Alzheimer : un Oment s’il vous plaît !

5. septembre 2011
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Les personnes gravement malades essaient souvent de se rattraper à toutes les branches qui peuvent leur laisser un espoir d‘amélioration. Et de plus en plus de personnes tendent de nouvelles branches. Par exemple, il existe une opération destinée aux malades atteints d‘ Alzheimer  pour laquelle un chirurgien américain se perfectionne depuis des années. Mais peu de collègues l‘appuient.

L’opération dont il est question est appelée greffe d‘omentum (ou greffe d’epiploon). Pour cela, des tissus gras de l’omentum de la cavité abdominale provenant des régions du ventre et de la poitrine sont directement implantés dans le cerveau de patients atteints de démence due à l’Alzheimer. Le chirurgien qui prône cette procédure comme option thérapeutique est le médecin américain, le Pr Harry S. Goldsmith de Glenbrook au Nevada. Tout récemment, début juillet, il a tenu dans le renommé „Journal of Alzheimer’s disease“ un plaidoyer pour cette procédure opératoire. Selon Goldsmith, cette nouvelle méthode en serait à être testée en phase d’études cliniques chez des malades gravement atteints d’Alzheimer.

Une procédure qui n’est pas de toute première jeunesse

Cette procédure n’est toutefois pas nouvelle. Il y a 15 ans, Goldsmith avait déjà rendu compte d‘un patient atteint d’Alzheimer chez lequel, deux ans et demi après l’opération, les résultats post-opératoires seraient meilleurs que ce qui était attendu. En 2003, il présenta dans le même journal les résultats de dix patients opérés. Après l’opération, l’état de ces malades atteints d’Alzheimer s‘est beaucoup amélioré de manière subjective et objective. Goldsmith rendit aussi compte d‘expérience sur les animaux en 1973 dans les „Archives of Surgery“, puis en 1985, il indiqua dans le journal „Paraplegia“, le succès de la dite „greffe d‘omentum“ chez des chats atteints d‘une lésion de la moelle épinière. Depuis Goldsmith a continué à améliorer cette procédure qui, à ses yeux, serait une option thérapeutique adéquate pour des patients atteints de paraplégie traumatique, et aussi pour les malades d’Alzheimer. Son argumentation repose sur quelques découvertes expérimentales et des réflexions théoriques. Son argument principal : au cours de la maladie d’Alzheimer, la diminution de la perfusion cérébrale serait la cause du processus neurodégénératif, et non la conséquence de la neurodégénération, comme cela est généralement admis.

La réduction de l’irrigation sanguine doit jouer un rôle clé

Des précisions sur cette thèse de l’irrigation cérébrale sont, selon la déclaration du chirurgien, données grâce à des résultats qui indiqueraient l’existence de facteurs de risque, autres que les maladies dues au vieillissement comme le diabète mellitus ou l’hypertension, maladies qui peuvent aller de paire avec une perfusion cérébrale amoindrie.
L’efficacité de la greffe d’omentum, selon Goldsmith, reposerait seulement sur le fait qu’elle favoriserait l’angiogenèse et la vascularisation, améliorerait l’irrigation cérébrale et alimenterait le cerveau en neurotransmetteurs et peut être aussi en cellules souches. Il en aurait la preuve grâce à ses propres études.

Les idées concernant la pathogénèse de la maladie de Goldsmith ne sont pas si originales. Il est reconnu de manière générale que, chez la plupart des patients atteints de démence due à Alzheimer, les recherches par IRM fonctionnelle ou TEP établissent l’existence d’une irrigation faible de certaines régions du cerveau, et des recherches histologiques montrent des dommages vasculaires. Chez 60 à 90 % des malades atteints d’Alzheimer, il existerait ainsi une ischémie cérébrale, expliquent par exemple les deux neurologues américains Henry W. Querfurth et Frank M. LaFerla dans une revue de sujet sur la pathogenèse d’Alzheimer („New England Journal of Medicine“). Chez un tiers des patients atteints de démence vasculaire, des résultats typiques de ceux obtenus chez les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer peuvent être relevés.

L’opération „est dénuée de tout fondement scientifique“

Cependant, Goldsmith est le seul à conclure de ces faits qu’une possible amélioration de la perfusion cérébrale grâce à une greffe d’omentum empêche la suppression cognitive chez les malades atteints d’Alzheimer et justifie l’intervention chirurgicale. Par exemple, le Pr Wolfgang H. Oertel, premier président de la société allemande de Neurologie, a exprimé une position précise et claire en réponse à la question posée par DocCheck concernant l’importance de la greffe d’omentum chez les malades atteints d’Alzheimer : « le traitement chirurgical de l’Alzheimer est dénué de tout fondement scientifique » selon lui.

Des résultats opératoires négatifs lors de blessures de la moelle épinière.

La plupart des résultats positifs suite à cette opération viennent de toute façon de Goldsmith lui-même, comme en témoignent les résultats obtenus par les systèmes de recherche automatiques ainsi que sa liste actuelle de travaux scientifiques, avec lesquels il essaye de soutenir sa théorie. Des investigations réalisées par d’autres chercheurs concernant le bénéfice potentiel d’une telle opération pour les malades atteints de la maladie d’Alzheimer s’opposent à cette théorie, de plus, ils laissent apparaître des réserves tant médicales qu’éthiques à essayer une méthode aussi traumatisante sur des malades lourds.

En sus, des études cliniques concernant la greffe omentale sur les paraplégies sont revenues avec des résultats négatifs. Déjà en 1996 le neurochirurgien Pr Guy L. Clifton de l’université du Texas à Galveston publie les résultats de la procédure sur 160 patients atteints de paraplégie complète ou incomplète ayant conservés une fonction sensitive. Son bilan dans le journal « Spinal cord » fut clairement négatif. D’autres études cliniques, selon Clifton, ne seraient pas justifiées. Les conclusions de chercheurs anglais après avoir essayé la méthode sur 17 patients paraplégiques furent aussi extrêmement réservées.

Dans le „Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry“ il est ainsi indiqué que la greffe d’omentum pourrait peut-être avoir un intérêt, mais uniquement dans les situations de traumas graves. Le chercheur américain Pr Wise Young du „W M Keck Center for Collaborative Neuroscience“ de l‘Université „Rutgers“ de Piscataway qui tient un site internet destiné aux patients exprime aussi un fait clair après l‘ analyse des études publiées : il n’y a aucune justification pour l’utilisation de cette opération en cas de paraplégie traumatique. Cependant, savoir si ces résultats globalement mauvais empêcheront que la greffe d’omentum soit proposée aux malades atteints d’Alzheimer (et des pathologies de la même famille), cela est une toute autre histoire.

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