Prothétique : Que regardes-tu, Eyeborg ?

5. octobre 2011
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En Amérique du nord, une révolution est en marche : un réalisateur borgne voudrait remplacer sa prothèse oculaire par une caméra bionique. A l´heure actuelle, il recherche une partenaire qui souhaiterait jouer au paintball avec une prothèse de jambe pour en faire le film du siècle.

Nous savons depuis la télé-réalité qu´il existe des gens qui apprécient lorsque d´autres personnes peuvent les observer dans leur vie de tous les jours. Entre temps, Internet a renouvelé le format poussiéreux de la télé-réalité : les dénommés « Lifecaster » se sont donnés pour mission de montrer, via la caméra, le moindre détail de leur vie, ou au moins des tranches de vie, puis de mettre les images sur le net. Le problème de ce type de projet est que la plupart des vies, et d´autant plus depuis la perspective d´un téléspectateur, sont réellement mortellement ennuyeuses lorsqu´elles sont montrées en temps réel. A moins qu´on ne fasse quelque chose de vraiment inhabituel.

Eyeborg is watching you

Le réalisateur canadien Rob Spence a ainsi une particularité vraiment insolite : il perdit un œil à l´âge de 13 ans parce qu´il avait joué avec l´arme de son grand-père lors d´une visite en Irlande : depuis, il est aveugle de cet œil. Lorsqu´il se fit poser une prothèse oculaire il y a quelques années, il ne voulait pas se sentir seul et il décida de tourner un film sur l´opération qu´il mit sur internet. Jusque-là, cela reste ordinaire. D´une certaine manière, cette prothèse ne lui était pas suffisante, même si elle était quasi impossible à distinguer d´un vrai œil. Spence se demanda s´il ne pouvait pas faire quelque chose de plus fou avec ce trou sur le visage, plutôt que de ne le remplir que par un faux-œil.

En tant que cinéaste, une idée lui a rapidement plu : Spence veut devenir le premier homme sur la Terre, dans la prothèse oculaire duquel on aurait implanté une caméra, dont il pourrait se servir sans lien physique à n´importe quel moment et avec laquelle, quand il le souhaitera, il pourra décrire chaque détail de sa vie. Il ne s´agit pas d´une prothèse de vue : la caméra n´aura aucun lien avec les cellules nerveuses. Le but de Spence s´apparente plus à devenir un homme bionique dont les sens et les capacités sont techniquement et judicieusement complétées – ici grâce à une caméra minuscule. Il souhaiterait documenter ce projet en réalisant un film. Actuellement, les préparatifs se mettent en place. Spence a baptisé le projet entier : The Eyeborg Project. Pour permettre au monde entier de suivre son cheminement vers le statut d´Eyeborg ou Cyborg, il a créé un blog qui contient non seulement des informations mais aussi une grande quantité d´images et de vidéos.

Défi : miniaturisation

On pourrait penser que mettre une caméra dans une prothèse oculaire n´est, de nos jours, pas bien sorcier. Même les téléphones portables modernes contiennent parfois plusieurs caméras. Non seulement la place dans une prothèse oculaire est clairement plus petite que dans un portable, mais il faut aussi se rappeler qu´en plus de l´optique, des systèmes d´approvisionnement en énergie et des modules de connections doivent être intégrés. Et l´aboutissement de tout çà doit, bien sûr, ressembler à une prothèse oculaire, et pas à une de ces innombrables lunettes complétées de caméras qui sont devenues disponibles entre temps. Spence ne veut avoir ni systèmes technologiques sur le nez ni fils qui pendent le long de son visage. La caméra doit être dissimulée. Pour y arriver, le réalisateur a demandé l´aide d´experts comme le professeur Steve Mann, directeur du EyeTab Personal Imaging Labs de l´ Université de Toronto. Il est un expert de premier plan en technique informatique portable, même si sa page internet semble étonnamment vieillotte. Quoiqu´il en soit, Mann veut soutenir Spence sur la partie technique. Il a aussi un opticien embarqué sur le projet. Prochainement, au moins un premier prototype d´un œil couplé avec une mini-caméra devrait être prêt.

Recherche : Lara Croft unijambiste

En fait, Spence est un artiste, et en tant que tel, il a un plan pour tout son projet. Ce n´est pas qu´une question de vouloir faire la technique pour la technique. Il voudrait, entre autre, attirer l´attention sur la surveillance croissante dans les zones publiques, et ainsi, il souhaite transmettre une image « live » avec la perspective la plus humaine possible, sans que ce soit visible de l´extérieur, pour aiguiser les sensibilités sur ce thème. Bien sûr, il ne se comportera pas comme un lifecaster classique, et ne montrera pas chaque minute de sa vie. Ce qui lui trotte dans la tête, c´est une mise en marche et un arrêt de la caméra, qu´il autorise uniquement dans le cadre de ses projets artistiques.

En ce qui concerne le documentaire prévu sur son projet, Spence cherche encore actuellement le premier rôle féminin. Son expérience en tant que réalisateur lui a appris que des films dans lesquels des hommes seuls un peu fous font des choses totalement incongrues ne deviennent généralement pas des succès publics. Il veut par conséquent prendre une femme à bord, et il a formulé pour sa partenaire quelques exigences qui ne sont toutefois pas si facilement réalisables. Il cherche une femme qui a perdu une jambe et qui serait prête à se laisser construire un type de prothèse-mitrailleuse avec laquelle elle pourrait jouer au paintball. C´est ce pseudo-sport, durant lequel des adultes se tuent, pardon se marquent, avec des billes de peinture. Spence a déjà devant les yeux une des scènes principales du film : Madame Cyborg avec sa prothèse-paintball démantèle une équipe professionnelle de paintball, « filmée dans le style de Robert Rodriguez ».

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