Gonocoques : des perverses-voyageuses résistantes

19. août 2011
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Une nouvelle souche de gonocoques apparue au Japon est résistante aux céphalosporines à large spectre, une option thérapeutique des gonorrhées sûre et répandue dans ce pays.  Le germe arrivera en Europe, car les gonocoques parviennent toujours à se sortir des situations les plus critiques.

Depuis l´existence d´un traitement antibiotique potentiel des gonorrhées, la maladie vénérienne, qui était assimilée à un mal lent, la honte et le bannissement, ne fait plus peur. Le traitement, auparavant avec la pénicilline, aujourd´hui avec des céphalosporines de 3ème génération essentiellement pour des raisons de résistances continues, est devenu simple, sûr et économique. De manière générale, plus l´infection est détectée tôt, plus elle est conjurée tôt. Parmi les choix thérapeutiques, on trouve par exemple la ceftriaxone et la cefixime, mais aussi la prise unique de quinolone et de macrolides qui aboutissent souvent au succès de la thérapie.

Toujours de nouvelles résistances

Bien sûr – et pourquoi cela devrait- il être différent pour cette bactérie par rapport à d´autres agents pathogènes traités par antibiotique- une solution évidente n´existe pas. Non seulement Neisseria gonorrhoeae reste résistante contre les antibiotiques β-Lactam, mais en plus elle brave les tétracyclines et les fluoroquinolones. Enfin, il y a aussi des résistances contre les céphalosporines à large spectre comme la cefixime, raison pour laquelle cet antibiotique n´est plus utilisé au Japon depuis des années. Parmi les choix de première intention, il y avait aussi jusqu´à présent le ceftriaxone et la spectinomycine. Mais ces derniers ne garantissent pas le succès du traitement, et on a déjà identifié des bactéries résistantes au ceftriaxone sur des frottis du col de l´utérus réalisés chez des prostituées asymptômatiques de Kyoto dans le cadre d´examens de routine en janvier 2009.

Une équipe de chercheurs nippo-suédoise autour de Magus Unemo identifia les caractéristiques et les mutations génétiques responsables de la haute résistance de ces nouvelles souches bactériennes sous le nom H041. Un typage moléculaire indiqua que la nouvelle souche H041 résistante au ceftriaxone est étroitement apparentée à la souche connue résistante à la cefixime, et en est très probablement issue. Il a été remarqué que la concentration minimale inhibitrice est très élevée. Le gène appelé penA-Gen pourrait être identifié comme étant le porteur de la nouvelle résistance.

N. gonorhoeae – Supergerme de l´avenir?

Avec cette nouvelle résistance, la dernière option potentielle des thérapies empiriques de première intention disparaît, selon les chercheurs. Ils craignent que la maladie devienne ingérable dans un futur proche. Il va être de plus en plus utile de travailler sur la prévention de cette maladie, et ce de manière globale. De plus, ce ne serait pas la première fois qu´on assisterait à une propagation de gonocoques résistants issus de cette région dans le monde entier.
En effet, des mesures de prévention et de contrôle semblent déjà compliquées à mettre en place en Allemagne par exemple, car les cas de maladie de ces régions ne doivent plus y être enregistrés depuis la loi de protection des personnes infectées de 2001 (Infektionsschutzgesetz), le nombre de malades restant ainsi dans l´ombre. Les seuls à devoir être recensés sont les cas de syphilis et de HIV. La surveillance épidémiologique d´autres maladies comme les infections à Chlamydiae et les gonorrhées est garantie depuis 2002 par un système de surveillance par sentinelle auquel sont rattachés près de 250 institutions, comme le Robert Koch Institut. D´après eux, 25 à 40 personnes pour 100 000 habitants sont infectées annuellement. Il n´y a pas non plus de recherche actuelle et à grande échelle sur les résistances. De plus, ce qui aggrave les choses, ce sont les douleurs faibles ou absentes, particulièrement chez les femmes, qui permettent une propagation de l´infection, car près de la moitié des femmes infectées n´a presque aucun symptôme. Chez les hommes, il n´y a que deux à cinq pour cent d´évolution asymptômatique.

Stratégie de survie optimale

Hank Seifert de la Northwestern University de Chicago et ses collègues sont sur la trace de l´énorme adaptabilité de Neisseria gonorrhoeae. Ils ont ainsi trouvé des fragments d´ADN humain intégrés dans le génôme de la bactérie. Le transfert génétique est manifestement un processus grâce auquel la bactérie, à la différence d’autres germes, et aussi d’autres Neisseria, se procure un avantage de survie. Les transferts génétiques entre bactéries sont connus, mais la découverte d´échanges entre une bactérie et son hôte est nouvelle, et assure une adaptation optimale de la bactérie. Des nouvelles souches toujours plus résistantes peuvent ainsi se constituer.

On ne sait pas encore clairement quand la nouvelle souche de Neisseria découverte au Japon arrivera en Europe. Des thérapies ciblées par antibiogramme sont demandées de plus en plus souvent, et ce depuis longtemps. Il est ainsi question d´antibiotiques comme par exemple la ciprofloxacine, l´ofloxacine, la levofloxacine, l´amoxicilline, la doxycycline ou l´azitrhomycine, selon un article de Thomas Wichelhaus de l´Institut für Medizinische Mikrobiologie und Krankenhaushygiene de la clinique de l´université Johann Wolfgang Goethe de Francfort-sur-le Main. Il est très important que de nouvelles options de traitement soient mises en place pour être utilisées au moment où elles seront nécessaires.

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