales allemandes pour les soins des neuropathies diabétiques (Nationalen Versorgungsleitlinien zur Diabetischen Neuropathie) décrivent de manière détaillée le TENS. Dans une étude simple à l´aveugle avec un contrôle placebo et aléatoire de Kumar et al. une amélioration significative de la réduction de la douleur sous TENS a été documentée en comparaison à un traitement par la lumière chez 23 patients ayant une polyneuropathie diabétique douloureuse.
Une recherche systématique dans la littérature depuis 2009 a identifié deux études cliniques sur la stimulation musculaire haute fréquence (HTEMS) dans les cas de polyneuropathie diabétique douloureuse. Toutes les études ont abouti à une amélioration de la symptomatique de la douleur. La commission des recommandations pour les soins note cependant que le nombre de patients de certaines études est trop faible pour pouvoir donner une appréciation définitive.

Dans un rapport de surveillance des soins du Westdeutschen Diabetes und Gesundheitszentrums WDGZ (Prof. Dr. Stephan Martin) de 2007, 414 patients diabétiques obtinrent un équipement de TENS pour une prise en charge à domicile. Chez 88,4 % d´entre eux, les douleurs polyneuropathiques s´améliorèrent, et les troubles du sommeil furent atténués.

Bons résultats chez les enfants

Selon les recommandations pour les thérapeutes du groupe de travail sur les thérapies de la douleur chez les enfants de la société allemande pour l´étude des douleurs („Arbeitskreises Schmerztherapie bei Kindern der DGSS“), le TENS est intéressant contre certains types de céphalées. L´efficacité du TENS est plus importante contre les céphalées de tension que contre les migraines. Le défaut de cette méthode réside dans le temps long de traitement en cas de combinaison de céphalées, pour lesquelles l´indépendance par rapport au thérapeute (et aux médicaments) doit être comprise comme une amélioration de l´auto-conviction et une émancipation de l´enfant. Selon une étude de Pothman, une réduction d´au moins 50% des crises de céphalées de tension peut être attendue après 1 à 3 mois chez 4/5ème des enfants.

Des résultats controversés en cas de douleurs de dos

Un groupe de travail de l´American Academy of Neurology a pour avis que le TENS n´est pas suffisant pour réduire les douleurs dorsales. Les données seraient meilleures pour les douleurs neuropathiques selon le groupe de travail autour de Richard Dubinsky du Kansas University Medical Center. Comme effets indésirables des traitements par TENS, on peut parfois noter une légère irritation de la peau qui disparaît normalement après une pause de quelques jours. Plusieurs patients eurent une réaction allergique à certaines électrodes autocollantes. On doit pouvoir régler sur les appareils pour les traitements à domicile la durée de la phase, l´intervalle et la fréquence des salves, ce qui explique que plusieurs variantes du programme soient mises à disposition.

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2 commentaires:

merci ,article très intéressant
unique reproche : un tour de rein , je l’ai déjà entendu de la part de « rebouteux » mais n’ai jamais constaté que cet organe pouvait se retourner !!!

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DOCTORAT D ETAT DE MEDECINE RACHID BELMIMOUN
DOCTORAT D ETAT DE MEDECINE RACHID BELMIMOUN

….merci infiniement pour cet excellent article. Etant praticien adepte passionné par cette application , je l’ai bcp apprécié…j’utilise cette therapie ( galvanique surtout)avec des résultats antalgiques inespérés toutes pathologies confondues,avec soulagement temporaire , quelques fois définitif chez mes patients…..le nerf vague étant le seul nerf cranien qui « sort du crane » avec ses ramifications viscérales serait il candidat a cette application?? j’ai essayé…il est indéniable que la TENS aide a un confort instantanné….dommage que le corps médical marginalise cette therapie…soulager et guérir est une mission et un objectif suprème…oui je pense que la TENS a un bel avenir encore faut il que la recherche scientifique casse les frontières de certains réflexes ou tabous tributaires ou sponsorisés par certains labo…elle n’en sortira que grandie!!!….mille mercis pour cet article de qualité..je l’ai attendu depuis fort longtemps. .il m donne du baume au coeur..et me fait aimer davantage la TENS !!!!amicalement.

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